NYSE EURONEXT La riposte

le 15/04/2010 L'AGEFI Hebdo

L’opérateur boursier poursuit son adaptation et son repositionnement pour répondre à une concurrence exacerbée.

Les Bourses traditionnelles tombent de leur piédestal. Trois ans après son lancement, la plate-forme alternative de négociation (MTF) Chi-X Europe s’est imposée comme le troisième opérateur du Vieux Continent sur les marchés d’actions, derrière le London Stock Exchange (LSE) et Euronext, mais devant Deutsche Börse (voir le graphique). Et au-delà de la percée de ces nouveaux entrants, l’ensemble de l’environnement de marché a connu des changements brutaux : doublement des échanges de gré à gré (OTC), développement au sein des banques des systèmes d’appariement interne des ordres (crossing network) qui représenterait entre 6 % et 7 % du marché, et essor du trading haute fréquence dont la part de marché a dépassé les 25 % en 2009.

Autant dire que Dominique Cerruti, nouveau patron de Nyse Euronext en Europe et qui a succédé à Jean-François Théodore le 1er janvier, n’arrive pas dans un contexte très serein. Pour l’heure, l’opérateur transatlantique peut s’enorgueillir d’avoir plutôt bien résisté. Alors que la part de marché du LSE sur les actions est descendue sous la barre des 50 % courant mars, Nyse Euronext a réussi à stabiliser la sienne autour de 74 %. « Le groupe a plutôt bien réagi face à la concurrence des MTF, se dotant d’une offre de services large pour ses clients et les brokers, juge Thibaut de Lajudie, associé au sein du cabinet Ailancy. Nyse Euronext a pris un peu d’avance par rapport aux autres Bourses historiques. »

Réduction des tarifs

Une avance que Dominique Cerutti va devoir préserver. La mission de cet ancien d’IBM est d’ailleurs claire : poursuivre l’adaptation et le repositionnement du groupe. Pour ce faire, il ne part pas d’une feuille blanche. Face aux coups de boutoir de la concurrence, Nyse Euronext n’est pas resté inactif au cours des deux dernières années : internalisation de son carnet d’ordres, migration vers sa nouvelle plate-forme de négociation Universal Trading Platform (UTP), réduction de coûts de 450 millions de dollars, diminution drastique de ses effectifs (-14 % sur la seule année 2009). Autant d’efforts qui ont permis « de baisser nos tarifs de manière significative sur les marchés cash (-50 % en deux ans), les coûts sur la compensation ayant par ailleurs été divisés par 10 via LCH.Clearnet », précise Dominique Cerutti. Une politique tarifaire dont les clients ne semblent pourtant pas encore toucher tous les dividendes. « Nyse Euronext reste très critiqué sur ses prix d’exécution, souligne Jean de Castries, directeur général d’Equinox Strategy. Certes, l’opérateur a diminué ses tarifs. Mais les efforts consentis restent ciblés et ne profitent pas à tous les acteurs. De plus, comme la grille tarifaire met en œuvre des seuils de dégressivité en volume et que ces volumes ont chuté avec la crise, la réalité est que les clients ne paient pas moins cher sur leur facture finale. »

En parallèle, le groupe a également croisé le fer sur le propre terrain des MTF en lançant, en mars 2009, deux plates-formes paneuropéennes de négociation : Nyse Arca Europe - dédiée aux valeurs européennes les plus liquides - et SmartPool, son dark pool (système de traitement de blocs de titres, NDLR). Si Nyse Euronext se montre plutôt satisfait de l’activité de ces deux plates-formes, force est de constater qu’elles demeurent encore marginales, s’adjugeant entre 1 % et 5 % de parts de leurs marchés respectifs.

Désormais, le patron européen de Nyse Euronext, également responsable de l’ensemble des activités technologiques du groupe, va devoir s’atteler à plusieurs autres chantiers d’envergure. L’opérateur doit en effet poursuivre le déploiement de sa plate-forme UTP, véritable point d’accès unique pour tous ses services. « UTP, qui équipe désormais tous nos marchés cash en Europe, sera déployée sur les dérivés d’ici à fin 2010 avec une première étape dès septembre-octobre sur la partie ‘données de marchés’ et les accès clients, avant de l’être aux Etats-Unis l’an prochain », indique Dominique Cerutti.

