Nicolas Louvet (Coinhouse): «Le contexte change notre plan de développement»

le 29/11/2022 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le français Coinhouse a dû geler mi-novembre ses livrets en raison des difficultés de ses contreparties. Son patron Nicolas Louvet s'en explique.

Nicolas Louvet, président directeur général de Coinhouse
Nicolas Louvet, président directeur général de Coinhouse

Acteur historique français et européen, Coinhouse a essuyé des pertes liées à la chute de la plateforme FTX. La société a aussi été contrainte le 16 novembre de suspendre les retraits et les investissements de ses livrets cryptos à cause des difficultés économiques de l’une de ses plus importantes contreparties, Genesis. Son directeur général Nicolas Louvet assure que son entreprise n’est pas en grande difficulté économique mais que ces évènements vont l’amener à modifier ses plans de développement initiaux.

L’Agefi : Quelles étaient vos relations avec FTX ?

Nicolas Louvet : Ce n’était pas du tout le même type de relation que nous entretenions avec Genesis, Kraken, ou encore Woorton avec lesquels les échanges sont beaucoup plus réguliers. FTX était la plus petite de nos contreparties. Tout ce qui est rendu public aujourd’hui était très bien camouflé de la part de FTX à travers la façon dont la société communiquait et dont elle se développait aussi.

Depuis maintenant un an et demi, nous avons évalué et testé une trentaine de contreparties dans le cadre de nos livrets cryptos avec des questions très précises et il y a une vraie difficulté à obtenir des réponses. Des plateformes d’échanges n’ont pas accepté d’y répondre ; même chose pour la gouvernance de certains protocoles de finance décentralisée (DeFi). Donc quand vous obtenez des réponses de la part d’entreprises qui sont établies avec une bonne réputation, vous choisissez de leur faire confiance. Vous ne pouvez pas proposer des services sans faire confiance à un moment donné.

Comment se présente la situation de Genesis qui contribuait à hauteur de 40% des rendements offerts pour le livret USDT et Ethereum, et à 38% pour le livret Bitcoin ?

Ils nous ont rapidement communiqué les informations que nous demandions. Nous savons que leurs collatéraux de prêts ne sont pas illiquides et reposent sur des actifs avec un solide sous-jacent comme du bitcoin ou de l’ether. En cas de défaut, Genesis a en théorie juste à liquider son collatéral pour sécuriser ses positions. Ce n’est donc pas un problème de solvabilité mais plutôt de liquidité. Ils travaillent actuellement avec une banque d’affaires pour trouver une solution.

Vous avez déclaré que Coinhouse prendrait en compte sur ses fonds propres les pertes de ses clients liées à FTX. Allez-vous faire la même chose pour Genesis ?

Pour le moment, on cherche des solutions en discutant avec les contreparties qui ont, pour certaines d’entre elles, des fonds bloqués chez d’autres contreparties. Pour démêler ce problème, il faudra du temps. Faire pression pour récupérer ses fonds tout de suite est une bêtise. Vous allez juste précipiter la faillite globale du système mais il est certain que nous n’allons pas attendre trois ans.

Selon nos informations, certains PSAN cherchent à lever de l’argent pour compenser les pertes liées à ce contexte de marché exceptionnel. Est-ce votre cas ?

Non, nous n’avons pas besoin d’argent pour supporter l’effet domino lié à FTX. Maintenant, il faut plus que jamais rester prudent dans le développement de l’entreprise. Nous ne sommes pas en grande difficulté mais il est certain que nous allons devoir modifier notre plan de développement initialement prévu. Le marché est devenu difficile avec une crise de confiance assez importante. Quand vous avez des investisseurs de premier plan en capital-risque qui se trompent à ce point… peut-être que des acteurs comme Sequoia avaient de bonnes raisons de justifier qu’il y avait des choses dont ils n’avaient pas connaissance concernant FTX.

En voulez-vous à ce fonds de venture capital (VC) d’avoir contribué à établir la réputation de FTX et plus largement de Samuel Bankman-Fried (SBF) ?

Je pense que c’est trop compliqué de juger cela aujourd’hui vu l’engouement et l’aveuglement général qu’il y a eu autour du personnage de SBF, notamment aux Etats-Unis. Le résultat, c’est que l’intégralité des fonds VC vont être plus réticents à investir, ce qui va faire très mal à l’ensemble de l’écosystème, y compris d’ailleurs à des acteurs qui fanfaronnent aujourd’hui en dénigrant les entreprises en difficulté. Attention à ne pas perdre de vue la solidarité. La crise de confiance est réelle.

Comment se fait-il que Coinhouse ne traitait pas davantage en direct avec des protocoles de finance décentralisée (DeFi) sans passer par des intermédiaires centralisés ?

Dans le cadre des protocoles DeFi, le rendement n’était franchement pas très bon et la liquidité pas excellente par rapport à ce que proposaient certains acteurs centralisés. N’oublions pas aussi qu’Anchor Protocol de Terra-Luna qui s’est effondré en mai, était un protocole DeFi. En plus de cela, vous avez aussi un risque d’attaque informatique. Mais à l’avenir, il sera nécessaire d’augmenter la part des rendements issus directement de protocole de finance décentralisée. Nous y travaillons.

Etait-il trop tôt pour proposer des rendements aux clients ?

Non. Les personnes qui s’intéressent aujourd’hui à la crypto sont prêtes à comprendre que c’est relativement nouveau, avec des risques. Proposer des solutions de rendement fait partie du développement et fait fonctionner l’écosystème. Si vous voulez que les cryptos se développent et que le prix du bitcoin ou de l’ether progresse, il faut développer un circuit économique autour. C’est ce à quoi nous voulons contribuer chez Coinhouse en construisant l’épargne de nos clients et l’avenir. Si je dis à mes clients d’investir dans le bitcoin pour ensuite l’enfouir quelque part dans un lac ou je ne sais où, je peux vous assurer que dans 10-15 ans, sa valeur sera proche de zéro.

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