Goldman Sachs tire un trait sur le trading propriétaire

le 30/09/2010 L'AGEFI Hebdo

Condamnée par la règle Volcker, cette activité est vouée à disparaître. Ses traders négocient déjà leur indépendance.

Goldman Sachs n’a pas traîné. A peine deux mois après la promulgation de la nouvelle réforme financière américaine, la plus puissante des banques de Wall Street s’apprêterait à démanteler une activité considérée comme l’une des plus prestigieuses et des plus lucratives : la « Principal Strategies Unit ». Véritable hedge fund interne, cette unité d’élite était en charge des opérations de trading propriétaire de Goldman Sachs sur les marchés actions. Une activité sur fonds propres désormais interdite par la « règle Volcker ». Même si cette règle ne sera pas effective avant 2014 au plus tôt, Goldman Sachs s’est employé dès le 21 juillet dernier, date de la signature de la loi par Barack Obama, à trouver une solution d’évolution en douceur pour les 70 personnes de Principal Strategies réparties entre New York, Londres et Hong-Kong. « Nous passons en revue toutes les options possibles et conformes à la nouvelle législation », avait affirmé sobrement cet été Lucas van Praag, le porte-parole officiel de la banque d’affaires. Des propos qui avaient alimenté à Wall Street toute une série de rumeurs qui évoquaient la revente à un hedge fund indépendant, la création d’une filiale, ou encore une fusion avec les desks de trading traditionnels.

Fuite organisée

Début septembre, l’agence Bloomberg fait état de fuites internes évoquant une fermeture rapide de l’activité. Même si elle n’a pas été formellement confirmée par Goldman Sachs, cette décision a probablement été motivée par la volonté manifestée par les équipes de l’unité Principal Strategies de voler de leurs propres ailes. Le patron actuel de l’entité, Morgan Sze, 44 ans, a d’ores et déjà entraîné avec lui les traders de Hong-Kong pour monter un fonds indépendant spécialisé dans les marchés asiatiques. De son côté, l’équipe new-yorkaise a confié à son dirigeant local Bob Howard le soin de négocier un transfert collectif dans un hedge fund indépendant, qui pourrait être KKR, BlackRock, Perella Weinberg Partners ou Avenue Capital. Quant aux traders basés à Londres, certains d’entre eux pourraient rejoindre le fonds Edoma créé récemment par Pierre-Henri Flamand, un polytechnicien français de 40 ans qui a dirigé l’entité Principal Strategies au niveau mondial pendant près de trois ans avant d’annoncer son départ en mars dernier (L’Agefi Hebdo du 26 août). « Aucun d’entre eux ne veut rester le dernier », a expliqué à Bloomberg TV Gary Townsend, président du fond Hill-Townsend Capital.

Si la reconversion de ces traders semble aussi aisée, c’est que ces derniers ont acquis au fil des années une réputation d’excellence. Bien que les dirigeants de Goldman affirment aujourd’hui que cette activité de trading propriétaire n’a jamais excédé 10 % de ses revenus, la plupart des observateurs considèrent que ce pourcentage est largement sous-évalué. Des doutes accentués par l’opacité que Goldman Sachs a toujours soigneusement entretenue autour de l’unité Principal Strategies. Ses résultats, par exemple, n’ont jamais été détaillés et ont toujours été intégrés à ceux de la division actions. « Quand quelqu’un était muté au Principal Strategies, il lui était demandé de couper les ponts avec ses anciens collègues », raconte un salarié de Goldman Sachs. Une précaution qui s’explique tout d’abord par des raisons éthiques afin d’éviter que le département Principal Strategies ne joue contre les clients de la banque, mais aussi par souci stratégique de laisser dans l’ombre les stars du trading propriétaire. A l’instar de Pierre-Henri Flamand, l’ancien patron de l’entité dont on raconte qu’il aurait gagné en 2007 un bonus de 100 millions de dollars, soit une prime deux fois supérieure à celle de son PDG Lloyd Blankfein, mais qui n’a jamais accepté de répondre à un journaliste.

Si Goldman Sachs semble aujourd’hui se résigner aussi facilement à la fermeture de l’unité Principal Strategies, c’est peut-être aussi parce que ses performances semblent s’être dégradées au cours des trois dernières années. D’après les estimations récentes de l’analyste Keith Horowitz de CitiGroup, l’unité gère aujourd’hui entre 1 et 2 milliards d’actifs, soit un portefeuille trois fois inférieur à ce qu’il était auparavant. Quant aux profits, ils se situeraient en ce moment entre 100 et 200 millions de dollars par trimestre.

« Cette apparente conformité à la loi Volcker que toutes les grandes banques s’appliquent d’ores et déjà à mettre en place ressemble à une farce, n’hésite pas à affirmer un banquier d’affaires européen basé àWall Street. Qu’appelle t-on précisément le ‘trading’ propriétaire ? Et qu’est-ce qui empêchera ces grandes banques de continuer à en faire dans le cadre d’opérations de couverture client ou de ‘market making’ »

De fait, quelles que soient les raisons qui font que Goldman Sachs semble avoir tiré un trait sur son unité Principal Strategies, la firme refuse catégoriquement d’évoquer la fermeture de son autre entité de trading propriétaire, le Special Situations Group. La raison ? Les 9 à 10 milliards de dollars d’actifs que gère cette unité sont des obligations (debt securities) et non des actions. Un cas de figure qui, selon les avocats de Goldman Sachs, n’entre pas dans le champ d’application de la règleVolcker.

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