En parallèle, il doit également mener à bien le transfert de son centre de données d’Aubervilliers vers Basildon, dans la banlieue de Londres (lire aussi page 44). Un sujet qui avait suscité la polémique lors de son annonce courant 2009. Pour Dominique Cerutti, ce projet est pourtant crucial pour le groupe, notamment pour se rapprocher d’une grande partie de ses clients basés à Londres. « Nous devons répondre à leurs exigences de plus en plus fortes de nos clients en matière de latence et de capacité d’accès à nos marchés, explique-t-il. Cette décision a également pour ambition de satisfaire les besoins des opérateurs de trading haute fréquence dont l’activité repose essentiellement sur des temps de latence extrêmement performants. L’organisation informatique que nous avons mise en place nous permet aujourd’hui de regarder les prochaines années avec sérénité. »

Un volet informatique qui prend d’ailleurs une dimension grandissante au sein Nyse Euronext. Pour Thibaut de Lajudie, « la stratégie de Nyse Euronext vise à satisfaire les attentes de ses clients les plus rentables, les traders haute fréquence, tout en remontant la chaîne de valeur de l’exécution pour offrir des services de plus en plus proches de ceux des éditeurs informatiques ». De fait, « on ne doit plus nous voir comme une entreprise qui travaille sur du cash aux Etats-Unis et en Europe », avance Dominique Cerutti. Dans le cadre de sa réorganisation présentée en mars aux investisseurs, l’activité « services technologiques » (vente de données, de solutions informatiques et d’infrastructures de marché) est devenue le troisième pilier du groupe aux côtés des activités cash/cotation et dérivés. « Ce pôle a représenté 368 millions de revenus en 2009 et nous visons 1 milliard de dollars dans un horizon de 5 ans, en doublant notre marge opérationnelle, avance Dominique Cerutti. Pour atteindre notre objectif, cela revient à enregistrer environ 20 % de croissance par an. » Pourtant, la concurrence est sévère sur ce terrain. « Sur l’ensemble des services fournis, on observe une baisse des commissions, note Axel Pierron, senior vice president chez Celent. Etre prestataire de services technologiques peut constituer une source de revenus, mais c’est un segment qui est très compétitif. »

Des équipes renforcées pour la cotation

Une activité qui, outre le complément de revenus qu’elle génère, permet à l’entreprise de nouer des partenariats industriels avec des opérateurs étrangers à l’instar de ceux conclus avec la Bourse de Tokyo ou la Bourse du Qatar dont Nyse Euronext détient 20 % du capital. « Nous comptons poursuivre cette politique de développement à l’international, indique Dominique Cerutti. Néanmoins, nos investissements doivent s’inscrire, à chaque fois, dans un véritable projet industriel. » Une expansion géographique qui doit également aider le groupe à mieux vendre sa marque auprès d’investisseurs internationaux. Car pour l’heure, même si le marché des introductions en Bourse a été partiellement gelé avec la crise, Nyse Euronext peine toujours à attirer les émetteurs étrangers désireux de se coter en Europe. Il s’agissait pourtant d’une promesse forte lors de la fusion. « On ne peut pas dire que le succès soit démontré à ce jour, observe Jean de Castries. La stratégie de Nyse Euronext en la matière a manqué de visibilité depuis deux ou trois ans, semblant davantage concentrée sur ses opérations de restructuration interne et de réduction de ses coûts. »

Conscient d’être fortement attendu sur ce sujet, l’opérateur transatlantique entend bien redoubler d’efforts. « Nous avons restructuré nos forces de vente en la matière en les regroupant dans une équipe internationale pour créer des relations de haut niveau dans les pays qui seront fournisseurs de sociétés (Chine, Russie, Amérique latine), explique Dominique Cerutti. Nous souhaitons que l’introduction en Bourse de Rusal soit un signal. Nous espérons que nos efforts porteront leurs fruits et ils doivent porter leurs fruits car c’est une promesse de l’entreprise. » Un pari d’autant plus important à relever qu’il permettrait à Nyse Euronext de démontrer sa volonté de renforcer l’attractivité de la Place de Paris et de mettre en avant son rôle sur ce sujet. Un rôle que Dominique Cerutti veut fort et engagé.

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