La suspension de Solutions 30 met le marché sous tension

le 17/05/2021 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le cours de la société ne cote plus depuis une semaine, sans explication. Une situation qui ressemble à une faille de marché pour les investisseurs.

Une suspension aussi longue et silencieuse est inédite concernant un membre du SBF 120.
Une suspension aussi longue et silencieuse est inédite concernant un membre du SBF 120.
(Euronext)

Ne plus pouvoir ni acheter, ni vendre, dans un silence assourdissant. Depuis une semaine, les actionnaires de Solutions 30 se sentent pris au piège. Ce lundi matin, cela fera une semaine complète, soit cinq jours de Bourse, que les actions du groupe sont suspendues de cotation à la Bourse de Paris. Surtout, depuis son communiqué du 10 mai, annonçant dans une seule phrase qu’elle avait «demandé à Euronext de suspendre la cotation de son titre, à compter de l’ouverture du marché et dans l’attente de la publication d’un communiqué de presse», la société spécialisée dans l’installation de fibre optique ou de compteurs électriques n’a plus donné signe de vie.

Solutions 30 a publié un communiqué ce lundi matin pour annoncer, sans plus de précision, qu'il prévoyait de «communiquer» le 25 mai prochain après la clôture de la Bourse de Paris et que la cotation de son titre restait suspendue jusqu'à cette date.

Ce genre de situation se voit régulièrement sur les compartiments B ou C d’Euronext, ceux qui regroupent les plus petites valeurs de la Bourse de de Paris – Media 6 est par exemple resté récemment suspendu deux semaines avant d’annoncer un projet d’offre publique sur son capital. Mais une suspension aussi longue et silencieuse est totalement inédite pour un groupe de la taille de Solutions 30 (1,1 milliard d’euros de capitalisation boursière au moment de la suspension de cotation) et surtout membre depuis septembre 2020 du SBF 120, l’un des deux indices de référence d’Euronext Paris avec le CAC 40.

Règlement appliqué «comme prévu»

Sollicitée par L’Agefi, Euronext explique avoir appliqué «comme prévu» son règlement. Selon l’article 4403/2 de ses règles de marché, Euronext «peut, de sa seule initiative ou sur demande motivée de l’émetteur concerné, suspendre la négociation d’un titre pour empêcher ou arrêter un fonctionnement erratique du marché». Même si la probité de Solutions 30 a fait l'objet d'attaques ces derniers mois, à visage découvert ou anonymes, ce qui avait conduit la société à confier deux audits à Deloitte et Didier Kling, le cours de Bourse n’avait pas nécessairement connu de violentes secousses les jours précédant la demande de suspension. Selon le site ShortSell, un peu plus de 5% du capital de Solutions 30 fait actuellement l’objet de vente à découvert, niveau qui avait déjà été atteint en 2019.

Euronext peut également suspendre la négociation d’une action «à la demande d’une autorité compétente». Sollicitée par L’Agefi, l’Autorité des marchés financiers (AMF) n’a pas souhaité s’exprimer sur un cas particulier.

Le noir complet

Les règles concernant la durée de la suspension sont en revanche plus floues. «En pratique, il n'y a aucune durée maximum de suspension», précise l’AMF sur son site Internet. De ce fait, «l'AMF ne peut vous informer de la date de reprise de la cotation», reconnaît l’autorité.

«Euronext n’a pas tellement de solutions pour gérer ce genre de cas», explique un spécialiste de ces questions. En supposant qu’une durée maximum de suspension de cotation de 10 jours soit imposée, la cotation reprendrait automatiquement, sans plus d’explication. Les investisseurs tenteraient alors de renforcer ou de liquider leurs positions, ce qui ferait évoluer le cours au-delà de la bande de fluctuation autorisée de 10% avant que ne s’enclenche le processus de réservation du cours à la hausse ou à la baisse. Rien n’empêcherait alors l’émetteur de demander une nouvelle suspension de cotation, à moins que le régulateur ne lui impose de donner les informations qui manquent au marché pour bien fonctionner.

Cette lacune place le marché dans le noir le plus total. «Dans ce type de situation, les investisseurs ont besoin de binarité : un actionnaire doit avoir un élément de réponse, qu’il soit bon ou mauvais», indique Louis Albert, gérant et directeur des investissements d'ID AM, qui a été actionnaire de Solutions 30 bien avant son entrée au SBF 120, mais qui avait préféré sortir du dossier en raison d’une valorisation jugée excessive. A l'inverse, beaucoup d’autres gérants ont préféré conserver la valeur dans leurs fonds pour profiter des points de surperformance qu’elle avait l’habitude d’apporter chaque année.

Depuis une semaine, et dans l’attente de nouvelle, les actionnaires de Solutions 30 en sont remis à «croiser les doigts», comme le reconnaît, fataliste, un gérant.

Sur le même sujet

A lire aussi