Paris se résigne au rachat de Nyse Euronext

le 11/02/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La fusion avec Deutsche Börse entérinerait la perte d'influence de la Place sur les métiers actions

En 2007, Euronext était tombé dans les bras du New York Stock Exchange pour mieux échapper à Deutsche Börse. Quatre ans plus tard, ironie de l’histoire, le projet de fusion de Nyse Euronext et Deutsche Börse, qui pourrait être dévoilé dès le 15 février, consacre le modèle de l’opérateur allemand, avec un post-marché intégré, ainsi que son poids économique (60% du futur groupe). De quoi satelliser un peu plus Paris, même si plusieurs observateurs estiment que le vrai tournant pour la Place a été pris en 2007.

«L'AMF veillera, aux côtés des autres autorités compétentes, à ce qu’un juste équilibre soit trouvé entre les différentes places financières concernées par ce projet. Il s'agit non seulement d'un enjeu industriel mais aussi de régulation», a indiqué hier l’Autorité des marchés financiers, tout en saluant l’intérêt industriel du projet de rapprochement. Bercy est sur la même ligne. Il semble cependant que les autorités aient été prises de court devant l’annonce du rapprochement.

Des précisions sont désormais attendues sur les centres de décisions du nouveau groupe. Son conseil devrait compter 17 membres: 11 Européens et 6 Américains, de sources proches des discussions. New York abriterait la structure en charge des activités cash, et Francfort celle des dérivés, à la valeur et au potentiel de croissance jugés supérieurs.

Paris Europlace a beau se féliciter que la fusion replace «le centre de gravité du groupe ainsi constitué dans la zone euro», d'aucuns craignent une dilution des intérêts parisiens. «Un certain nombre de décisions se prennent encore à Paris, et Nyse Euronext pouvait être sensible à certaines de nos demandes, explique le responsable de l’exécution d’un gros courtier dans la capitale. Je ne me vois pas prendre demain mon bâton de pèlerin pour aller plaider ma cause à Francfort».

Paris continuerait certes à héberger les dirigeants (Roland Bellegarde) et les équipes du cash actions européens (introduction, émission, cotation). Tout comme, dit-on, le siège du développement informatique. Un lot de consolation: de l’avis général, l’essentiel s’est joué en 2009, lorsque Nyse Euronext a décidé de migrer son moteur de cotation de Paris vers Londres. Et ce, sans véritable réaction des pouvoirs publics français. «Ceux qui croyaient encore que Nyse Euronext était français ont perdu leurs dernières illusions ce jour-là», estime un cadre d’un broker américain.

En termes de systèmes, la création du nouveau groupe accentuera ce tropisme britannique: il est prévu que la Bourse allemande migre vers le système UTP de son partenaire. «Si on y ajoute le LSE, Chi-X et Bats, tous les grands moteurs européens de cotation seront polarisés à Londres», relève le premier professionnel.

Faut-il craindre pour autant de nouveaux départs de traders de Paris vers Londres? La capitale britannique a depuis longtemps gagné ce combat, même si la Société Générale, par exemple, a maintenu de grosses équipes à Paris. «Le flash trading doit être près des serveurs, mais il ne s’agit que de machines, répond un courtier. Les équipes de vente devront toujours être situées près du client». Les analystes financiers de la Sfaf et de la Cafi, en marge d’une présentation du Conseil de l’analyse financière hier, tentaient eux aussi de voir le verre à moitié plein. «Mieux vaut que Nyse Euronext grandisse plutôt que de continuer à perdre des parts de marchés. Les sociétés cotées à Paris le resteront», se rassuraient-ils.

A lire aussi