Financement des entreprises

PME, l'Oséo-dépendance

le 10/12/2009 L'AGEFI Hebdo

Face à la restriction du crédit bancaire, ces sociétés s’accrochent aux dispositifs mis en place par l’Etat.

Si les conditions de refinancement des banques sur les marchés interbancaires semblent s'assouplir, la restriction du crédit auprès des entreprises est toujours d’actualité et contribue à la multiplication des défaillances de sociétés, un phénomène qui ne cesse de s’amplifier depuis le printemps 2008. L’indice global des défaillances dans le monde, réalisé par Euler Hermes Sfac, indique une augmentation de 33 % en 2009, après une progression de 26 % un an plus tôt. Cette hécatombe découle de l’effondrement des volumes d’activité et du brutal resserrement des conditions de crédit qui a eu lieu fin 2008.

Exception française

La France, où les défaillances ont bondi de 17 % cette année, n’échappe pas à la tendance. A une nuance près. Contrairement à ce qui s’est produit ailleurs en Europe, la crise de financement bancaire a compté pour moins de 10 % des défaillances. « Le premier facteur de défaillance dans l’Hexagone est la chute de l’activité dès le début de 2008, voire même à la fin de 2007 pour le secteur de la construction, avec la perte de profitabilité qui en a découlé », constate Karine Berger, directrice des études économiques et membre du comité de direction d'Euler Hermes Sfac. Cette résistance au credit crunch dans la première phase de la crise s’expliquerait par la part relativement faible de la dette financière dans les fonds propres des PME françaises, de 11 %, comparé à 28 % en Italie ou à 21 % en Allemagne. Qui plus est, selon Karine Berger, « contrairement à une idée reçue, la part des fonds propres dans leur financement n’est pas beaucoup plus faible qu’ailleurs ». Quand la part des fonds propres dans le bilan des PME françaises de l’industrie se situe entre 39 % et 40 %, celle-ci est comprise entre 27 % et 55 % dans sept autres pays européens.

En réalité, la spécificité de l’Hexagone réside ailleurs, du côté de la dette non financière (dette fournisseur et dette sociale), proche de 50 % des fonds propres, à comparer à des taux de 30 % à 40 % chez les voisins européens. Le crédit client se situe entre 15 % et 20 % du bilan des entreprises en France (soit un stock de 800 milliards d’euros en 2008 pour les entreprises non financières non individuelles), contre 8 % en Allemagne. « Le financement par crédit fournisseur est un moyen important de financement pour les entreprises qui sont limitées dans leur accès au crédit bancaire », remarque Karine Berger.

Conséquence, si les défauts sur les dettes bancaires à court terme n’ont pas augmenté cette année, les défauts sur les dettes fournisseurs se sont accrus de 85 % et ceux sur les dettes bancaires de moyen et de long terme ont bondi de 150 %. Entre début octobre 2008 et septembre 2009, les défauts de remboursement liés à des défaillances ont coûté entre 2,5 et 3 milliards d’euros de plus aux entreprises et 4 à 6 milliards supplémentaires aux banques par rapport à la moyenne des dernières années (voir le graphique). Pour Karine Berger, « cela atteste bien la restriction de lignes de crédit bancaire à court terme dès le début de la crise ».

Cette donne est toujours d’actualité. Aujourd’hui, le problème n’est pas tant de demander de nouveaux financements que de conserver ses concours existants. Comme l’indique Fabrice Keller, managing director du département restructuration du cabinet Duff & Phelps, « cette année, pour une PME, il est très difficile d’obtenir un crédit bancaire mais aussi de le conserver ! En cas de rupture de 'covenants', les pourparlers avec les banquiers peuvent aboutir tant que l’entreprise peut payer ses échéances. Les discussions deviennent plus intenses lorsque les entrepreneurs demandent un rééchelonnement de la dette. Les négociations deviennent excessivement compliquées dès lors que des liquidités supplémentaires sont nécessaires pour honorer les dettes ».

