Les recapitalisations battent leur plein en Europe

le 09/11/2020 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Plus de 20 milliards d'euros ont été levés en Bourse depuis le début de l'année, 130% de plus qu'en 2019. Les groupes français restent encore à l'écart du mouvement.

Centre commercial So Ouest à Levallois-Perret  (92)
La foncière Unibail-Rodamco-Westfield pourra-t-elle lancer son augmentation de capital de 3,5 milliards d’euros ?
(Photo DR.)

Demain mardi, la direction d’Unibail-Rodamco-Westfield saura si elle peut lancer l’augmentation de capital de 3,5 milliards d’euros qu’elle projette pour renforcer le bilan. L’assemblée générale des actionnaires de l’exploitant de centres commerciaux doit se prononcer sur le projet, contesté par Léon Bressler et Xavier Niel, soutenus par plusieurs autres minoritaires.

Si la foncière obtient le sésame de ses actionnaires, l’opération viendra gonfler une activité particulièrement soutenue ces dernières semaines sur le marché primaire actions. Plus de 20 milliards d’euros de fonds propres ont été levés entre janvier et octobre 2020 en Europe, Royaume-Uni inclus, contre 8,6 milliards d’euros l’an dernier à pareille époque, selon les données de Dealogic, soit une hausse de 130%.  A ce montant s’ajoutent plus de 21 milliards d’euros d’obligations convertibles (+31% en un an), des instruments prisés en période difficile pour lever des fonds.

Décote nécessaire

«Malgré d’énormes incertitudes (élections américaines, situation post-Brexit, deuxième vague…), nous sommes loin de ce qui s’est passé sur les marchés en mars : la volatilité a très peu augmenté et les flux vers les fonds actions se sont maintenus au cours des dernières semaines. Cette sérénité relative permet aux opérations de se réaliser dans de bonnes conditions», explique Pierre Troussel, co-responsable des activités equity capital markets (ECM) pour la France à la Société Générale.

Les liquidités sont abondantes et les investisseurs sont prêts à suivre ces opérations. «Evidemment, ils vont se positionner avant tout sur des entreprises aux modèles résilients, mais ils sont également disposés à suivre des opérations plus complexes, mêlant fonds propres, dette ou cessions d’actifs, à condition que le projet soit cohérent», indique Benoit Bout, responsable des activités equity linked chez Crédit Agricole CIB.

Le prix est aussi très important. La grande majorité des augmentations de capital avec droits préférentiels de souscription (DPS) ont été réalisées avec des décotes proches de 40%, comme celle d’IAG (36%) ou de Hammerson (41%). Mais ces niveaux sont comparables aux autres crises. En 2016, Vallourec avait réalisé son augmentation de capital avec une décote de 39% ex-DPS. «Dans le contexte actuel, la décote des opérations faites avec droits préférentiels de souscription est logiquement plus importante, mais c’est nécessaire pour couvrir la volatilité que peuvent connaître les cours de Bourse pendant toute la durée de l’opération», reconnaît Benoit Bout.

Augmentation de capital offensive

D’autres éléments interviennent pour assurer la réussite de l’opération, ajoute Alexis Le Touzé, responsable ECM pour la France chez BNP Paribas : «dans certaines situations, le recours à des sondages de marchés pour les opérations par placement accéléré et la participation d’investisseurs dits 'cornerstones', qui s’engagent à souscrire à une part importante de l’émission de nouvelles actions avant même son lancement, ont permis de sécuriser le bon déroulement d’une augmentation de capital.» Dans le cas de la foncière britannique Hammerson par exemple, un tiers de l’opération était assurée par des cornerstones.

Les groupes français restent encore à l’écart de ce mouvement de remise à niveau des fonds propres. Les augmentations de capital représentent environ un quart du volume des opérations ECM en France (levées de fonds, convertibles, introductions en Bourse et vente de blocs d’actions), contre 52% au niveau européen souligne Alexis Le Touzé. «Les groupes français ont abordé la crise avec des bilans solides. Très peu d’entre eux ont donc sauté le pas d’une levée de fonds», explique Thomas Feuerstein, co-responsable de l’ECM pour la France à la Société Générale. Mais selon lui, «le sujet deviendra d’actualité, en 2021 et les années suivantes, notamment pour rembourser les prêts garantis par l’Etat».

Les augmentations de capital à venir ne seront peut-être pas que défensives. «La crise est transformante pour l’économie et va inciter de nombreuses entreprises à faire des acquisitions. Il faudra du financement pour cela et ce thème est très apprécié des investisseurs», appuie Joëlle Assouad, responsable de l’ECM chez Crédit Agricole CIB. Korian l'a fait récemment. Veolia a prévu jusqu’à 2 milliards d’euros d’augmentation de capital pour financer la prochaine OPA sur Suez.

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