L’avis de... Hervé Labbé, directeur de la salle des marchés de France Telecom

« Il faut prévoir les mêmes limitations pour les CDS ‘corporate’ et souverains »

le 25/03/2010 L'AGEFI Hebdo

En quoi les « credit default swaps » (CDS) posent-ils des difficultés aux entreprises ?

Les CDS ont pris en quelques années une importance considérable, à la fois par les encours traités et par la référence qu’ils constituent pour évaluer le risque de crédit d’une entreprise. L’entreprise subit totalement la situation, car il est difficile de connaître les encours sur CDS et le type d’intervenants, le marché n’étant pas contrôlé. Résultat, une poignée d’intervenants peuvent empêcher un refinancement, comme cela s’est vu dans certains cas en 2008 et début 2009. Le marché paraît d’autant plus incohérent qu’il arrive - France Telecom a connu une telle situation - que les encours de CDS sur un nom dépassent ceux de la dette sous-jacente, ou encore que le CDS de certains corporates comme notre groupe se traite à des prix inférieurs à ceux de la dette publique française ! Autre problème pour les corporates, indépendamment de son montant, le mode de financement a un impact sur le niveau des CDS, compte tenu de la propension des banques à se couvrir sur un crédit octroyé plus forte que celle des investisseurs obligataires. Résultat, nous évitons au maximum de recourir au crédit bancaire et de dégrader ainsi le spread de notre CDS et préférons nous refinancer sur le marché obligataire. Enfin, le CDS a même contaminé le marché des dérivés puisque le prix d’un dérivé varie en fonction du niveau du CDS de la contrepartie.

Quelle régulation préconisez-vous ?

Il conviendrait en premier lieu de distinguer la réglementation sur les CDS de celle sur les autres dérivés, qui sont utiles aux corporates pour couvrir leurs risques. Mais le CDS est au marché des dérivés ce que le viager est au marché de l’immobilier : un « pari » sur la mort du propriétaire. Il faut absolument que ce « pari » ne puisse être auto-réalisateur. Il me semble que les CDS ont montré qu’ils avaient fait plus de dégâts qu’ils n’ont été utiles. Le marché des CDS est dominé par la spéculation et il faudrait que la composante assurance retrouve ses droits. Surtout, il conviendrait de prévoir les mêmes limitations pour les CDS corporate que pour les CDS souverains.

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