Le secteur bancaire alerte sur le financement des collectivités publiques

le 16/02/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les règles Bâle 3 découragent l'activité de prêt à une clientèle qui n'est pas pourvoyeuse de liquidité. Les prix augmentent déjà

S’il est une catégorie d’emprunteurs qui cumule les handicaps dans le futur monde dessiné par Bâle 3, c’est celle des collectivités publiques. Un certain nombre de banquiers commencent à tirer la sonnette d’alarme, estimant que les nouvelles règles de liquidité du Comité de Bâle vont pénaliser leur financement. «Le système qui se met en place nous amènera à diminuer la durée des financements les plus longs et à donner la priorité aux contreparties qui génèrent de l’épargne», prévient Bertrand Corbeau, directeur général de la Fédération nationale du Crédit Agricole, dans un entretien à L’Agefi.

Les collectivités publiques ne sont déjà pas aujourd’hui des pourvoyeurs de liquidité, puisqu’elles sont obligées de déposer leurs fonds auprès de l’Etat. Mais les concours qui leur sont accordés coûteront, demain, plus cher aux banques. Le ratio de liquidité à 30 jours créé par le Comité de Bâle exclut les prêts aux entités publiques du bassin des actifs les plus liquides. Les banques devraient par ailleurs considérer qu’en situation de crise, les crédits court terme peuvent être tirés à hauteur de 10% s’il s’agit d’engagements de crédit, voire à 100% s’il s’agit d’engagements de liquidité. Cerise sur le gâteau, la quantité de créances mobilisables auprès de la BCE pour accéder à la liquidité banque centrale devrait être réduite à l’avenir.

«Les ratios ont un impact direct sur le marché interbancaire, et donc sur le prix de la ressource, qui va être intégrée dans le coût des crédits», estime le responsable de l’activité secteur public d’une banque française.

Cette remontée des prix a déjà commencé. En juin 2010, un prêt amortissable à 20 ans pouvait encore être facturé entre 40 et 65 points de base au-dessus de l’Euribor. Six mois plus tard, la fourchette oscille entre 60 et 110 pb. Et les professionnels anticipent une hausse supplémentaire de 20 à 30 pb cette année. La maturité moyenne des prêts, qui s’est allongée ces dernières années au-delà de 15 ans, devrait à nouveau raccourcir. Enfin, certains acteurs pourraient lever le pied: la Société Générale l’aurait déjà fait au deuxième semestre, en anticipation des nouvelles règles, selon des concurrents.

A toute chose malheur est bon. Pour les banques, le cas des collectivités est aussi l’occasion de faire sortir le débat autour de Bâle 3 des chapelles d’experts afin de lui donner une résonance politique.

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