Les rémunérations des patrons du SBF 120 devraient repasser en 2021 au-dessus des niveaux de 2019

le 12/11/2021 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'an dernier, pour la première fois, le fixe et le variable annuel ont reculé, selon le rapport annuel de Proxinvest.

négociations salariales
L’an dernier les rémunérations totales ont reculé de 14% à 3,2 millions d’euros en moyenne dans le SBF 120.
(Crédit Thinkstock.)

Année atypique pour la rémunération des dirigeants. Avec la crise, l'an dernier, la modération était de règle. Les rémunérations totales (fixe, bonus annuel, jetons, avantages en nature, stock-options et actions gratuites de performance valorisées à leur date d’attribution et autres) ont reculé de 14% à 3,2 millions d’euros en moyenne dans le SBF 120, selon le rapport de Proxinvest. Soit un retour sur les niveaux de 2014-2015. La médiane recule même de 18% à 2,5 millions. Les grandes sociétés ont mieux résisté, avec une baisse de 11% des émoluments des patrons du CAC 40 à 4,6 millions d’euros, le niveau de 2016.

La crise sanitaire et ses conséquences sur les performances de l’entreprise et sur l’emploi (chômage partiel,…) ont poussé les conseils à inciter les dirigeants à renoncer à une partie de leur rémunération fixe ou variable. Au sein du SBF 120, 58% des sociétés ont annoncé une baisse, et 6% ont gelé une augmentation prévue. Mais plus d’un tiers (36%) n’ont rien modifié.

Chute de 27% du bonus annuel

Du jamais vu. Pour la première fois, la rémunération fixe a baissé sensiblement. De 4,4% dans le SBF 120, pour une médiane de 0,8 million (1,1 million dans le CAC 40). Et surtout le variable annuel a chuté de 26,9% dans le SBF 120, 15 dirigeants n’ayant touché aucun bonus, notamment chez Air France-KLM, Kering, LVMH, Sodexo, Verallia. Le plafond du bonus annuel, fixé à 150% du fixe par Proxinvest, a été respecté par 90% des sociétés. Ce qui n’est pas le cas de Sanofi et surtout de Carrefour, dont son PDG, Alexandre Bompard, a touché un variable annuel de 2,5 millions d’euros, le plus élevé du SBF 120. En 2009, post-crise, les bonus du SBF 120 étaient stables (-0,6%) et avaient même augmenté dans le CAC 40.

Alors que la crise a rendu difficile l’atteinte des objectifs de performance, de nombreuses sociétés ont demandé à leur assemblée générale le droit de modifier a posteriori la politique de rémunération, et d’autres ont révisé à la baisse leurs objectifs de performance. Mais la modification par Accor et Pierre & Vacances des indicateurs de performance retenus et préapprouvés par les actionnaires sans même leur redemander leur avis, «nous a beaucoup choqués», confie Loïc Dessaint, responsable de la gouvernance chez Proxinvest. Une pratique à rejeter.

Bonne nouvelle, les rémunérations très élevées se font rares. Seulement 14 dans le SBF 120, contre 24 en 2019, dépassent les 5 millions d’euros. En revanche, des dérives subsistent, en raison de plans d’actions à normes. Proxinvest fixe à 300% du fixe le plafond de ces plans.

Les volumes «colossaux»
des actions de performance

Une nouvelle fois, Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes, occupe la tête du classement, avec une rémunération totale de 20,6 millions d’euros, qui recule néanmoins de 17%. Il est suivi par Daniel Julien, PDG de Teleperformance, avec 17 millions d’euros (+29%), dont un fixe de 2,3 millions d’euros, le plus élevé du SBF 120, et un bonus annuel maximum. Teleperformance affiche en outre le plus mauvais ratio d’équité du CAC 40, avec un écart de rémunération avec les salariés de 422 fois selon la société pour le périmètre France et de 1.430 fois, selon Proxinvest. D’ailleurs sa rémunération n’a été approuvée qu’à 61%, un score très faible. En outre, tant pour Bernard Charlès que pour Daniel Julien, les conditions de performance sont «exigeantes, mais les volumes d’actions colossaux», estime Loïc Dessaint.

Stellantis occupe la troisième place du classement. La rémunération 2020 de Carlos Tavares, ancien président du directoire de PSA, n’étant pas dévoilé, Proxinvest a retenu les 14,9 millions de Mike Manley, ancien dirigeant de FCA. Là encore, le rapport de rémunération de Stellantis n’a été adopté qu’à 56% lors de la dernière assemblée générale. Douglas Pferdehirt, PDG de TechnipFMC, et habitué du Top 5, prend la quatrième place avec ses 10,5 millions d’euros (-23%). «Les pratiques de rémunération de FCA et TechnipFMC sont typiquement américaines et comprennent donc, outre des montants élevés, une partie des actions gratuites non soumises à condition de performance, mauvaise pratique de gouvernance usuelle aux Etats-Unis mais non conforme au code Afep-Medef», fustige Proxinvest.

La cinquième position est occupée par Eric Vallat, directeur général de Rémy Cointreau. Une année exceptionnelle pour ce dirigeant, dont la rémunération atteint 9,7 millions d’euros en raison de la concomitance de quatre plans d’actions (plan classique, report d’un plan, plan de long terme et plan de très long terme). Néanmoins, Proxinvest se félicite de la création de ce plan de très long terme, sur neuf ans, dont la performance sera alignée avec les objectifs de réduction de l’intensité carbone.

Face à ces montants très élevés, les rémunérations des dirigeants de sociétés publiques restent plafonnées à 450.000 euros. De quoi les faire réfléchir…

En 2021, les rémunérations devraient «vraisemblablement repasser au-dessus du niveau de 2019», anticipe Loïc Dessaint, avec un retour à la normalité du fixe, voire avec les augmentations déjà votées chez Vivendi et EssilorLuxottica  . 

Sur le même sujet

A lire aussi