La France recrée une banque publique à l'export

le 17/11/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La Sfil espère devenir en 2015 l'outil public de refinancement des crédits export en France

Unité de production Alstom. Capture écran.

Paris veut se doter d’un outil de refinancement des prêts à l’export pour aider ses entreprises dans la concurrence internationale. Et c’est la Sfil qui a été sollicitée pour tenir ce rôle à partir de 2015. La Société de financement local, qui refinance sur les marchés les prêts aux collectivités locales hérités de Dexia et ceux produits désormais par la Banque Postale, a présenté un projet en ce sens le 12 novembre dernier à son conseil d’administration, a appris L’Agefi. Elle a aussi constitué un dossier auprès de la Commission européenne.

Le projet a un parfum de BFCE, la Banque française du commerce extérieur, privatisée en 1996 avant d’être dissoute dans Natixis. Il fait suite à une mission de l’inspection générale des finances. Le constat est simple: bien qu’il soit garanti à 95% par la Coface, le crédit-export coûte cher aux banques en fonds propres et surtout en liquidités, car il s’agit d’un concours à longue échéance.

L'argent manque donc, notamment pour les grands contrats, et les solutions de refinancement par obligations foncières sont insuffisantes. Les sociétés de crédit foncier (SCF) de BNP Paribas, du Crédit Agricole et de la Société Générale ont refinancé 4 milliards d’euros d’encours à ce jour, à comparer à un stock de crédits export de 61 milliards en France et à une production de 8 milliards en 2013.

La situation est d’autant plus pénalisante pour les exportateurs français que leurs concurrents étrangers s’appuient, eux, sur des dispositifs publics de prêt ou de refinancement. Les grands pays de l’OCDE ont créé ou relancé ces mécanismes après la crise de 2007-2008. C’est le cas aux Etats-Unis (avec l’US-Exim), en Allemagne (KfW) ou dans les pays nordiques, tandis que le Royaume-Uni est en train de mettre en place une capacité de 5 milliards de livres.

Avec la Caffil, sa société de crédit foncier, la Sfil estime pouvoir tenir ce rôle pour la France. Dans le schéma envisagé, une banque accordant un prêt à l’export lui céderait 95% du crédit et de la quote-part d’assurance fournie par la Coface. L’assureur crédit apporterait aussi sa garantie pour rehausser le refinancement. Une banque serait chargée ensuite du suivi des crédits sous-jacents.

Détenue par l'Etat (75%), la Caisse des dépôts et la Banque postale, la Sfil y voit aussi une occasion de diversifier ses activités. Selon un document interne, elle vise un volume d’opérations de 1,5 à 2,5 milliards d’euros par an, en se concentrant sur les nouveaux dossiers de plus de 100 millions. Avec les 3 à 4 milliards d’euros de prêts aux collectivités accordés chaque année par la Banque Postale, la Caffil pourrait ainsi émettre entre 4 et 6 milliards d’obligations foncières par an. Le refinancement de prêts existants est aussi envisagé sur 2015-2017 pour faire monter rapidement le dispositif en puissance.

A 5 ans, selon les scénarios, la Sfil y gagnerait entre 18 et 31 millions d’euros de produit net bancaire, pour un surcroît de résultat net de 10 à 18 millions. Le groupe estime que son ratio de solvabilité (CET1 de 23,3% à fin 2013) lui permettra d’absorber l’activité. Son ratio de levier paraît plus tendu. Il lui faudra aussi gérer un risque de change. La Sfil prévoit de recruter des experts du secteur, mais pas d’augmenter, au total, ses effectifs.

L’activité doit être lancée au troisième trimestre 2015, mais pourrait démarrer avant si sa tutelle, l'ACPR, et Bruxelles, donnent vite leur feu vert. La Sfil négocie par ailleurs une convention de prestation de services avec Natixis, l’actionnaire de référence de Coface. De grands exportateurs, comme Thales, Areva et Alstom, ont été consultés en amont.

Aucune des parties concernées ne fait de commentaires. De sources proches du dossier, la Caisse des dépôts se montre favorable sur le principe à la poursuite de l'étude du projet, à la condition que le dispositif soit neutre sur son implication tant en prêt qu'en capital dans la Sfil. L'activité est en effet jugée complexe, et de nombreux points restent à instruire.

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