Pour Nicolas Forest, directeur de la stratégie de taux et Koen Van de Moele, directeur mondial de l’obligataire chez Dexia Asset Management, la menace d’un krach obligataire est finalement ténue actuellement. En effet, il faudrait pour que cet accident se produise que les agents économiques n’aient confiance ni en les Banques centrales, ni en les gouvernements, ni en le marché obligataire lui-même, une constellation peu vraisemblable dans le contexte actuel, selon les deux experts de la société de gestion.Les banquiers centraux, d’un côté, ont permis d’'éviter par l’ouverture des vannes et le recours à la planche à billets d'éviter que la crise, déjà majeure, ne dégénère vraiment. Ils ont mis en place des réserves excédentaires que d’aucuns, comme la Fed, rémunèrent et qui devraient pouvoir être épongées le moment venu sans provoquer d’effets secondaires trop important sur le front de l’inflation.En ce qui concerne les gouvernements, leur dette va certes doubler en dix ans, à ce rythme. Mais il y a une demande pour cette dette : depuis peu, il y a celle des Banques centrales, et puis les Asiatiques, notamment les Chinois, se montrent toujours très friands de papier. Enfin, les ménages sont las de placer de l’argent sur des fonds monétaires qui ne rapportent rien, et ils vont certainement investir leur épargne en hausse dans des titres d’Etat aux rendements d’autant plus intéressant que les indices des prix sont à la baisse. «Les gouvernements, eux aussi, ont opéré un travail inédit de relance, et ils ont amoindri l’effet de la récession», souligne Nicolas Forest. Donc, sous cet angle, on peut aussi leur faire confiance. N’oublions pas non plus que les pays occidentaux sont peut-être les plus endettés, mais ce sont les plus liquides et les plus crédibles.Reste le cas du marché obligataire, où Dexia AM juge que les rendements sont plus ou mois à leur juste valeur actuellement. Les titres ne paraissent par sur-achetés. Le seul risque majeur dans la configuration actuelle, pour Koen Van de Moele, serait celui d’un dérapage du prix des matières premières et du pétrole, qui attiserait l’inflation, mais cela provoquerait une rechute de la conjoncture et les taux finiraient par réagir en baissant.Il ne devrait donc pas y avoir de risque de krach en ce qui concerne les obligations d’Etat. Pour les obligations d’entreprises, le rally vient juste de débuter et les spreads sont revenus à des niveaux correspondant aux pics des crises précédente. L’expérience a montré qu’il faut habituellement 40 mois pour un retour à la normale. Cela posé, Koen Van de Moele note que la prime de risque par rapport aux obligations d’Etat peut doubler le rendement et que le taux de défaut implicite à cinq ans intègre l'éventualité d’une crise deux fois plus grave que celle des années 30 (9,07 % pour les investment grade). D’après Dexia AM, le taux de défaut atteindra peut-être 13 % à la fin de cette année, mais il retombera probablement aux alentours de 4 % en 2010.Interrogé sur les préférences actuelles de Dexia AM en matière de «corporates», Koen Van de Moele indique privilégier les financières, surtout subordonnés, de type lower tier 2 et tier 1. Dans les non financières, le gestionnaire vise actuellement les signatures notées BBB les plus cylciques, dans les biens d'équipement, la construction ou la sidérurgie (ArcelorMittal).