A la question de savoir si les marchés émergents pouvaient être considérés comme des marchés cœur ou satellite, les intervenants du dernier atelier de Natixis AM (NAM) dont c'était le thème n’ont pas attendu longtemps pour exposer leurs convictions. Compte tenu de leurs caractéristiques, de leur force et de leur potentiel, les marchés émergents sont devenus incontournables au sens large du terme, expliquant en cela l’intérêt que les investisseurs institutionnels leur portent désormais, au sein de leur allocation d’actifs. Dans une première partie, Philippe Waechter, directeur de la recherche économique est revenu sur les atouts de ces marchés. Sur le plan macroéconomique tout d’abord, il ressort que la santé de ces pays n’est plus liée à celle des pays industrialisés. D’ailleurs, tandis que ces derniers ont vu leur PIB baisser depuis la crise – début 2008 – des pays comme la Corée ou Taïwan ont vu les leurs progresser. Il s’agit là de la conséquence du développement des échanges sud-sud – à l’image de ceux entre le Brésil et la Chine – qui fait qu’il n’est plus nécessaire de passer par les pays industrialisés pour profiter des marchés émergents.... «Dans le détail, a précisé Philippe Waechter, l’Asie conditionne l’essor des zones émergentes et tire l’ensemble vers le haut. Elle occupe de facto un rôle prépondérant avec un acteur majeur en particulier, la Chine.» Une autre approche conjoncturelle permet de constater que l’Inde ou la Chine ont d’ores et déjà commencé à resserrer leur politique monétaire, ce qui n’est pas encore le cas de la zone euro. Pourquoi une telle différence de comportement ? Pour Philippe Waechter, cela ne fait aucun doute : marchés émergents et pays industrialisés ont bien subi une crise économique mais, à la différence des premiers, les seconds ont également essuyé une crise financière et bancaire. La sortie du marasme sera de fait beaucoup plus longue. Résultat, l'écart du taux de croissance entre les pays à faible et moyen revenus et pays riches ne cesse de s’accroître – un phénomène qui date du début des années 90 - pour atteindre aujourd’hui entre cinq et six points de base. De quoi expliquer que l'économie chinoise, malgré la crise, s’apprête à accéder en 2011 au rang de deuxième économie du monde, devant le Japon... Le dynamisme démographique est également à mettre à l’actif des pays émergents qui modifient la structure du marché du travail. En outre, sur le plan économique, après avoir été des pays dont les économies se sont développées autour des exportations, la donne a changé. A partir du développement d’une classe moyenne et via le rôle-clé des Etats (au Brésil, en Chine, etc), de nombreux pays émergents pérennisent un changement d’orientation de la croissance en basant celle-ci sur la demande intérieure. Philippe Waechter a conclu son intervention en revenant sur le nouvel équilibre à trouver entre les pays émergents et les économies des pays industrialisés. Pour le directeur de la recherche économique, ce dernier sera conditionné et conditionnel au rééquilibrage de la croissance avec, en sous-jacent, la question des changes à traiter… Dans l’exposé suivant, Franck Nicolas, directeur Allocation Globale & ALM est revenu dans le détail sur la répartition des pays au sein de l’indice MSCI Emergents qui confirme le poids de l’Asie (55,5 % de la référence). Par pays, la Chine reste le poids lourd (17,4 % de l’ensemble) devant la Corée du Sud (12,8 %) et Taïwan (11,3 %). Ceci dit, au sein du MSCI Monde AC, le poids de l’Asie retombe à 7,1 % et la somme des marchés émergents ne représente que 12,9 % de l’indice mondial. Franck Nicolas a également relevé les biais que comportent les «indices pays» avec notamment des fortes pondérations dans certains d’entre eux. C’est le cas de l’indice chinois HSCEI dont les cinq premières valeurs représentent 49 % de l’ensemble ou de l’indice INDEXCF russe où les cinq premiers titres «pèsent» 58 %. Reste à savoir si les marchés émergents peuvent être considérés comme diversifiants. Si entre 1988 et 1999, la réponse est affirmative, ce n’est plus le cas depuis 2000, notamment en raison de l’intervention de hedge funds sur ces titres. «Résultat, les actions émergentes se comportent plus comme un levier sur le bêta (*)», précise un document de NAM. Pour autant, avec la hausse de la demande intérieure, ces marchés émergents se montrent moins cycliques et moins corrélés aux autres économies. Ce qui ne signifie pas l’absence totale de corrélations ! Ainsi, le lien avec les matières premières tend à augmenter comme le confirme la corrélation sur deux ans glissants entre l’indice CRB et l’indice MSCI Emerging Markets (en dollars) - tandis que le lien entre la surperformance émergente et l'évolution du dollar se maintient également. Enfin, en matière d’allocation d’actifs, Franck Nicolas a précisé qu’il existait différentes façons d’investir sur les marchés émergents. La dette émergente par exemple affiche des performances moins élevées que les actions mais se montre en contrepartie moins volatile. Attention toutefois, «le potentiel de réduction des spreads sur ces titres obligataires est désormais assez faible», a-t-il conclu. (*) évalués par les performances annuelles sur 1 mois glissant entre le MSCI Emergent et le MSCI Monde entre le 31/12/1988 et le 28/02/2010