Le scandale du Libor met RBS à l'épreuve

le 07/02/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La pression politique pourrait s'accroître sur la banque, mise à l'amende pour près de 450 millions d'euros

RBS passe un accord avec les autorités dans le scandale du Libor. Crédit : Paul Thomas/Bloomberg News

Un «autre jour de honte pour les banques britanniques». Greg Clark, le secrétaire au Trésor de Grande-Bretagne, a résumé hier le malaise après l’annonce de l’accord passé entre RBS et les autorités dans le scandale du Libor. La banque versera 87,5 millions de livres à la FSA britannique et 475 millions de dollars aux autorités américaines, soit 450 millions d’euros environ, dans un dossier qui n’en finit pas d’éclabousser la City. L’affaire place aussi Londres, qui ne sait quoi faire de ses 82% dans RBS, face à ses responsabilités.

RBS est la troisième banque mise à l’amende dans cette affaire. Le coût du litige se situe entre les 290 millions de livres de Barclays et les 1,5 milliard de dollars d’UBS. Mais la banque n’en a pas fini: les autorités japonaises et suisses enquêtent toujours sur elle, de même que la Commission européenne.

Les faits reprochés à RBS ont en effet largement touché le Libor en yen, ainsi qu’en franc suisse et en dollar. Ils se sont produits de janvier 2006 à novembre 2010, et ont impliqué 21 salariés. Selon un mécanisme désormais bien connu, un trader demandait à son collègue, chargé de contribuer quotidiennement aux Libor, de peser à la hausse ou à la baisse sur le taux interbancaire afin de réaliser des profits sur les marchés dérivés. La FSA a identifié sur la période au moins 219 demandes de ce type. «RBS n’avait aucun contrôle ou système relié au Libor avant mars 2011», note le superviseur britannique, qui aura mis du temps à s’en rendre compte.

Comme dans les cas Barclays et UBS, le scandale prend tout son sel grâce aux conversations de traders dont les autorités publient de larges extraits. «Incroyable comme on peut gagner à ce point de l’argent grâce au fixing du Libor», se vante l’un d’eux. «C’est un cartel, maintenant, à Londres», lui répond un autre. «La pure manipulation continue», lance un troisième.

Des 21 salariés mis en cause, 15 ont quitté le groupe et 6 ont été soumis à des sanctions. RBS a également sacrifié hier John Hourican, le patron de la banque d’investissement et des marchés, bien que ce dernier ne soit pas impliqué dans le scandale, et va scinder les deux activités. Enfin, les bonus des dirigeants et des salariés seront mis à contribution: entre la baisse des rémunérations variables à venir et la reprise (claw back) des bonus passés, l’économie atteindra 300 millions de livres.

Cela suffira-t-il à calmer l’opinion publique ? Ajoutée à d’autres litiges outre-Manche (assurance emprunteur, mévente de dérivés), cette affaire pourrait conduire la banque nationalisée à afficher une perte de 4,3 milliards de livres en 2012, estiment les analystes de Credit Suisse. Le ratio de solvabilité Bâle 3 serait de 7,1% seulement fin décembre. «Un deleveraging plus radical sera nécessaire alors que la pression stratégique et politique monte autour de la banque d’investissement du groupe», note Credit Suisse. Le directeur général Stephen Hester sera auditionné la semaine prochaine par le Parlement.

Avec ces trois dossiers, la facture du scandale du Libor dépasse déjà 2 milliards d’euros. Ce n’est qu’un début, vu le nombre de procédures en cours et de banques mises en cause. Hier, Reuters indiquait que Deutsche Bank a suspendu cinq traders de son desk monétaire à Francfort après une enquête interne, sur des soupçons de manipulation de l’Euribor. Au Japon, un trader vient d’accuser dans un livre les banques nippones de cartel pour la fixation du Tibor, le taux interbancaire local.

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