L’automatisation des opérations de prêt-emprunt de titres s’accélère

le 30/09/2010 L'AGEFI Hebdo

Les éditeurs de solutions rivalisent d’annonces pour optimiser les procédures, afin de réduire le risque opérationnel et le risque de contrepartie.

Le développement du marché du prêt-emprunt de titres a été très affecté par les craintes des investisseurs vis-à-vis des risques de contrepartie. Si complexe soit-il, il est incontournable pour assurer des opérations de couverture sur des dérivés, ou la liquidité des opérations de règlement-livraison. En outre, « le prêt-emprunt de titres génère de nombreuses opérations connexes durant le cycle de vie d’une transaction : compensation, paiement de coupons à temps, substitution, rappel de titres vendus, commissionnement… », prévient Guy Knepper, responsable du prêt-emprunt de titre chez Caceis.

Dans ce contexte, les intervenants s’équipent ou bénéficient des améliorations apportées aux outils existants. « Notre éditeur de solutions de gestion pour notre activité dérivés, Sophis, vient de nous livrer une nouvelle version de son logiciel le mois dernier, signale Nicolas Hamar, responsable des activités de trading chez Natixis. Celle-ci offre des fonctionnalités concernant le prêt-emprunt de titres. Elles permettent d’automatiser et d’industrialiser un certain nombre d’opérations, très consommatrices de ressources en termes de back-office. » Ainsi, la dernière version de l’outil Value de Sophis, permet, entre autres, d’améliorer la gestion du collateral (nantissement) et les modalités de facturation. « Avec de 5.000 à 10.000 opérations ouvertes quotidiennement et beaucoup de flux de données et de bases de données différentes à prendre en compte, les opérations de prêt-emprunt de titres relèvent de l’industriel », explique Nicolas Hamar.

A l’instar de Sophis, d’autres éditeurs ont récemment annoncé de nouvelles versions de leurs suites logicielles mettant l’accent sur l’automatisation des traitements liés au prêt-emprunt de titres. Une problématique qui avait été un peu délaissée par les départements recherche & développement des éditeurs mais dont l’importance, et surtout la complexité, ont créé une forte demande des clients. « Tout est question de priorité et de feuille de route, relativise Habib Aouad, responsable commercial de l’offre asset management chez l’éditeur français Linedata. Rappelez-vous qu’il y a trois ou quatre ans, la priorité était dans les calculs de valorisation des dérivés de crédit. »

Améliorer la gestion du « collateral »

Depuis, la crise est passée par là, la faillite de la banque Lehman Brothers et la difficulté à identifier clairement les contreparties impliquées ainsi que les risques afférents ont fait prendre conscience de la nécessité de pouvoir établir clairement les tenants et aboutissants pour les opérations de prêt-emprunt de titres. Aussi, en juin dernier, Linedata mettait à disposition de ses clients un nouveau module de gestion des opérations de pension et de nantissement au sein de sa plate-forme de gestion des ordres Longview. « Ce module permet de capturer et de centraliser les opérations sur les ‘repo’ (‘sale and purchase agreement’ - pension livrée, soit une vente de titres au comptant, puis un rachat à terme avec une date et un prix convenus entre les deux parties contractantes) avec différents ‘collatéraux’, mais aussi d’enregistrer les ordres et les stocks auprès de différentes banques dépositaires, explique Habib Aouad. Le gérant, par exemple, est capable de voir dans une même fenêtre son exposition sur une action pour laquelle il vient de réaliser une transaction et son ‘repo’. De plus, le calcul de conformité effectuera la mesure de l’exposition d’un portefeuille en liant les titres et le nantissement sur les ‘repo’. »

Même mot d’ordre chez Simcorp, un éditeur danois dont la dernière version, annoncée en juin dernier, de la suite logicielle Dimension, présente de nouvelles fonctionnalités pour le prêt-emprunt de titres, visant une automatisation toujours plus poussée des opérations, notamment en ce qui concerne la gestion du collateral. « Nous offrons la possibilité de mettre en place des règles de gestion beaucoup plus complexes comme celles consistant, pour un gestionnaire de ‘collateral’, à prédéfinir des panels de titres disponibles à délivrer en priorité à ses contreparties en fonction de différents critères, pour raccourcir les délais de prise de décision lors de la sélection et pallier certains problèmes de ‘cut-off’ (date de dénouement des opérations chez le dépositaire, NDLR) », expose Amandine Stock, consultante fonctionnelle chez Simcorp France. Un module d’automatisation des rapprochements (intérêts courus, calcul de marge…) est également disponible. Il établit ce qui a été calculé dans le système et le compare à ce que proposent les contreparties afin de mettre rapidement en avant les points de déviation et y remédier.

Autre nouveauté, la fonctionnalité « Block trade » agrégeant les montants de collateral provenant de différents portefeuilles. « Cela permet de générer une seule transaction, accélérant ainsi le processus de décision tout en diminuant les coûts », souligne Amandine Stock. C’est ainsi que pour Gilles Normand, directeur trésorerie de Caceis, « la généralisation des ‘collatéraux’ dans les activités de marché s’imposant, leur gestion deviendra une activité à part entière ». D’ailleurs, en 2010 chez Caceis, « l’un des gros projets informatiques de SLAM (Securities Lending Asset Management), la plate-forme soutenant notre offre externalisée de prêt-emprunt de titres, a consisté à étendre la gestion du ‘collateral’ aux fonds dont nous ne sommes pas dépositaires », poursuit Nathalie Collot, product manager chez Caceis.

Optimiser le back-office

Autre moyen d’industrialiser les opérations de prêt-emprunt de titres, le recours à une plate-forme de négociation électronique. Natixis est membre depuis un an de Secfinex, filiale de Nyse Euronext (lire l’entretien). « Nous utilisons cette plate-forme pour nos opérations de flux, c’est-à-dire pour la couverture du quotidien de nos opérations sur les dérivés, confie Nicolas Hamar. Nous y croyons en dépit des réticences culturelles du marché du prêt-emprunt de titres, marqué par des relations bilatérales, basées sur la confiance et la connaissance mutuelle. Mais la faillite de Lehman Brothers a fait prendre conscience de la notion de bilan, de l’utilisation du capital et il est apparu beaucoup plus efficace et moins coûteux d’utiliser les services d’une contrepartie centralisée. » En outre, le fonctionnement d’une telle plate-forme implique une révélation du prix, et la visualisation du carnet d’ordres permet plus de transparence et va à l’encontre de pratiques très cloisonnées. « Sans compter que l’établissement de la facture en fin de mois et le contrôle des règlements-livraisons par la chambre de compensation nous simplifient grandement la tâche », conclut Nicolas Hamar.

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