L'avis de... Jean-David Cirotteau, stratégiste titrisation de Société Générale

« Ce serait une bonne chose d’avoir une information plus standardisée »

le 18/03/2010 L'AGEFI Hebdo

La titrisation n’est toujours pas remise sur pied. Pourquoi ?

Les problèmes du marché sont loin d’être apurés dans leur intégralité. Certains segments n’existent pratiquement plus et les banques continuent d’enregistrer des pertes liées à certains portefeuilles construits avant la crise. Elles résultent essentiellement d’expositions à des mauvais actifs comme les crédits subprime américains ou les CDO* d’ABS* adossés, et des couvertures liées aux monolines. L’héritage de certains portefeuilles est lourd à assumer. Et pourtant, plus que jamais, on ne peut se passer de la titrisation. Aujourd’hui, les banques sont certes en partie recapitalisées mais elles n’ont pas la capacité à prendre tout le crédit dans leurs bilans. Il faut transférer une partie du financement mais aussi du risque de ces prêts au marché. Il y a tellement d’avantages à titriser pour le financement des économies.

Constatez-vous un redémarrage de certains segments du marché ?

Oui. Par exemple, aux Etats-Unis, il est nécessaire de différencier le marché de la titrisation hypothécaire MBS* (residentiel ou commercial), à l’encéphalogramme plat, des segments des consumer ABS qui ont pour sous-jacents les prêts à la consommation, les cartes de crédit, les auto loans et également les crédits aux PME. On peut dire que ces derniers ont tous redémarré. En quelques mois, les spreads sont revenus sur des niveaux quasiment d’avant-crise. En Europe, où nous n’avons pas déploré de défauts sur des notations AAA, les niveaux de pertes ne sont globalement pas importants. Néanmoins, des portefeuilles posent des difficultés, comme les RMBS* d’Espagne ou d’Irlande. J’exclus les CDO de cette analyse car désormais, il faut faire la distinction entre une titrisation de premier rang servant à financer directement des actifs économiques et une titrisation de second rang, une retitrisation donc, visant un arbitrage des produits de marché. Le marché de premier rang est en position de pouvoir redémarrer.

La standardisation des produits pourrait-elle aider le marché à se relever ?

Ce serait une bonne chose d’avoir une information plus standardisée, notamment sur les actifs sous-jacents, mais aussi une uniformisation dans le reporting qui permettrait de comparer les produits entre eux. Les investisseurs auraient ainsi à leur disposition des ratios définis de la même manière. Cela faciliterait un traitement de masse et permettrait la réduction des coûts.

*CDO : collateralized debt obligation ; ABS : asset-backed security ; MBS : mortgage-backed security ; RMBS : residential mortgage-backed security

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