«Pour la première fois depuis plusieurs années, l’Asie s’est lancée dans des réformes sérieuses», a estimé le 8 mai à Berlin Raymond Chan, CIO actions pour la région Asie Pacifique chez Allianz GI, à l’occasion d’un séminaire sur les perspectives d’investissement dans la région.La dynamique de croissance est actuellement plus forte dans les pays développés relativement aux pays émergents mais les perspectives s’améliorent et les investisseurs devraient garder un œil sur les actions asiatiques. «La clé de la croissance en Asie se trouve dans les différents programmes de réformes structurelles engagés par plusieurs gouvernements de la région et le fait que le marché semble sous-estimer les effets potentiels de ces réformes pour les actions», a souligné Raymond Chan. Le ralentissement de la croissance chinoise constitue un vrai défi mais le passage d’une économie tirée par les exportations à une économie tirée par la demande intérieure est en cours. «La volonté de réforme se confirme et vous verrez que dans deux ans, l'économie chinoise aura un tout autre visage», estime Raymond Chan. Christina Chung, CIO actions chinoise chez Allianz GI, relève pour sa part que «le marché actions chinois est en train de rattraper son retard à vive allure après la dépression de la crise financière». Surtout, insiste-t-elle, la réforme des marchés financiers progresse plus vite que prévu. La connexion des Bourses de Shanghai et de Hong Kong est sur les rails et il est désormais question d’une liaison similaire entre Shenzhen et Hong Kong qui devrait être mise en œuvre dans les tout prochains mois. «Avec ces trois places, la capitalisation boursière des sociétés cotées à Hong Kong, Shanghai et Shenzhen ferait de la Chine le deuxième marché boursier de la planète», indique Christina Chung. La responsable a également insisté sur l’internationalisation de la monnaie chinoise, le renminbi (RMB ou yuan) qui pourrait s’accélérer si le RMB accédait au statut de monnaie de réserve du système monétaire mondial. Le gouvernement vient en tout cas de demander au FMI d’inclure le yuan dans la liste des droits de tirage spéciaux (DTS/SDR) , la mise à jour de cette liste, qui a lieu tous les cinq ans, doit être faite cette année et au plus tard en octobre. Et parallèlement à ces développements, la Chine devrait aussi prendre du poids dans les indices de référence mondiaux. Raymond Chan évoque également les initiatives du fonds de pension public japonais (GPIF) en faveur des actifs risqués, les efforts de la Corée du Sud pour améliorer la transparence des conglomérats du pays et éliminer la décote des actions locales ou encore la volonté du gouvernement indien de relancer l'économie au travers de grandes réformes. «Je crois à la capacité du premier ministre indien Narendra Modi à réformer son pays même si la tâche est difficile puisqu’il s’agit de faire bouger 29 Etats», remarque Raymond Chan. Plus généralement, les économies asiatiques devraient profiter de la baisse des prix des matières premières et de l'émergence d’un nouveau consommateur, plus aisé et dont les aspirations sont très différentes de celles des générations précédentes, ce qui devrait déboucher sur de multiples opportunités d’investissement au cours des prochaines années. Raymond Chan estime que les valorisations des marchés asiatiques sont encore raisonnables par rapport à leurs moyennes sur dix ans dans un contexte où les dividendes jouent un rôle croissant dans la performance des actions. Fin 2003, on dénombrait 500 sociétés dans la région Asie-Pacifique hors Japon affichant une capitalisation boursière supérieure au milliard de dollars et distribuant des dividendes, selon des statistiques de Bloomberg/Allianz GI. Sur ce total, un peu moins de la moitié d’entre elles proposait des dividendes supérieurs à 3%. A fin 2014, l'échantillon a presque triplé à 1.486 sociétés, dont près de 550 versent des dividendes supérieurs à 3%. Outre le potentiel offert par l’Asie développée et émergente, les marchés frontières sont également susceptibles d’offrir aux investisseurs des sources supplémentaires de rendement et de diversification. Raymond Chan a notamment évoqué le Vietnam et le Pakistan, dont les économies présentent un potentiel de développement important et qui affichent des corrélations très faibles avec les principaux marchés asiatiques.