Un nouveau fonds de titrisation mise sur la dette décotée

le 15/04/2010 L'AGEFI Hebdo

Spécialisée dans les obligations à haut rendement, la société de gestion filiale du groupe UFG-LFP cible le marché pourtant peu liquide des prêts syndiqués.

Delff Management, filiale londonienne du groupe UFG-LFP, a lancé Delff Senior Corporate Loans Fund 2016, son premier fonds commun de titrisation (FCT) ayant pour objet le rachat de dettes décotées en euros sur le marché secondaire des prêts syndiqués (LBO - leveraged buy-out - ou corporate). « Bien que ce marché européen se soit repris depuis l’été dernier, il reste suffisamment de prêts très décotés sur de belles entreprises dont on estime qu’elles rembourseront le principal à terme », estime Denis Loubignac, directeur général de Delff. Racheter à moins de 80 % les tranches seniors sécurisées d’entreprises comme Vivarte, Frans Bonhomme, TDF ou Materis laisse entrevoir un rendement intéressant, composé d’un spread de 250 à 450 points de base au-dessus de l’Euribor et de la plus-value sur le remboursement final. « De l’ordre de 8 % à 10 % par an selon notre gestion », avance Denis Loubignac. Le dirigeant insiste sur la nécessité de diversifier un portefeuille offrant un rendement équivalent aux obligations high yield, « mais avec un degré de garantie supérieur et une protection naturelle contre une éventuelle remontée des taux ».

Autre particularité, Denis Loubignac - avec ses associés Nicolas Guyard et Frédéric Maire - organisera la sélection des investissements mais sous-traitera l’administration du FCT et son contrôle des risques à la société spécialisée Eurotitrisation, agréée par l’AMF, qui gère par exemple le FCT dédié à la dette de l’immeuble Cœur Défense. « Cela améliorera la qualité de notre gestion et de nos investissements puisque Eurotitrisation nous impose une due diligence approfondie avant chaque transaction », poursuit la filiale du groupe UFG-LFP, qui partagera ainsi ses frais de gestion (1,5 % des encours). Le fonds, qui émet des obligations d’une durée maximale de sept ans, a bénéficié d’un apport initial d’environ 20 millions d’euros de la part de son sponsor, mais vise une levée de 200 millions (sans dette) avant l’été auprès des investisseurs institutionnels habituels d’UFG-LFP.

Projets freinés

En un an, cinq sociétés de gestion non spécialisées voulant se lancer sur le marché de la dette décotée ont obtenu l’agrément de l’AMF pour gérer des organismes de titrisation tels que définis par l’ordonnance du 13 juin 2008. LBO France a ainsi créé dès septembre un FCT dédié au rachat de dette, Altercap I, qui pourrait d’ailleurs donner lieu à la levée d’un deuxième fonds, reconnaît cette société de private equity, très discrète sur sa stratégie précise d’investissement... Autre société de capital-investissement reconnue, Chequers Capital a aussi lancé le FCT Chrome Europe, qui a reçu 60 millions d’engagement de souscription mais n’a pas trouvé, pour l’instant, d’opérations à réaliser sur des dettes décotées dont les établissements bancaires auraient pu vouloir s’alléger.

Plutôt spécialisée sur les métiers de la dette, Tikehau IM n’a cessé d’investir sur certaines créances décotées via son fonds de crédits en situations spécialisées, mais n’a finalement pas levé le FCT annoncé (lire L’Agefi Hebdo du 23 avril 2009) parce que la fenêtre sur la valeur des beaux actifs s’est refermée trop tôt... Son projet était d’investir sur des créances décotées pour des raisons techniques liées à l’environnement des marchés, « mais pas aux fondamentaux de l’entreprise émettrice ». Et de porter ces créances jusqu’à maturité pour viser des rendements de 10 % à 12 %, sur la base d’une valeur de rachat autour de 70 % de la valeur faciale et d’intérêts à 4 %. Mais l’indice Standard & Poor’s LCD-Markit flow names est repassé depuis de 73 % à 96 % du pair (voir le graphique)...

Ophiliam, qui souhaitait aussi lancer un FCT avec une double approche - de portage sur les dettes de grande taille et de participation active aux restructurations financières sur des LBO de plus petite taille - s’est pour l’instant organisé autour d’autres activités. Enfin, la société Alois Investissement, créée l’été dernier avec le soutien de 123Venture dans le but de lancer un FCT, réfléchit actuellement, avec ses investisseurs potentiels, à une réorientation de sa stratégie d’investissement. Un repositionnement également provoqué par la reprise du marché secondaire de la dette au second semestre 2009.

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