Rencontre avec... Serge Harry, président de BlueNext

« Nous venons de nouer un partenariat avec la Bourse environnementale de Pékin »

le 10/12/2009 L'AGEFI Hebdo

BlueNext est la principale Bourse européenne d’échanges de quotas d’émissions de carbone. Dans le sillage des accords de Kyoto, elle est née en 2005 de la nécessité, pour les entreprises européennes soumises à des quotas d’émissions de carbone, de vendre des droits d’émission, pour celles qui ont dégagé des excédents, ou d’en acheter, si elles ont dépassé leur plafond. Aujourd’hui, 3.000 sociétés de l’Union européenne sur 11.000 sites sont couvertes. Coentreprise détenue par Nyse Euronext et la Caisse des dépôts, elle est basée à Paris.

Qui sont les différents types d’intervenants sur BlueNext ?

En premier lieu les entreprises, dont 40 sont directement membres. Il s’agit principalement de sociétés du secteur énergétique. Les autres entreprises passent par l’intermédiaire de brokers, qui représentent la deuxième catégorie d’intervenants. Par ailleurs, des originateurs de projets, souvent des fonds d’investissement, viennent céder sur BlueNext les quotas obtenus, les CER (certified emission reductions), générés par leurs projets de développement propre (CDM - clean development mechanism) dans les pays en développement. Puis les apporteurs de liquidité (market makers) et enfin des banques et des fonds qui achètent et vendent directement sur le marché ces actifs carbone.

Les quotas de carbone se négocient-ils aussi de gré à gré ?

En Europe, la négociation de quotas au comptant, sur le marché spot, est réalisée à hauteur de 85 % sur BlueNext et de 7 % en gré à gré, le reste se répartissant entre d’autres places, dont ECX à Londres pour 4 %. Mais comme sur les autres classes d’actifs, le rapport s’inverse sur les futures, dont seulement un tiers des volumes est négocié directement sur des Bourses.

Des projets de Bourse du carbone vont émerger. Pouvez-vous leur apporter votre expertise ?

Aux Etats-Unis, nous souhaitons devenir l’un des acteurs de référence - le marché américain sera plus gros que le marché européen, il y aura donc plusieurs Bourses - en nous appuyant sur notre expérience acquise en Europe et la puissance de nos actionnaires, au premier rang desquels Nyse Euronext. Par ailleurs, nous venons de nouer un partenariat avec la Bourse environnementale de Pékin. La Chine, premier émetteur mondial de CO2, va lancer un programme de limitation de son empreinte carbone (de l’intensité en carbone par unité de PIB). Nous apporterons notre savoir-faire pour la mise en place d’un nouveau dispositif. Un partenariat capitalistique, dont les modalités restent à préciser, est aussi prévu.

Un marché mondial est-il envisageable ?

Dans le cadre des régimes obligatoires, le prix, qui est le résultat du rapport entre l’offre et la demande, est également très dépendant de son cadre réglementaire, des contraintes plus ou moins fortes exercées sur les entreprises émettrices. Or, il varie d’une région à l’autre, les critères (la vitesse de réduction imposée, la souplesse d’utiliser des crédits internationaux) ne sont pas les mêmes. C’est ainsi qu’une tonne de carbone vaut, ces dernières semaines, 13 à 14 euros sur BlueNext, mais moins de 2 euros sur le marché volontaire américain. Cependant, un marché mondial est envisageable pour les CER, issus des pays en développement, car ils sont déjà ou seront acceptés aussi au Japon, en Australie et aux Etats-Unis.

Les résultats du sommet de Copenhague peuvent-ils avoir une influence sur les cours des quotas de carbone sur BlueNext ?

Dans l’Union européenne, une feuille de route précise jusqu’en 2020 a déjà été définie par le « Paquet climat » en décembre 2008. C’est la règle des trois 20. D’ici à 2020, les émissions de CO2 devront avoir été réduites de 20 % par rapport au niveau de 1990, les énergies renouvelables devront représenter 20 % de la consommation d’électricité et enfin, à productions égales, les émissions devront être réduites de 20 %. En outre, nous attendons un effet mécanique de renchérissement des quotas, du fait que les droits d’émissions des entreprises deviendront majoritairement payants à partir de 2013. Il reste cependant à préciser, pour l’après-2012, les conditions d’utilisation des CER pour compenser des émissions en Europe ainsi que les règles qui régiront les initiatives autour des forêts et autres projets développés hors des mécanismes obligatoires.

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