Pimco fait preuve d’un optimisme prudent à moyen terme à l’égard de l’économie mondiale et des marchés financiers. Telle est la principale conclusion de l’édition 2015 de son « Secular Forum », qui s’est tenu pendant trois jours en mai dernier au siège de la société de gestion à Newport Beach aux Etats-Unis. Une grand-messe annuelle réunissant des cadres de Pimco venus du monde entier et des personnalités extérieurs de premier plan – comme Ben Bernanke ou Jean-Claude Trichet – pour dresser ses perspectives à 3 à 5 ans sur l’économie mondiale et les marchés financiers. A cette occasion, le gestionnaire d’actifs a confirmé son scénario de « Nouvelle Neutralité », déjà mis en avant lors de l’édition 2014. Un scénario caractérisé par des banques centrales contraintes de fixer et maintenir des taux directeurs à un niveau très bas et bien inférieur à celui d’avant-crise. Et la donne n’est visiblement pas prête de changer. « Nous sommes dans un monde qui cumule plusieurs facteurs structurels majeurs : un niveau d’endettement toujours très élevés des pays développés, un vieillissement de la population, un ré-réglementation du secteur financier, une diminution des gains de productivité qui conduit à une croissance économique qui a structurellement baissé, énumère Matthieu Louanges, managing director et responsable des marchés français et suisse chez Pimco. Dans un tel contexte, il est très difficile pour les banques centrales de normaliser le niveau de taux à celui des années 80, 90 ou même 2000. Le niveau neutre des taux réels a diminué et le taux réel neutre supportable par les économies développés tourne désormais autour de 0% ». Selon cette thèse de la « Nouvelle Neutralité », Pimco observe par ailleurs que les différents taux de croissance potentielle de l’économie mondiale demeurent modestes et constate une convergence des économies développées et émergentes vers des taux de croissance plus faible qu’avant la crise financière. La prudence est de miseSeule bonne nouvelle finalement, le gestionnaire d’actifs estime que « la guerre contre la déflation a été gagnée dans la zone euro », dixit Matthieu Louanges. Pour autant, « notre scénario de base ne prévoit pas de rebond imminent de l’inflation vers l’objectif de 2% que les banques centrales essaient d’atteindre », note le responsable. Dès lors, Pimco estime que la prudence doit rester de mise « car la faiblesse des taux, l’expansion des bilans des banques centrales et l’importance de la dette publique sont synonymes de marge de manœuvre réduite pour répondre efficacement à un ralentissement conjoncturel ou à une déprime des investisseurs », avance la société de gestion américaine dans un communiqué. D’autant plus que, à en croire la société de gestion, les banques centrales resteront accommodantes et continueront ainsi de soutenir la croissance économique. « Nous pensons que, dans les prochaines années, les banques centrales auront des taux directeurs plus bas qu’ils ne l’étaient dans le passé, insiste Matthieu Louanges. Cette situation a des conséquences sur toutes les classes d’actifs et leurs valorisations. »Car non content de faire le diagnostic de l’économie mondiale, ce « Secular Forum » a également vocation à aider Pimco à définir et à affiner sa stratégie d’investissement sur les 3 à 5 ans à venir. A cet égard, l’heure est également à la prudence même si la société de gestion estime que « les valorisations des actions et des obligations sont globalement raisonnables ». Pour autant, « nous restons prudents sur le risque de taux même si nous ne croyons pas à un ‘bear market’, avance Matthieu Louanges. Il n’y a pas de raison de s’attendre à une poussée des taux d’intérêt. Toutefois, sur les marchés obligataires, il y aura des poussées de volatilité et nous nous attendons à ce que la volatilité reste élevée dans un marché où il y a peu de liquidités. »Préférence pour les actionsDans ce contexte, Pimco entend privilégier les actifs dits à risques au détriment des obligations. « Notre scénario de base prévoit une amélioration des fondamentaux économique qui va soutenir les valorisations des actifs risqués, indique ainsi Matthieu Louanges. De fait, les marchés actions restent attractifs. » Au regard de cette analyse, Pimco accorde donc sa préférence aux actions par rapport aux obligations. « Au sein des actions, nous avons une préférence pour les actions européennes et japonaises au détriment des actions américaines », précise Matthieu Louanges. A contrario, sur le terrain obligataire, le gestionnaire d’actifs compte « éviter les papiers d’Etats même si nous voyons de la valeur dans les pays périphériques d’Europe que nous surpondérons », indique Matthieu Louanges. Par ailleurs, Pimco estime que les valorisations des obligations d’entreprises restent bien soutenues par des fondamentaux solides et juge que les tendances de long terme sont porteuses. Dès lors, la société de gestion reste globalement optimiste sur le crédit corporate, même si « les valorisations du marché du crédit n’ont rien de bon marché ».Enfin, concernant les marchés émergents, Matthieu Louanges souligne la nécessité, désormais, « d’être plus sélectifs, notamment en raison des risques géopolitiques». Pimco avance toutefois que, comparés aux marchés obligataires des pays développés, les marchés obligataires émergents offrent des « valorisations séculaires » plus attractives dans un grand nombre de cas. Ainsi, « nous sommes surpondérés sur les pays émergents même si c’est un marché de sélection », conclut Matthieu Louanges.