DOSSIER Financiarisation des matières premières

L'ETC connaît un développement fulgurant

le 11/03/2010 L'AGEFI Hebdo

Le succès de l'« exchange-traded commodity » ne doit cependant pas cacher les risques d'une réplication physique.

C’est l'un des succès commerciaux de 2009. Les ETC (exchange-traded commodities), qui reproduisent les performances des matières premières agricoles ou industrielles, ont rencontré l'an dernier l’intérêt des investisseurs attirés par l’envolée du cuivre, du sucre, de l’or ou encore du cacao. En 1999, deux produits se « partageaient » le marché ; dix ans plus tard, on en compte plus de 600.

Contrairement à un ETF (exchange-traded fund), qui est un fonds d’investissement coté répondant aux règles de diversification imposées à tout OPCVM (reproduction de la performance d’un indice composé au minimum de cinq actifs, chacun d’entre eux pesant 20 % de l’allocation totale), l’ETC, lui, duplique aussi bien la performance d’un indice ou d’un panier de valeurs que celle d’une seule commodity. « Techniquement, l’ETC est une obligation à zéro coupon sans maturité », relève Nicolas Rajner, responsable d’ETF Securities pour l’Europe. Plus en détail, ETFS Commodity Securities Limited (CSL), filiale d’ETF Securities, émet des titres de créances adossés à des contrats d’exposition fournis par le passé par AIG Financial Products, qui en contrepartie de liquidités délivrait la performance du sous-jacent. Après les déboires de l'assureur américain fin 2008, ETF Securities a changé de contrepartie et opté pour UBS.

Bulle

Si ETF Securities a investi le marché français en lançant la première plate-forme d’ETC sur Nyse-Euronext Paris en décembre 2006, avec pas moins de 156 produits listés sur six Bourses, Lyxor Asset Management a créé en juin 2009 des… ETN. Comprenez des exchange traded notes, soit ni plus ni moins que des ETC, en l’occurrence Lyxor ETN Gold, Lyxor ETN Short Gold, Lyxor ETN Oil et Lyxor ETN Short Oil, qui permettent de recevoir la performance de l’or, celle du pétrole ou la performance inverse de l’une et l’autre matières premières. Le produit est identique puisqu’il s’agit d’obligations qui, en l'espèce, sont émises par Codeis Securities, filiale à 100 % de la banque rouge et noire. Pour l’un et l’autre promoteur, un nantissement a été mis en place afin de prémunir les investisseurs finaux contre un éventuel risque de contrepartie.

Le succès commercial de ses produits réside dans la réplication de performance des matières premières en temps réel. Généralement, cette réplication s’opère par un swap de performance d’un indice ou d’un sous-indice. C’est le cas de Lyxor ETN Oil et Lyxor ETN Short Oil, ainsi que de nombreux produits de ETF Securities, « 125 de nos produits ont comme sous-jacent un indice DJ UBS toutes Bourses confondues - LSE, Deutsche Börse, Borsa Italiana et Euronext Amsterdam et Paris, développe Nicolas Rajner. Ces indices sont basés sur des contrats à terme qui sont vendus une fois arrivés à échéance. » Mais cette maison a aussi bâti sa réputation sur la distribution d’ETC sur métaux précieux, son ETC Gold Bullion Securities affichant un encours de 3,2 milliards d’euros (4,3 milliards de dollars). « Nous commercialisons des ETC sur l’argent, l’or, le palladium et le platine qui répliquent le prix 'spot' de la matière première sous-jacente diminué des frais de gestion. » Mais contrairement aux précédents produits, ces supports d’investissement sont de réplication physique. En d’autres termes, la société de gestion détient en direct les matières premières sous-jacentes, « le métal est conservé à Londres chez notre dépositaire, précise-t-il. Ce qui signifie qu’il n’y aucun risque de contrepartie et que ces métaux précieux sont détenus en nom propre par les investisseurs, qui peuvent s’ils le souhaitent, les récupérer. »

C'est ce phénomène que Romain Roclore, analyste chez Aurel BGC, pointe du doigt au travers d’une récente étude. « L’an dernier, le nombre de parts du SPDR Gold Trust (produit de State Street Global Advisors, NDLR) a augmenté de 46 %. L’encours du fonds a ainsi culminé à plus de 44 milliards de dollars en lingots d’or, un niveau comparable aux réserves d’or de la banque centrale Suisse (…). Si les investisseurs décidaient de quitter ces fonds aussi rapidement qu’ils y sont entrés, il serait difficile d’obtenir la liquidité escomptée », met-il en garde. Sans oublier que pour répondre à une demande massive, certains produits, comme l’ETFS Physical Palladium Shares (d’ETF Securities), ont acheté 400.000 onces de palladium, insufflant une appréciation de 8,5 % du prix du palladium en quinze jours ! De quoi ouvrir le soupçon que les ETC sont à l'origine d'une nouvelle bulle sur les matières premières...

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