Les sociétés sous LBO profitent de la liquidité

le 03/05/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les demandes d'extension de dette bancaire se multiplient en Europe, à l'image de PagesJaunes

PagesJaunes, Ziggo… Ces sociétés ont en commun de compter des fonds d’investissement comme actionnaires de référence, et d’avoir renégocié avec succès leur dette ces derniers jours. Le phénomène prend de l’ampleur en Europe, un certain nombre d'emprunteurs, à l’image d’Elior, essayant de profiter des conditions favorables de liquidité pour étendre la maturité de leur dette bancaire sans trop augmenter les marges payées. Le montant de dette high yield concerné par ce processus atteindrait 13 milliards d’euros, selon S&P LCD.

Racheté en LBO par KKR en 2006, PagesJaunes a ainsi annoncé le 29 avril une extension de deux ans de la maturité d’une tranche de 962 millions d’euros et une modification de ses clauses contractuelles (covenants) contre un renchérissement de sa marge moyenne de 100 points de base.

De sources bancaires, le groupe de restauration collective Elior, qui compte les fonds Chequers et Charterhouse à son capital aux côtés du fondateur Robert Zolade, a engagé un processus similaire. Qualifié d’amend-to-extend, celui-ci permet d’éviter un refinancement complet. Elior chercherait à prolonger la maturité de sa dette d’environ 2 ans, moyennant une commission d’arrangement de 30 points de base et une rallonge de 100 pb sur la marge payée. D’autres emprunteurs européens s’y mettent: les noms du loueur Fraikin (Eurazeo) ou du gestionnaire de parcs de loisirs Merlin Entertainment (Blackstone) circulent.

Ces sociétés et leurs sponsors ont une approche opportuniste. «Les investisseurs institutionnels ont beaucoup de liquidités actuellement, et certains emprunteurs profitent de cette manne potentielle pour faire pression sur leurs banques afin de renégocier leur dette bancaire», souligne un spécialiste du financement LBO. Avec succès: le câblo-opérateur néerlandais Ziggo a réussi fin avril à refinancer sa dette et à émettre une nouvelle tranche de 460 millions d’euros à une marge de 325 pb, la plus serrée d’un emprunteur LBO post-crise.

La menace d’une «désintermédiation» des banques brandie par les sociétés sous LBO n’est pas à prendre à la légère. Après la flambée des marges bancaires sur le financement leverage en 2009 et 2010, les rachats à effet de levier de belles sociétés se financent depuis un an pour partie, voire en totalité, sur le marché obligataire high yield. Certaines transactions (Gerflor, Kiloutou) ont aussi été financées par de la dette de type corporate, moins margée que la dette LBO (lire aussi L’Agefi Hebdo du 28 avril).

«Pour des sociétés qui auront à rembourser de grosses échéances en 2012 et 2013, il est logique d’anticiper le mouvement», note un banquier. Les tombées de dette des LBO européens devraient culminer à 127 milliards d’euros en 2014, selon S&P. Dans le même temps, la capacité de réinvestissement des CLO européens (véhicules de titrisation adossés à des prêts) tomberait de 62 milliards en 2010 à 22 milliards en 2013, réduisant d’autant cette source de financement.

Dans quelques cas, l’extension des échéances permet de gagner du temps en vue d’une évolution du capital qui permettra ensuite de rembourser la dette. Ziggo, par exemple, a annoncé son intention de revenir en Bourse. «Renégocier la dette laisse à l’Ebitda de la société le temps de progresser à un niveau qui permettra de concilier les attentes du vendeur en termes de prix et les contraintes de l’acquéreur en matière de multiples de valorisation», rappelle un banquier d’affaires.

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