Dossier Capital-investissement

L’Etat met les bouchées doubles pour renforcer le capital des PME

le 08/04/2010 L'AGEFI Hebdo

Souffrant d’une faiblesse capitalistique chronique, ces entreprises sont la cible d’un dispositif public renforcé.

L’investissement en fonds propres dans les PME françaises est structurellement insuffisant en France, indique Grégoire Sentilhes, président de Nextstage, un fonds de private equity spécialisé dans le capital-développement. Le montant d’investissement moyen en capital était par exemple deux à trois fois inférieur en France en 2008 à celui observé au Royaume-Uni, en Espagne ou en Italie. Il s’agit là d’une des principales faiblesses de l’économie française. »

De fait, les investissements en fonds propres dans les PME s’élèvent à seulement 2 milliards d’euros par an (total en capital-risque et capital-développement) alors que les PME représentent 60 % de l’économie française. Et le problème s’est accentué avec la crise. Résultat, la puissance publique vient de faire évoluer ses interventions, notamment dans le non-coté, l’objectif final étant toujours pour elle de jouer un rôle d’entraînement vis-à-vis du secteur privé. « L’Etat a infléchi sa stratégie l’an dernier, privilégiant l’investissement direct dans des fonds de capital-développement ou d’amorçage alors que les structures de fonds de fonds étaient privilégiées par France Investissement, explique Bruno Bertrand, associé chez Backer & Mc Kenzie. Un changement qui devrait permettre de réduire les coûts des opérations, en réduisant le nombre d’intermédiaires. De même, un dispositif à base d’investissements directs dans les fonds va réduire le décalage dans les effets des interventions, une préoccupation importante compte tenu du contexte difficile et de l’urgence, souvent, des besoins. »

Quatre fonds sectoriels

Mais la nouvelle forme d’action de l’Etat s’explique aussi par la nécessité de suppléer une offre de capitaux privés qui va s’amenuisant. « Il a été décidé mi-2009 de ne pas lancer de nouveaux fonds de fonds privés, ayant constaté que les grands investisseurs privés présents à nos côtés avaient du mal à s’engager de façon pluriannuelle, notamment en raison des conséquences à venir de Solvabilité II, relate Jérôme Gallot, président de CDC Entreprises. Les fonds de fonds créés entre fin 2006 et début 2009 dans le cadre de France Investissement sont donc gérés en extinction. »

En parallèle, les actions de financement de fonds d’investissement, mission historique, ont été renforcées et surtout, depuis début 2007, le financement des PME se fait aussi en direct. Créé dans ce sens en 2009, le FSI (Fonds stratégique d’investissement) s’est d’ores et déjà imposé dans le paysage économique. La nouvelle structure investit dans les entreprises moyennes et les ETI (entreprises de taille intermédiaire), CDC Entreprises restant tourné vers les PME. « Le Fonds stratégique d’investissement s’est en large part substitué à la Caisse des dépôts (CDC) dans le financement de CDC Entreprises, nous apportant 320 à 350 millions d’euros par an, pendant que la CDC reste notre souscripteur à hauteur de 50 millions par an », précise Jérôme Gallot.

Le FSI a créé quatre fonds sectoriels, dans l’automobile, les biotechs, la filière bois et tout récemment le Fonds de consolidation des entreprises (FCDE) pour les PME de croissance fragilisées par la crise, doté de 200 millions d’euros dont 90 émanant du FSI et le reste d’acteurs privés. Injectant des fonds à hauteur de 15 millions maximum, pour cinq à sept ans, le FCDE a annoncé un investissement dans les chantiers Baudet, et quatre autres en cours de bouclage.

Non content de multiplier les actions selon les tailles d’entreprises ou les secteurs, l’Etat s’est aussi porté sur le front des outils d’investissement : CDC Entreprises vient d’imaginer les obligations convertibles +, des investissements en quasi-fonds propres où l’entreprise peut donner son opinion sur la conversion, acquittant une prime de non-conversion le cas échéant. En pratique, une enveloppe de 300 millions d’euros sera distribuée par CDC Entreprises et Avenir Entreprises, sa filiale.

De quoi renforcer une autre initiative d’Oséo qui a mis au point en novembre dernier un contrat de développement participatif pour accompagner les augmentations de capital des PME et les ETI : une enveloppe de un milliard d’euros à été prévue, à investir en deux ans avec des montants de 0,3 à 3 millions d’euros par entreprise.

En parallèle, l'Etat maintient ses incitations fiscales destinées à favoriser l’investissement des particuliers dans les PME, via les fonds Tepa, les FIP (fonds d'investissement de proximité) et les FCPI (fonds communs de placement dans l'innovation), dont le dispositif devrait être reconduit à l’automne. Quant aux PME cotées, leur capitalisation fait l'objet depuis le mois dernier d’un observatoir, et l'enveloppe d’investissement à leur intention, gérée par la CDC, est passée à 300 millions à investir d’ici à fin 2011.

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