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L’engouement pour le capital investissement pourrait mettre les rendements sous pression

le 01/04/2019

Philippe Mudry

Dans le match que le private equity livre contre les marchés publics auprès des investisseurs, l’année 2018 aura encore marqué pour lui une victoire.

Les quelque 19 milliards d’euros de capitaux levés par les sociétés françaises, en nette hausse pour un marché mondial plutôt moins dynamique, témoignent de l’appétit sans cesse grandissant des investisseurs pour une classe d’actifs qui détient le sésame absolu de la séduction en cette ère de taux bas, le rendement.

Avec un TRI moyen sur 15 ans caracolant au-dessus de 10%, près de 4 points au-dessus du retour, dividende réinvesti, délivré par le CAC 40, les performances des sociétés de gestion françaises continuent de justifier aux yeux des investisseurs l’absence de liquidité pluriannuelle qu’ils ont à supporter.

Dès lors, les chiffres, en France comme dans le monde, montrent un rapport de forces entre marchés publics et privés en rapide évolution.

Certes la capitalisation des valeurs cotées demeure encore à des niveaux très supérieurs au non coté, dans un rapport mondial de 1 à 6 par rapport aux bourses américaines par exemple.

De plus, le marché secondaire continue d’assurer une liquidité et des augmentations de capital cruciales pour le dynamisme des bourses, qui leur permettent de demeurer sans rivales sur le marché des grandes capitalisations.

Mais les rachats d’actions, notamment aux Etats-Unis, et les sorties de la cote rognent depuis des années le stock de titres cotés, tandis que la disette d’IPO sévit durablement sur nombre de marchés, européens surtout. C’est vrai en particulier sur le segment très recherché des ETI, désormais chasse gardée du capital-investissement.

Le mouvement peut-il durer ? Le montant des capitaux demeurant à investir dans le private equity atteint aujourd’hui des niveaux si élevés, 1.200 milliards de dollars, qu’il est permis de se demander si les TRI y résisteront.

Avec des multiples moyens de 11 fois l’excédent brut d’exploitation, et des leviers en hausse régulière, la tentation de surpayer croît. Et avec elle la fragilité d’un type d’investissement dont la résistance à la crise financière a justement été un des facteurs clés de son succès.

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