Les hedge funds ne doivent pas être des boucs émissaires

le 25/02/2010 L'AGEFI Hebdo

Ces fonds sont des intervenants indispensables à la liquidité et au bon fonctionnement des marchés.

Par Cyril Julliard, président et cofondateur d’ERAAM*

Ils étaient déjà à l’origine de la crise de 2008. Ils sont maintenant responsables du risque de faillite de la Grèce. Et demain, seront-ils coupables du réchauffement climatique ? Comme à chaque crise, les hedge funds sont les boucs émissaires tout désignés. Du grand public ou des politiques, peu familiers de la finance, l’attaque est injustifiée mais tolérable. En revanche, elle est surprenante de la part d’économistes reconnus. Dans ces mêmes colonnes, Michel Aglietta (professeur à l'Université Paris Ouest, NDLR) fustigeait récemment le rôle néfaste des hedge funds dans la crise en Grèce, n’hésitant pas à parler de « meute mimétique dans les moments de stress » (L'Agefi Hebdo n°215 du 11 février 2010 - L'Evénement, NDLR). Un simple rappel de faits permet de tordre le cou aux poncifs dont on affuble l’industrie des hedge funds.

N’en déplaise à Michel Aglietta, les hedge funds ne sont pas porteurs de risque systémique. Le débat a été tranché par d’éminents experts comme Jacques de Larosière et Lord Turner. Imaginer les hedge funds comme un milieu homogène, au mode de pensée unique, pour l’opposer au reste de la communauté financière est une erreur. Pour démontrer le prétendu mimétisme, Michel Aglietta met en avant la corrélation des performances entre les différents fonds en période de stress. Mais la corrélation n’est pas un bon critère dans un marché franchement baissier. La mesure de la dispersion des performances est un instrument plus pertinent dans ces cas-là. Or, elle n’a jamais été aussi importante qu’en 2008 !

Selon Michel Aglietta, les hedge funds diffuseraient leurs « problèmes » au système à travers les prime brokers. Mais c’est se tromper de sens ! Ce sont les prime brokers, filiales des banques en difficulté, qui ont, en 2008, transmis leurs problèmes aux hedge funds en retirant brutalement leur financement. Et non l’inverse !

En reportant la responsabilité sur les hedge funds, on oublie les banques, les assureurs, les sociétés de gestion classiques dont certaines gèrent individuellement plus que tous les hedge funds réunis… Au total, ces derniers ont sous gestion 1.500 milliards de dollars, dont la moitié sur le marché des actions. Même avec un peu de levier, en moyenne à hauteur de 1,5 fois, cela ne représente jamais que 2 % de la capitalisation boursière mondiale ! En Grèce, environ 45 % de la dette du pays est entre les mains des banques. Les hedge funds n’en détiennent que 5 %... Ils n’ont pas l’importance que l’on veut leur donner.

Croire que les hedge funds seuls peuvent déstabiliser une monnaie comme l’euro relève donc du fantasme. Ils auraient accumulé 7 milliards d’euros de positions vendeuses en une journée ? Mais ce montant représente à peine 0,6 % des transactions quotidiennes sur l’euro. Sur ce dossier, l’action des hedge funds n’est que l’expression d’un doute partagé sur la capacité du pays à honorer ses dettes. Comment comprendre sinon que les taux grecs trouvent un équilibre autour de 6,5 % et qu’il n’y ait aucun investisseur pour profiter de la bonne affaire ? C’est bien la totalité de la communauté financière qui doute. Et non l’action des hedge funds qui a rendu la Grèce insolvable. Soulever le problème ne peut qu’aider la Grèce à faire des réformes rapidement. Celles-ci étaient inéluctables.

Oui, le secteur a besoin d’une régulation, au même titre que les autres acteurs du marché. Qu’elle concerne la transparence déjà largement pratiquée envers les institutionnels et les fonds de fonds ou l’alignement des commissions de performance avec la maturité des investissements et la liquidité offerte. Mais cette régulation ne doit pas mettre des freins inutiles au développement d’une industrie sous le prétexte d’une mauvaise perception du risque systémique.

Les banques comptent déjà parmi les industries les plus réglementées de la planète. Cela ne les a pas empêchées d’empiler risques et levier, et de devoir être sauvées par l’argent du contribuable. Les hedge funds, eux sont aujourd’hui les seuls acheteurs de ces actifs toxiques dont les banques doivent se défaire. Ces fonds ne créent pas de risque systémique, ils sont un complément aux gestions d’actifs traditionnelles, une diversification des risques et un des acteurs indispensables à la liquidité et au bon fonctionnement des marchés.

*European Research & Alternative Asset Management

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