Directeur des investissements du groupe Klesia, Julien Dorieux revient pour NewsManagers sur la politique d’allocation d’actifs du groupe de protection sociale : NM : Quel est le montant des actifs gérés par le groupe Klesia ? Nous gérons actuellement 7 milliards d’euros d’actifs, dont environ 60% dans le cadre de notre activité de retraite complémentaire et environ 40 % dans le cadre de notre activité d’assurances de personnes. Nous avons des contraintes assez différentes entre ces deux métiers. En retraite complémentaire, nous assurons la gestion pour le compte des fédérations de retraite Agirc-Arrco. L’un des objectifs assignés est de conserver un niveau de liquidités suffisant au sein de ces régimes. A ce titre, nous avons un programme de cessions immobilières assez important, sachant que l’immobilier représente 700 millions d’euros sur l’ensemble de nos encours totaux. Sur ces 700 millions d’euros, 75% sont en retraite complémentaire et 25% en assurances de personnes. En assurances de personnes, il s’agit surtout d’immobilier d’exploitation. En retraite complémentaire, nous avons essentiellement du patrimoine social pour lequel l’objectif est plutôt de vendre. NM : Vous parlez des actions. Quelles sont vos grandes orientations sur cette classe d’actifs ? J.D. : Nous n’avons pas l’intention, à ce stade, de renforcer nos poches actions mais de les maintenir à leurs niveaux actuels. Par ailleurs, sur les actions, nous avons décidé de privilégier maintenant la gestion de titres vifs, alors que nous avions un peu de multigestion que nous avons abandonné progressivement. Nous avons encore un peu de gestion en OPCVM que nous n’hésitons pas à mettre à contribution à des fins de diversification de nos poches actions et pour aller chercher des compétences que nous n’avons pas forcément en interne. NM : Pouvez-vous détailler la répartition de vos encours par classes d’actifs ? J.D. : Aujourd’hui, pour les mutuelles, l’allocation est clairement orientée sur les taux. Pour les institutions de prévoyance, l’allocation est plus diversifiée, majoritairement en produits de taux, dans une moindre mesure en actions et en immobilier. L’allocation d’actifs de chaque institution est clairement liée à l’appétence au risque de chaque institution. Ainsi, nous avons des entités sur lesquelles nous avions des conseils d’administrations avec une vraie aversion au risque. Résultat : nous avons des poches taux qui sont majoritairement orientées emprunts d’Etats et nous mettons aujourd’hui un peu de crédit. Mais nous avons des situations qui sont totalement strictement inverses, avec des poches qui sont clairement orientées crédit et pour lesquelles nous investissons un peu d’emprunts d’Etats. Par ailleurs, d’une manière générale, sur l’ensemble de nos actifs, nous sommes très majoritairement orientés zone euro, tant pour les emprunts d’Etats que pour les actions. Enfin, nous ne faisons plus de gestion indicielle pour privilégier la gestion dynamique et titres vifs. NM : Pourquoi avoir abandonné la gestion indicielle ? J.D. : Je fais partie de ces investisseurs qui pensent que les marchés, in fine, sont toujours gagnants. Donc, sur le long terme, ma vision est que la gestion indicielle performe plus que ne peut le faire un excellent gestionnaire. Mais la difficulté réside dans le fait que nous sommes fortement dépendants par rapport au moment où nous investissons dans le cycle et nous sommes donc pieds et poings liés dans ces cas-là. Sur un horizon d’une dizaine d’années, je n’ai pas de doute sur le fait que la gestion indicielle fasse plutôt mieux. En revanche, aujourd’hui, la rotation de nos gestionnaires induit des cycles de 3 à 5 ans. Donc, tous les 3 à 5 ans, nous devons rebattre un peu les cartes de la répartition de la gestion financière du Groupe. Cette rotation pouvait donc nous poser potentiellement un problème par rapport à la gestion indicielle. Pour cette raison, nous avions souhaité avoir une gestion un peu plus dynamique et probablement plus efficiente à court terme. NM : Comment s’organisent vos activités de gestion ? J.D. : En termes d’organisation, nous avons la direction des investissements qui pilote l’allocation d’actifs, en charge à ce titre à la fois les études ALM, de la mise en place de marges de manoeuvre stratégiques pour certaines poches et du choix des gestionnaires. Aujourd’hui, 55% de la gestion est réalisée en interne et 45% est réalisée en externe. Concernant les partenaires externes, nous avons des acteurs qui interviennent à la fois en retraite complémentaire et en assurances de personnes de manière transversale et à la fois sur des classes d’actifs actions et taux. Au total, nous avons six partenaires, dont cinq externes. La raison d’avoir cette cohabitation entre gestion interne et gestion externe est multiple. D’une part, le fait de disposer d'équipes de gestion en interne nous permet de garder un lien fort avec les marchés financiers et d’avoir des retours intéressants dans un contexte où, du fait de Solvabilité 2, la gestion d’actifs devient payante pour un assureur. D’autre part, le fait d’avoir des partenaires externes nous permet de pouvoir nous « benchmarker », de faire appel à des compétences que nous n’avons pas forcément en interne et, donc, d’avoir un panel d’offres qui soit assez large pour répondre aux besoins multiples de nos différentes institutions. NM : Quels sont les partenaires externes que vous privilégiez ? J.D. : Nous travaillons surtout avec des gestionnaires de conviction. Nous sommes plutôt fidèles dans nos relations à l’image de CAM Gestion et AXA IM avec lesquels nous travaillons depuis de nombreuses années. Nous travaillons aussi avec BNP Paribas Asset Management, Rothschild & Cie, Sycomore, Weinberg Capital... Les trois premiers font de la gestion diversifiée, à la fois du taux et des actions. Rothschild et Sycomore sont pour l’instant présents uniquement sur des fonds actions. NM : Envisagez-vous d’autres partenariats ? J.D. : Comme le cycle arrive à sa fin en 2017, nous allons, au premier semestre 2017, lancer un appel d’offres pour remettre en jeu les mandats les moins performants.