Dexia prend la mesure de l'ampleur de ses maux

le 04/10/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Son conseil s'est réuni hier soir après une chute de sa valorisation à 2,53 milliards d'euros

Le siège de Dexia à Bruxelles. Photo : Jock Fistick/Bloomberg Newe

Il aura suffi d’un communiqué de Moody’s pour remettre le feu aux poudres. En plaçant hier les notes des entités opérationnelles de Dexia sous surveillance en vue d’une dégradation, l’agence a provoqué un plongeon de 10,16% de l’action de la banque franco-belge, à 1,30 euro. La tenue d’un conseil d'administration cette nuit a fait refleurir les interrogations concernant la création éventuelle d’une «bad bank» destinée à assainir le bilan chargé de Dexia sous la houlette des Etats français et belge.

Les filiales du groupe – Dexia Crédit Local, Dexia Bank Belgium et Dexia BIL – sont notées A3 chez Moody’s, quatre crans au-dessus de la catégorie spéculative et cinq crans de plus que la note «réelle» de Dexia si celle-ci ne bénéficiait pas du soutien des Etats français, belge et luxembourgois. Fin septembre, Fitch avait abaissé la note de viabilité du groupe, mais laissé sa note long terme à A+, soit deux crans au-dessus de celle de Moody’s.

Cette dernière estime que la position de liquidité du groupe s’est dégradée. «Dexia a connu une restriction de son accès au financement de marché – y compris au financement court terme non sécurisé – depuis le 7 juillet», indique l’agence.

Les maux du groupe sont structurels. Au 30 juin, la banque finançait encore à court terme 18% de son bilan, soit 96 milliards d’euros. Par ailleurs, son exposition à la dette souveraine grecque (3,8 milliards après décote) représente à elle seule 30% de ses 13 milliards d’euros de capital core tier one. En appliquant à la lettre les termes de l’accord du 21 juillet sur l’aide à la Grèce, Dexia n’a déprécié qu’à peine 10% de son portefeuille d’emprunts d’Etat grecs. D’ailleurs, le communiqué de Dexia reconnaît que «l’environnement actuel, la taille du portefeuille d’actifs non stratégiques (dit Legacy) pèse structurellement sur le groupe».

Enfin, si les moins-values latentes sur le portefeuille de trading sont prises en compte dans les «réserves AFS» de Dexia, mais ne seront déduites du capital réglementaire progressivement que sous Bâle 3. «En déduisant des fonds propres les réserves AFS de 6,9 milliards, les ratios tier one et core tier 1, de 11,4% et 10,3% au 30 juin, auraient seulement atteint 6% et 4,9% respectivement», rappelle CreditSights. Dexia valant 2,53 milliards en Bourse, ses actionnaires peuvent donc craindre une dilution massive en cas denouvelle recapitalisation.

Si le communiqué publié par Dexia à l’issue de la réunion de son conseil d’administration apporte peu d’éléments neufs, il semble indiquer que la banque a pris la mesure des difficultés structurelles auxquelles elle doit faire face. «(…) le Conseil d'administration a demandé à l'administrateur délégué de préparer, en concertation avec les Etats et les autorités de contrôle, les mesures nécessaires pour résoudre les problèmes structurels qui pénalisent les activités opérationnelles du groupe et ouvrir de nouvelles perspectives de développement à ses franchises commerciales historiques en Belgique et en France».

De quoi relancer les anticipations d’un démembrement du groupe, de la création d’une «bad bank» qui logerait environ 120 milliards d’euros, d’un transfert du portefeuille de prêts aux collectivités dans une coentreprise formée par La Banque Postale et la CDC et enfin de cession de Denizbank en Turquie et de la gestion d’actifs.

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