FINTECH - Dans la cour des grands

le 23/01/2020 L'AGEFI Hebdo

Quelques fintech ont réussi à s’imposer sur leur marché, fortes d’une expérience acquise en accéléré.

FINTECH - Dans la cour des grands
Lydia, l’application de paiement mobile, vient de lever 40 millions d’euros auprès de Tencent (WeChat) et d’autres investisseurs.
(© 2018 Bloomberg Finance LP)

Fini les regards condescendants et les sourires narquois, les fintech prennent une place significative sur leurs marchés. Elles n’ont pas encore conquis tous les métiers de la finance, mais elles ont déjà grignoté 15 % de revenus issus des paiements côté retail et 18 % côté entreprises, selon l’étude Fintech Control Tower du BCG. Encore discrètes sur le crédit à la consommation ou sur la gestion de patrimoine, elles avancent pas à pas. Avec des levées de fonds de plus en plus riches qui financent la conquête commerciale et les développements technologiques, elles atteignent un certain degré de maturité. Evidemment, les Etats-Unis mènent largement le mouvement en nombre de sociétés créées comme en levées de capitaux, mais l’Europe se défend sur le plan des créations, nettement moins sur l’aspect financement. Le Vieux Continent compte tout de même de belles réussites : Adyen (Pays-Bas) ou Nexi (Italie) valorisées chacune à plus de 8 milliards d’euros, Klarna (Suède) à 5 milliards, Transferwise (Royaume-Uni) ou l’allemande N26 à 3,5 milliards toutes les deux.

Dans ce paysage, les françaises sont un peu en retrait mais quelques-unes ont atteint des tailles significatives et développé des business models assez robustes pour obtenir la reconnaissance des acteurs en place. La France compte ainsi 600 fintech qui ont levé 699 millions d’euros en 2019, soit deux fois plus qu’en 2018. De plus, elles ont créé 10.000 emplois directs en quelques années. « Nous ne sommes plus le village de bonsaïs, a estimé Alain Clot, président de France Fintech, lors d’un séminaire organisé par Partelya Consulting. Désormais, la moitié des membres de l’association sont présents dans au moins un autre pays, et les trois quarts ont un projet d’installation à l’international pour les douze mois à venir. »

L’année commence d’ailleurs en trombe : Lydia, l’application de paiement mobile qui a étoffé son offre avec de l’assurance, du prêt instantané, de la carte cadeau, vient de lever 40 millions d’euros auprès de Tencent (WeChat) et d’autres investisseurs. Elle compte 3 millions d’utilisateurs dans cinq pays européens et pourra ainsi accélérer son développement international tout en enrichissant son modèle de plate-forme de services financiers, alternative aux banques traditionnelles. Le secteur des paiements a vu l’émergence d’autres réussites comme Leetchi et Mangopay. Leetchi a collecté 220 millions d’euros via ses cagnottes, et Mangopay, qui gère les paiements de 2.500 marketplaces (dont Leetchi mais aussi Vinted, La Redoute, Chrono 24…), a traité pour 3,8 milliards d’euros de transactions. Présente à Luxembourg, Londres et Berlin, Mangopay compte ouvrir sept nouveaux bureaux en 2020.

Tous azimuts

Sur le même métier d’encaissement pour les marketplaces, Lemonway a des clients dans quinze pays d’Europe. La fintech a traité 2,5 milliards d’euros de transactions en 2019, elle a aussi levé 25 millions d’euros qui lui permettront de poursuivre sa croissance européenne et de recruter une quarantaine de personnes. Son activité se renforce notamment au Royaume-Uni et en Allemagne où elle va ouvrir un nouveau bureau. Elle annoncera bientôt un partenariat avec une grande banque qui distribuera son offre à ses propres clients, preuve de sa solide position sur ce marché. Toujours dans le domaine des paiements, Lunchr est parvenue à s’imposer dans le cercle restreint des émetteurs de titres restaurant sous format carte ou dématérialisé. Avec 3.000 entreprises clientes et 200.000 utilisateurs, Lunchr prévoyait de traiter environ 400 millions d’euros de transactions en 2019. La société a levé 30 millions d’euros l’année passée et prépare son internationalisation. Autre champion tricolore, mais dans le domaine des crypto-actifs, Ledger qui vend dans le monde entier des portefeuilles de stockage physique a connu une croissance fulgurante liée aux pics de valorisation des cryptodevises et aux divers vols opérés sur les plates-formes d’échange. L’entreprise qui avait levé 61 millions d’euros en 2018 a réalisé un chiffre d’affaires de 40 millions selon Eric Larchevêque, son fondateur.

