« Les PME devront renforcer leurs fonds propres face au resserrement du crédit »

le 04/10/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

explique Olivier Gindre, président de la commission Capital-développement au sein de l’Association française des investisseurs en capital

Olivier Gindre photo (dr)

L'Agefi : Alors que s'est tenue mardi 4 octobre la Journée du capital-développement organisée par l'Afic, comment se porte ce métier ?

Olivier Gindre : Le capital-développement a connu une montée en puissance progressive et constante: 2,3 milliards d’euros ont été injectés dans 916 entreprises en 2010, contre 785 millions dans 558 sociétés en 2003. Les chiffres du capital-investissement en France au 1er semestre 2011 [communiqués le 13 octobre] montreront qu'il s'agit de l'un des semestres les plus actifs pour le capital-développement. La demande de la part des sociétés progresse régulièrement, encore plus en période de crise financière avec des dossiers toutefois plus compliqués à appréhender.

La crise actuelle devrait toucher plus durablement l’économie réelle que la crise financière de 2008. Quels effets pourrait-elle avoir sur votre activité ?

Le financement de l’économie passe en grande partie par les concours bancaires et il sera probablement plus difficile pour les sociétés d’y avoir accès courant 2012 – même si dans notre univers, celles que nous soutenons partent d’une base de croissance supérieure et sont davantage habituées à gérer la volatilité de leur activité et de leurs résultats que les entreprises plus mûres. Le renforcement des capitaux propres est donc essentiel. Les professionnels du capital-développement préparent donc les entreprises à prendre toutes les précautions pour renforcer leur trésorerie, sécuriser leurs moyens de financement et structurer leurs fonds propres.

Un resserrement de l’octroi de crédit amènera-t-il le capital-développement à se substituer aux banques ?

Non. Notre objectif reste avant tout de structurer les fonds propres des entreprises qui améliorent ainsi leur capacité d’emprunt. En revanche, nous aurons à la fois l’occasion de réinvestir plus massivement dans les sociétés où nous sommes déjà présents, et de répondre à un plus grand nombre de sociétés prêtes à ouvrir leur capital.

Dans cette perspective, disposez-vous de ressources suffisantes ? La sortie des banques et des assureurs du métier vous inquiète-t-elle ?

Les levées de fonds subissent historiquement d’importantes fluctuations; avec 2,8 milliards d’euros de collecte, 2010 a été une année record pour le capital développement. Mais le risque de tarissement de l’argent des investisseurs institutionnels, lié à Bâle 3 et à Solvabilité 2, est l’enjeu principal de notre profession et de l’économie française en général. Or, ces investisseurs représentaient encore récemment la principale source de capitaux pour le capital-investissement. C’est un problème spécifique à la France, qui entraîne une perte de compétitivité quand dans la plupart des autres pays européens, les engagements de retraite et d’assurance-vie sont gérés par des fonds de pension, qui eux ne sont pas couverts par Solvabilité 2. Il faut toutefois distinguer dans l’actualité récente les cessions des filiales capital-investissement de certaines banques et compagnies d’assurances, qui sont d’avantage destinées à rassurer les marchés et qui ne débouchent pas toujours sur une réduction effective des allocations.

Que fait l’Afic dans ce domaine ?

L’Afic a pris la mesure de cet enjeu. Nous voulons montrer que nous ne représentons pas un niveau de risque à la hauteur des ratios réglementaires. Nous souhaitons faire évoluer l’application de ces ratios dans un sens moins brutal, notamment dans la transposition de la réglementation dans la législation nationale. Dans le même temps, il est essentiel de travailler sur l’apport de garanties, en collaboration avec d’autres institutions. Par exemple une réflexion est en cours à l’initiative d’Oséo sur un mécanisme de garantie globale des fonds. L’un des enjeux serait de traiter le problème de la «courbe en J», c’est-à-dire la baisse de la valorisation du fonds les premières années due à la valorisation des participations en juste valeur et aux charges de gestion. Il s’agit d’un sujet sensible pour les investisseurs institutionnels pour leur permettre d’alléger leurs provisions.

Comment l’Afic se prépare-t-elle à l’éventualité d’une alternance politique en 2012 ?

L'Afic va sortir fin 2011, début 2012 son livre blanc destiné aux pouvoirs publics et aux candidats à la campagne présidentielle. Ce livre blanc exposera les conditions nécessaires pour que les PME puissent continuer à bénéficier de l'apport des professionnels du capital investissement, alors même que les réglementations internationales risquent de pénaliser très lourdement cette source de financement de l'économie réelle.

A lire aussi