Rencontre avec… Dominique Cerutti, directeur général adjoint de Nyse Euronext

« Nous voulons jouer un rôle fort et engagé sur la place de Paris »

le 15/04/2010 L'AGEFI Hebdo

Quel bilan dressez-vous de la directive Marchés d’instruments financiers (MIF) ?

A l’origine, cette directive affichait des buts tout à fait louables : réduire les frais d’exécution des ordres et les coûts d’accès au capital, les bénéfices qui en découleraient devant profiter aux investisseurs et aux émetteurs. Or, en l’espace de deux ans, nous avons assisté à un profond bouleversement de l’industrie, dont l’ampleur et la rapidité n’ont été vues dans aucune autre industrie, avec au final une plus grande opacité sur les marchés qui menace leur intégrité.

Comment se caractérisent ces bouleversements ?

Premièrement, sur les activités cash, les transactions de gré à gré (OTC) sont passées de 20 % à plus de 40 % des volumes totaux. Deuxièmement, nous avons vu apparaître des formes d’exécution qui n’étaient pas prévues par la directive, comme les crossing networks (systèmes d’appariement des ordres internes aux banques, NDLR). Il s’agit de plates-formes totalement opaques et dont l’accès y est discrétionnaire, voire discriminant. C’est une forme d’exécution dangereuse pour les marchés. En parallèle, nous avons vu se multiplier les dark pools qui, initialement, sont utilisés pour la négociation de blocs de titres, un marché sur lequel l’opacité est nécessaire pour ne pas déstabiliser les cours de Bourse. Le problème, c’est que ces plates-formes, à coups d’exemptions successives, traitent désormais des ordres de toutes tailles ! Enfin, les plates-formes alternatives de négociation (MTF) créées par la MIF bénéficient de nombreux avantages injustifiés et désormais insupportables par rapport aux opérateurs traditionnels qui, mis bout à bout, constituent une distorsion de concurrence caractérisée.

Quels sont ces avantages dont bénéficient les MTF ?

Il s’agit d’abord d’avantages d’ordre réglementaire. Tout en assurant une activité paneuropéenne, les MTF, qui sont pratiquement toutes installées à Londres, ne rapportent qu’à un seul régulateur, à savoir la Financial Services Authority (FSA). Pour ce qui nous concerne, nous devons discuter avec les régulateurs de l’ensemble des pays où nous opérons. La donne est donc bien différente, notamment du point de vue du montant des commissions de régulation, qui peuvent s’élever jusqu’à plusieurs millions d’euros pour les Bourses traditionnelles, contre quelques dizaines de milliers d’euros pour les plates-formes alternatives. Par ailleurs, les MTF ne sont pas soumises aux mêmes obligations de surveillance de marché et de compliance. A Paris, à titre d’exemple, nous avons entre 30 et 50 personnes dédiées à cette activité qui, malgré son coût, s’inscrit dans la mission de l’entreprise pour l’intégrité des marchés. Nous sommes aussi soumis à de lourdes exigences en matière de performance, de résilience et de redondance de nos systèmes informatiques, ce qui n’est pas le cas des MTF qui, pour exercer leur activité, importent les prix d’exécution formés sur nos systèmes. Et malgré tous ces éléments réunis en leur faveur, les MTF, soutenues par de grandes institutions financières dans leur capital, sont encore loin d’être rentables…

Les MTF ont-elles vocation à gagner de l’argent ?

Le modèle économique des MTF est calé sur des niveaux de volumes de négociation nettement plus importants que ceux que nous connaissons aujourd’hui avec la crise. Il me semble anormal qu’un modèle perde de l’argent par construction et au long cours. De surcroît, le développement des MTF me paraît à l’avenir plus limité, notamment si l’on croit à l’instauration d’un environnement équitable (level playing field).

Quelle est votre stratégie sur la compensation et entendez-vous faire évoluer vos liens avec LCH.Clearnet ?

LCH.Clearnet est une entreprise indépendante avec ses propres défis à relever. Si plusieurs interrogations subsistent quant à l’évolution du paysage de la compensation en Europe, il y a aujourd’hui une réelle volonté politique et réglementaire de compenser tout ce qui doit l’être pour assurer une meilleure protection des investisseurs, objectif auquel nous adhérons pleinement. Il s’agit pour nous de combiner cet agenda avec nos propres orientations stratégiques. Les activités de compensation sont un élément clé de la chaîne de valeurs sur les marchés. L’initiative que nous avons prise avec Liffe Clear pour les dérivés en est une illustration.

Aujourd’hui, quel rôle avez-vous l’intention de jouer sur la place de Paris ?

Ce doit être un rôle fort et engagé. Désormais, nombreux sont ceux qui souhaitent que Nyse Euronext rejoue pleinement son rôle d’entreprise de marchés, au cœur de l’industrie financière. Nous travaillons sur des projets très concrets pour le développement de la place de Paris, comme l’initiative en faveur des PME prise par Christine Lagarde, qui repose notamment sur le développement de Nyse Alternext, ou encore l’ambition de créer une plate-forme obligataire de référence dans la zone euro, à laquelle nous souhaitons participer activement.

Nous avons un rôle fédérateur à jouer sous l’égide de Paris Europlace. Nous allons créer, au sein de Nyse Euronext à Paris, un nouveau comité réunissant les principaux acteurs de la place, sur la base du Comité d’orientation et du Comité directeur de place qui existaient depuis des années et dont les missions nécessitaient à l’évidence une redéfinition. Ce comité comprendra une vingtaine de participants dont la liste définitive devrait être finalisée au cours des prochaines semaines.

A lire aussi