Dans le crédit à la consommation, Younited Credit, fondée il y a 10 ans et agréée en tant qu’établissement de crédit, vient d’atteindre le seuil de rentabilité. En 2019, la production de crédit a atteint les 520 millions d’euros et son PNB a augmenté de 65 %. Présente dans cinq pays européen, elle a développé une activité de credit-as-a-service sous la marque Younited Business Solutions (crédit en marque blanche ou grise) qui contribue pour 25 % à 30 % de sa marge et un nouveau service de conseil financier en Espagne, avant un lancement européen prévu pour 2020. Younited Credit a également diversifié ses sources de financement : investisseurs institutionnels ou professionnels, partenariat avec Raisin qui lui apporte des fonds d’investisseurs allemands et autrichiens, première titrisation de 156 millions d’euros notée triple A… C’est un cas unique en Europe.

Côté crédit aux entreprises, October (ex-Lendix) a prêté 129 millions d’euros à 800 PME en 2019 et 400 millions d’euros depuis son lancement. Présente
dans cinq pays, la plate-forme a su rapidement
attirer les investisseurs institutionnels comme Bpifrance, le Fonds européen d’investissement, la caisse des dépôts italienne et bientôt la banque publique espagnole. Surtout, October a su digitaliser le processus de demande de crédit et ainsi accélérer considérablement le traitement des dossiers. Riche des données cumulées depuis quatre ans et de ses algorithmes, October collaborera avec des banques dès cette année. Plus petite qu’October, Credit.fr a prêté 26 millions d’euros en 2019 et racheté Homunity, la plate-forme de crowdfunding immobilier qui a collecté 68 millions d’euros. Ainsi consolidée, la société s’est lancée en Suisse et devrait atteindre le seuil de rentabilité en 2020.

Dans l’affacturage, Finexkap a financé plus de 100 millions d’euros en 2019 et compte 2.500 clients. La société compte bien atteindre le milliard d’euros dès 2021 et lancer une offre de crédit à court terme conçue grâce à sa connaissance du comportement de paiement des entreprises. Elle annoncera aussi un partenariat stratégique. Dans l’assurance-santé, Alan a réussi à obtenir un agrément d’assureur qui porte donc son propre risque et a réussi à réinventer la relation avec les assurés. Alan, qui compte 2.850 entreprises clientes et 37.000 assurés en France, se lance en Belgique et en Espagne après avoir levé 23 millions d’euros en 2018 puis 40 millions en 2019.

Ne sont citées ici que quelques-unes des fintech les plus performantes. Elles ont pour point commun leur capacité à innover, à développer la technologie qui soutient leur modèle économique, à recruter les bonnes personnes, à voir au-delà des frontières et à attirer des investisseurs engagés pour financer le tout. Des histoires exemplaires pour stimuler tous les créateurs de fintech qui se battent pour grandir et changer les standards de leur marché.

Pour aller plus loin, l'étude L'Observatoire de la fintech sur la version digitale de L'Agefi Hebdo

www.agefi.fr


Erratum

Suite à la publication de l’article « Oddo BHF élargit son offre en métaux non ferreux », dans le numéro 692 de L’Agefi Hebdo, la Société Générale souhaite réagir et faire rectifier cet article : « Oddo a certes embauché d'ex-vendeurs de la Société Générale spécialisés dans ce marché mais il est strictement faux de dire qu’Oddo BHF a repris ou acquis les activités OTC de trading de métaux de base non ferreux de Société Générale. »

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