Résultat, les sociétés déjà en difficulté, ou anticipant une dégradation prochaine de leur trésorerie, se tournent vers un autre guichet. Nombreuses sont celles qui ont mis Oséo à contribution (lire l'entretien page 32). Les administrations publiques, notamment les services des impôts des entreprises (SIE), ont aussi été très sollicitées. Certaines sociétés ont bénéficié de moratoires de dettes sociales et fiscales. A titre indicatif, l’exonération de charges patronales dans les entreprises de moins de dix salariés a été récemment prolongée, dans le cadre du nouveau plan d’aide aux PME annoncé le 5 octobre dernier. Comme le résume Jean-Charles Simon, associé gérant de Simon Associés, spécialiste des entreprises en difficulté, « l’intervention de l’Etat est considérable depuis quelques mois et déterminante pour le soutien de l’activité. Quand les dossiers sont tendus, la médiation du crédit est efficace aussi. Cette période laissera des traces. Les relations des entreprises avec les banques et les assureurs crédit ne seront plus jamais les mêmes, ni d’ailleurs celles avec les autres parties prenantes ».

En attendant, si les entrepreneurs se soucient du maintien de leurs lignes de crédit, ils s’inquiètent également de la poursuite des mécanismes d’aide mis en place. Ceux-ci ont-ils vocation à durer ? En théorie non. Selon Stéphane Biardeau, responsable développement financement court terme d’Oséo, « notre intervention pour aider les PME à maintenir leurs financements court terme a vocation à être temporaire. C’est un relais, dans l’attente d’un redressement de l’activité » (lire aussi l'entretien). Pour Fabrice Keller, « la plupart des leviers qui ont été actionnés ne peuvent l’être qu’une fois ». En d’autres termes, pour bon nombre de dossiers, les négociations de 2009 ont seulement permis de gagner un an. En l’état, si l’activité ne repart pas, 2010 risque d’être une année propice aux restructurations de dettes. A moins que les conditions d’octroi de crédit de la part des banques ne se détendent significativement.

Encore une contraction du crédit

Tel n’est pas le cas pour l'instant, même si une amélioration a pu être constatée par rapport au début de l’année, avec « une réduction des marges de crédit à partir de l’été », selon Guilhem Bentoglio, économiste d’Allianz Global Investors France. C'est précisément au mois de juillet qu’Oséo a reçu le plus de demandes de renforcement de la trésorerie via la mise en place de garanties, de la part des PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire) : 1.300 d’entre elles ont été accompagnées en juillet, 780 en août, 635 en septembre et 690 en octobre. « Au troisième trimestre, certaines banques ont légèrement assoupli leurs critères d’attribution de crédits pour les grandes entreprises, tout en se montrant de nouveau un peu plus restrictives pour les PME », indique la Banque de France.

Rien d'étonnant donc si la production de crédits chute. La contraction des crédits s’est amplifiée au mois d’octobre tant en rythme annuel (repli de 1,6 % en octobre contre recul de 0,5 % en septembre), indiquent les statistiques de la Banque de France. De même, la baisse des encours des crédits de trésorerie s’est accentuée.

Quant à la demande de crédits bancaires motivée par des besoins de financement de l’investissement ainsi que par des opérations de fusions et acquisitions, celle-ci demeure presque atone. « Pour qu’elle redémarre, il faudra attendre la reprise timide de l’investissement des entreprises… Pas avant mi-2010 au plus tôt ! », souligne Cyril Blesson, économiste de Seeds Finance. A l’heure actuelle, « de nombreux facteurs jouent en sa défaveur, l’anticipation d’une croissance économique molle au-dessous du potentiel, une consommation en berne pénalisée par le chômage ou le désendettement… », ajoute Guilhem Bentoglio. Le financement des entreprises par le crédit bancaire n’est pas près de retrouver son lustre.

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