Faut-il s’inquiéter de la vive correction des marchés intervenue en début de semaine ? Pour les experts de J.P. Morgan Asset Management, qui présentaient leurs perspectives 2018 ce 6 février à Paris, à l’occasion de la traditionnelle conférence annuelle de la société de gestion du groupe américain, il serait prématuré de s’alarmer outre mesure. «Les marchés viennent nous rappeler que les arbres ne montent pas forcément jusqu’au ciel. C’est peut-être une respiration salutaire», a ainsi estimé Vincent Juvyns, global market strategist chez J.P. Morgan. «Je reste positif pour 2018. Les marchés vont offrir des points d’entrée plus favorables et il subsiste de nombreuses raisons d'être optimiste», a-t-il ajouté. Malgré le coup de semonce des marchés, la conjoncture mondiale est au beau fixe. «La croissance de l'économie mondiale continue à s’accélérer dans un contexte où la déflation est derrière nous et où l’inflation se rapproche des objectifs des banques centrales», a indiqué Vincent Juvyns. En Europe, le rebond économique est bien engagé, la convergence budgétaire est en marche, et les grands projets à l’instar du plan Juncker (250 milliards d’euros de projets validés) vont soutenir la poursuite de la croissance. «Je ne crois pas que nous sommes au début d’un marché baissier. Mais nous entrons dans une période où il y aura un peu plus de volatilité», a indiqué Talib Sheikh, co-gérant des fonds Global Macro Opportunities et Global Income chez J.P. Morgan. De son côté, Christian Preussner, managing director et responsable de l'équipe spécialistes produits actions américaines, a estimé que le risque de récession américaine ne devrait pas se présenter avant début 2020 et que la conjoncture reste favorable aux actifs risqués. «Il n’est pas trop tard pour s’exposer aux actions. Il y a encore beaucoup de choses intéressantes», déclare Christian Preussner. Les valorisations des actions américaines présentent des disparités entre secteurs et à l’intérieur des secteurs tandis que les valorisations des actions européennes restent attractives. L’optimisme de Christian Preussner est aussi lié aux bénéfices des entreprises. En Europe, les bénéfices ont l’an dernier battu les prévisions, pour la première fois depuis très longtemps, preuve que les retombées de la croissance mondiale, commencent à se faire sentir. Aux Etats-Unis, la réforme fiscale devrait favoriser une hausse des bénéfices du S&P 500 de l’ordre de 19% contre environ 11% en 2017. Selon Christian Preussner, les investisseurs devraient être attentifs à trois grandes thématiques en 2018. Tout d’abord, le retour, des deux côtés de l’Atlantique, du style value qui affiche une sous-performance chronique face au style growth depuis trop longtemps et qui devrait profiter, notamment les financières, de la remontée des taux. Ensuite, la transformation du paysage de la distribution perturbée par des grands acteurs comme Amazon. Enfin, l’intelligence artificielle qui pourrait introduire des ruptures importantes et favoriser certaines entreprises comme Tesla. Dans l’univers émergent, «la reprise est récente et elle a du momentum», a indiqué pour sa part Pierre-Yves Bareau, managing director, directeur de l'équipe dette émergente chez J.P. Morgan. A ce stade du cycle, estime l’expert, «les tendances macroéconomiques se trouvent confirmées au niveau micro». Reste à savoir si l’on se trouve au début du consensus ou à la fin. «Le trade marchés émergents est consensuel. Les flux reviennent mais restent encore modérés. La dette émergente n’est pas une classe d’actifs encombrée. Les investisseurs ne sont pas encore positionnés en taille», estime Pierre-Yves Bareau. Il est donc intéressant de s’exposer à la dette émergente au moment où les réformes économiques en Chine progressent mieux que prévu, avec notamment une croissance désormais soutenue par la consommation. Autre élément favorable, les matières premières se portent bien dans l’ensemble avec un prix du pétrole qui affiche des niveaux confortables pour de nombreux pays. Enfin, troisième élément de soutien pour les émergents, Pierre-Yves Bareau a une vue négative sur le dollar, qui devrait être affecté par la réallocation des actifs américains vers d’autres régions compte tenu des déficits fiscaux et courants des Etats-Unis. Des vents contraires peuvent néanmoins se lever, entre autres en raison des politiques monétaires des banques centrales qui s’orientent toutes vers une réduction graduelle de leurs bilans. Mais il est encore un peu tôt pour que la situation se tende puisque la diminution des bilans commencera seulement fin 2018. L’autre élément perturbateur peut venir de la géopolitique, compte tenu des élections dans plusieurs pays émergents.