Dossier Contrôle des risques

Natixis centralise enfin sa gestion des risques

le 06/05/2010 L'AGEFI Hebdo

La banque de gros de BPCE réorganise ses départements de contrôle, désormais seuls responsables du suivi de sa banque d'investissement.

Plus de trois ans après sa fondation, Natixis unifie enfin son contrôle des risques. Le groupe veut regrouper d’ici à fin juin tous ses spécialistes au sein de la direction des risques. A l’issue de la consultation des représentants du personnel, celle-ci sera redécoupée en France en six départements*, selon une présentation interne que s’est procurée L’Agefi (voir l'organigramme). « Ce projet s’inscrit dans le New Deal qui vise à faire de Natixis une entreprise, et non une addition d’activités. D’où la nécessité de disposer d’une direction des risques unique, qui couvre de façon transversale l’ensemble des fonctions supports et des métiers », confirme Luc-Emmanuel Auberger, directeur des finances et risques, une double casquette qui vise à « assurer un lien entre la prise de risques et la rentabilité ». « Nous disposons ainsi d’une force de frappe adaptée au nouveau profil de risque de Natixis », poursuit-il.

Indépendance vis-à-vis de la BFI

Le chantier était inévitable après la crise des crédits subprime qui a révélé les faiblesses de la banque de gros des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires, aujourd’hui chapeautées par BPCE. Parce qu’elle a voulu aller trop vite et trop fort, Natixis a accumulé 5,6 milliards de pertes en quinze mois (avant un retour aux profits au troisième trimestre 2009) et cantonné 34,4 milliards d’euros d’actifs toxiques l’été dernier.

« Il y a un certain nombre de doublons entre les équipes car leur organisation n’avait pas été rationalisée lors de la création de Natixis », constate Luc-Emmanuel Auberger, arrivé en juin 2009 dans le sillage de Laurent Mignon, nouveau patron de Natixis. La note interne pointe aussi la nécessité d’« introduire un tableau de bord exhaustif consolidant l’ensemble des risques de Natixis », une nécessité qui n’allait visiblement pas de soi.

Surtout, la banque de financement et d’investissement (BFI), principal foyer de pertes du groupe, ne bénéficie pas jusqu’à présent d’un suivi centralisé et indépendant. « La BFI dispose de plusieurs équipes de gestion des risques, qui sont souvent une interface entre la direction des risques et les front-offices. Nous souhaitons rapprocher les équipes des engagements et du 'risk management' de la BFI de celles de la direction des risques de telle sorte que celle-ci ait une relation directe avec les front-offices », explique Luc-Emmanuel Auberger. En clair, les activités de la BFI seront désormais toutes suivies uniquement par la direction des risques du groupe, comme c’est le cas chez BNP Paribas et Société Générale, mais pas chez Crédit Agricole SA (CASA). Le suivi sera tout de même réparti entre plusieurs entités, tels que les nouveaux départements des risques consolidés et des risques individuels. « Le premier définira en amont notre politique de risque en déterminant la pondération sectorielle du portefeuille de crédits en adéquation avec le bilan du groupe, détaille Luc-Emmanuel Auberger. Le second se concentrera sur l’étude au cas par cas des opérations des clients de nos différentes filières, telles que la BFI, la banque privée ou encore le crédit-bail. » Ces deux départements bénéficieront du transfert de salariés issus du pôle engagements de la BFI et de quatre départements rayés de l’organigramme de la direction des risques.

Pour autant, la filière va perdre une partie de ses ressources, passant de 294 collaborateurs à 258 en France, les 36 postes restants étant réaffectés. Natixis compte sur l’éradication des doublons pour gagner en efficacité, mais ses effectifs restent limités au regard de ceux des autres banques françaises. Même si la taille des activités et le type de postes pris en compte ne sont pas similaires d’un établissement à l’autre, Société Générale comptait, fin 2009, 828 salariés dans sa direction des risques à l'échelle mondiale (4.500 en y ajoutant le contrôle permanent) et BNP Paribas, 950 hors Fortis (3.313 avec l'ensemble du contrôle interne). CASA affiche de son côté 2.400 équivalents temps plein dans les risques et contrôles permanents. La question des moyens reste également indissociable de la qualité infrastructures informatiques dédiées aux risques et aux métiers. Natixis est encore en chemin : le projet de mutualisation de ses multiples plate-formes de production court jusqu’en 2012.

*Auxquels s’ajoutent les départements des risques de New York, de Londres, d’Asie, de Corporate Solutions, ainsi que celui de Natixis Global Asset Management aux Etats-Unis qui n’entretient pas de lien hiérarchique avec la direction des risques

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