Les profit warnings échaudent les investisseurs

le 24/10/2018 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le marché, sous pression, est moins disposé à pardonner les avertissements sur résultats annoncés ces derniers mois.

baisse des marchés
La succession de profit warnings a fait baisser les marchés.
(Fotolia.)

Atos, Ingenico, Daimler, Continental, Michelin, Valeo, Sopra Steria, Bouygues, HeidelbergCement, Fresenius, SSE, Dia, Thomas Cook, TUI, Royal Mail… La cascade d’avertissements des sociétés européennes cotées pour leurs comptes du troisième, voire du quatrième, trimestre concerne tous les secteurs.

«Nous avons vu 23% des entreprises battre le consensus de bénéfice par action et 32% le rater, soit un écart net de 9 points en faveur des dernières. C’est la première fois que les ratés excèdent les dépassements depuis le quatrième trimestre 2014», recensent les stratégistes actions de Morgan Stanley, à partir de 24 sociétés de l’indice MSCI Europe ayant publié leurs comptes.  

Le contexte sous-jacent de l’économie mondiale n’a pas disparu : tensions internationales, tassement de la croissance chinoise, Brexit… sont encore mentionnés. Mais les sociétés ont surtout évoqué des motifs propres à leurs industries, voire des éléments exceptionnels: les nouvelles normes d’homologation WLTP et l’encadrement du diesel ont affecté le secteur automobile, la baisse structurelle du courrier pèse sur le secteur postal (Royal Mail, Neopost…), l’évolution des modes de consommation handicapent les distributeurs (comme Dia et Ceconomy), sans oublier les aléas de la météo, comme la vague de chaleur en Europe évoquée dans les secteurs du tourisme (TUI, Thomas Cook) et de l’énergie (SSE).

Hausses de coûts problématiques

Globalement, beaucoup d’entreprises ont souffert de hausses de coûts. L’érosion des marges observées au deuxième trimestre se confirme pour l’instant. «Les dépassements d’anticipations de chiffres d’affaires sont légèrement supérieurs, contrairement aux bénéfices, ce qui suppose que les pressions sur les marges continuent», observe Morgan Stanley. «Les vecteurs de croissance des revenus sont en général bien orientés. Mais les marges ont atteint des hauts de cycle et les hausses de coûts pourraient s’avérer problématiques pour les entreprises manquant de pouvoir sur les prix. Les produits de grande consommation, la chimie, les loisirs, les biens d’équipement et l’automobile […] semblent les plus vulnérables», confirment les stratégistes actions de Barclays.

La réaction a été forte du côté des investisseurs. L’Euro Stoxx 600 a ainsi perdu près de 8% depuis le début du mois d’octobre et 10% depuis son pic trimestriel du 31 juillet. Il est tombé hier à son niveau le plus bas depuis décembre 2016. L’écart entre l’évolution de cet indice paneuropéen et les anticipations de PER (cours de Bourse/bénéfice net) à 12 mois des analystes n’a cessé de se creuser depuis le début de l’année, alors que les deux données n’étaient quasiment pas décorrélées en 2017, comme le montre la base de données Datastream.

Selon l’enquête trimestrielle sur les profit warnings au Royaume-Uni publiée lundi par EY, les sociétés ont annoncé 68 avertissements au troisième trimestre: c’est 7 de moins qu’un an plus tôt, alors que le deuxième trimestre a enregistré une hausse de 29% (à 58). Mais leurs actions ont perdu 21% en moyenne. Un taux comparable aux baisses observées il y a dix ans, au plus fort de la crise financière, note EY.

Reste à savoir si le sentiment baissier des investisseurs se poursuivra. «Globalement, nous anticipons des résultats mitigés au troisième trimestre en Europe, mais la décote importante des PER depuis le début de l’année laisse entendre que les marchés misent déjà sur une dégradation des résultats à venir. Beaucoup de valeurs cycliques affichent une baisse de 15 à 20% par rapport à leur sommet de l’année, ce qui devrait limiter leur recul en cas de mauvaise surprise en terme de résultats et/ou de baisse de leurs prévisions», estime Barclays.

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