La Fed ne laisse aucun répit aux pays émergents

le 12/09/2022 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les ‘spreads’ émergents restent sous pression, entre forte inflation, faible croissance et resserrement des conditions financières en dollar.

Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale de Washington (la Fed), le 27 juillet 2022
La Fed accélère ses hausses de taux et pourrait maintenir ces derniers à un niveau élevé pendant un certain temps.
(Federalreserve)

Jusque-là épargnées, les actions sur les marchés émergents subissent à leur tour des sorties de capitaux, à l’instar des marchés de dette depuis plusieurs mois. Les fonds d’actions émergentes ont enregistré leurs plus importants rachats depuis début mai sur une période de sept jours (au 7 septembre), selon les données d’EPFR. Les fonds de dettes émergentes (locale et en devise forte) accusent, cette année, les plus importantes sorties jamais enregistrées, à près de 60 milliards de dollars (10% des encours). Si la dynamique reste à confirmer pour les actions, le contexte n’est clairement pas en faveur des émergents, coincés entre ralentissement de la croissance – voire glissement vers la récession –, crise énergétique et regain épidémique en Chine. Le tout conjugué à la nette augmentation du risque politique.

Mais ce qui guide aujourd’hui la classe d’actifs, et en premier lieu sa composante dette et devise, est le resserrement des conditions monétaires en dollar. «Les marchés émergents ont fait leur rentrée avec encore beaucoup de vents contraires, étant donné que l’indice dollar DXY atteint des sommets pluriannuels, que la volatilité sur les taux augmente à nouveau, et que le chemin vers les taux terminaux des banques centrales est probablement rallongé par les intentions des pays développés», relève Sameer Goel, macro stratégiste chez Deutsche Bank.

En juillet, comme la plupart des actifs risqués, les dettes émergentes ont profité de l’espoir que la Réserve fédérale américaine pourrait siffler la fin de son resserrement monétaire plus tôt qu’anticipé. L’annonce par la banque centrale tchèque qu’elle arrêtait ses hausses de taux et par la banque centrale du Brésil qu’elle envisageait de le faire, alors que l’inflation semblait atteindre son pic, a également soutenu la classe d’actifs. Mais l’espoir a été douché par Jerome Powell, le président de la Fed, quand il a confirmé sa détermination à lutter contre l’inflation, quitte à provoquer une récession, pour éviter les erreurs de la politique de «stop and go» des années 1970.

Les dettes émergentes en monnaie locale ont affiché une performance de -0,5% en août avec une baisse de 0,6% des devises. La baisse des matières premières – dont une partie des pays émergents sont producteurs – a également pesé sur la classe d’actifs, de même que la force du dollar. Le billet vert a profité de son statut de devise refuge face au risque de stagflation et de récession.

Nouvel équilibre

«Un nouvel équilibre avec une inflation plus élevée et une croissance plus faible dans les marchés émergents devrait justifier une hausse de la prime de risque et des ‘spreads’ par rapport aux bons du Trésor américain», estime Ehsan Khoman, responsable de la recherche marchés émergents EMEA chez MUFG. Les banques centrales n’en ont donc pas terminé avec les hausses de taux. Ce d’autant que la Fed accélère les siennes et pourrait maintenir ses taux à un niveau élevé pendant un certain temps. «Cela, combiné à la réduction de son bilan, signifie des conditions financières encore plus restrictives pour les marchés émergents», poursuit l’analyste de MUFG, qui n’anticipe pas pour tout de suite un pic de resserrement monétaire dans les marchés émergents – même si ceux-ci ont pris de l’avance (hors Asie) en commençant à relever leurs taux dès 2021 –, et ce tant que la Fed n’aura pas atteint le sien.

Certes, les valorisations, après la chute de 13,6% cette année des dettes en monnaie locale par exemple, sont parmi les plus attrayantes depuis vingt ans, relèvent les gérants de Pimco. Mais les facteurs techniques, comme les flux, continuent de peser sur la classe d’actifs. Un autre risque est celui du défaut. Si seulement 9% de la dette incluse dans l’indice souverain émergent de JPMorgan est à des niveaux «distressed» (plus de 1.000 points de base de spread), cela concerne un quart de la dette totale en monnaie forte (généralement en dollar), principalement des pays frontières (dont plusieurs ont déjà fait défaut). Beaucoup doivent faire face à un endettement élevé et à une nette dégradation des termes de l’échange. Un cocktail dangereux.

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