Dossier Infrastructures

Les fonds spécialisés sur le point de convaincre les institutionnels

le 04/02/2010 L'AGEFI Hebdo

Des actifs « tangibles » et une bonne protection contre l’inflation semblent redevenir de solides arguments pour lever des fonds dédiés.

Cube Infrastructure, Antin Infrastructures et surtout Meridiam... Les fonds français spécialisés semblent se réjouir d’un récent regain d’intérêt des institutionnels pour ce segment dont certains fonds de pension nord-américains font même désormais une « classe d’actifs » à part entière, y consacrant 5 % ou plus de leur portefeuille. Les statistiques mondiales n’ont pourtant pas été bonnes pour les levées de fonds infrastructures en 2009 : 6,3 milliards de dollars (contre 26,2 en 2008) selon le cabinet Preqin, 10,7 (contre 24,7 en 2008) pour l’agent de placement Probitas, qui reconnaît cependant que « les investisseurs ont commencé à revenir sur ce marché au quatrième trimestre, avec la collecte de près de 5 milliards de dollars, malgré un fort environnement concurrentiel et des soucis persistants de liquidité ».

Liquidité, change, inflation…

« L’argument de la liquidité est très relatif : les parts dans les actifs sains se revendent plutôt facilement », estime Thierry Déau, président du fonds Meridiam Infrastructure, qui a d’ailleurs remplacé au pied levé l’australien Babcok & Brown (en faillite début 2009) sur le tunnel de Miami. « Je n’ai jamais trouvé le marché vraiment déprimé », poursuit celui qui devrait annoncer prochainement, toujours avec le soutien de Crédit Agricole et Aecom Technology Corp., la levée de son deuxième fonds pour environ 1,7 milliard d’euros entre la poche en euros et celle en dollars, destinée à limiter les risques de change. Il s’agira d’un fonds ciblé, comme le premier, sur les partenariats public-privé (PPP), d’une durée de 25 ans. « C’est parfois compliqué avec les investisseurs, mais cela permet de régler les problèmes auprès des collectivités qui s’assurent de la sorte une présence de long terme », commente Philippe Taillardat, responsable fonds de fonds infrastructure (340 millions d’euros sous gestion) chez Amundi. « Le change a été un problème pour les institutionnels nord-américains ayant investi sur des fonds britanniques en livres », rebondit Renaud de Matharel, directeur général de Cube Infrastructure (Natixis), qui a, entre octobre et décembre, augmenté de 400 à 600 millions d’euros la taille de son fonds (de 12 ans) déjà investi sur six programmes.

Quand les taux sans risque rapportent peu, les fonds offrent un rendement encore attractif, entre 10 % et 15 % selon la typologie des projets accompagnés : brownfield ou greenfield, PPP ou concessions, transports ou énergies, etc. Ces fonds ont mis en place des mécanismes de remontée régulière des cash-flows. Et les projets accompagnés bénéficient d’une protection contre l’inflation via les loyers contractés avec la personne publique (PPP) ou les péages régulièrement revus à la hausse (concessions) : « Un avantage non négligeable en ce moment aux yeux des investisseurs », rappelle Mathias Burghardt, responsable infrastructures chez Axa PE.

… et Solvabilité II ?

Freinés par la crise dans leur expansion, « les bons gérants ont depuis peu relancé leurs levées pour profiter d’un regain d’intérêt lié au fait qu’ils visent des projets de qualité », selon Philippe Taillardat. Le fonds Ofi InfraVia, créé en 2008 avec Vincent Levita, vient par exemple de réaliser un nouveau closing à hauteur de 150 millions d’euros (sur 300 millions espérés) : « Nous avons attiré des institutionnels, mais avec un peu de pédagogie sur notre approche ‘durable’, les gestions privées devraient venir aussi, sensibles à l’adossement d’un investissement long terme sur un actif support », précise celui qui a bouclé trois premières opérations en 2009 (A2 en Pologne, NGE Energy dans l’éolien et Green Yellow dans le solaire). Le 19 janvier, Antin Infrastructure a également annoncé avoir déjà atteint 515 millions d’euros (sur 1 milliard espéré, dont 300 millions apportés par BNP Paribas), grâce à l’apport d’investisseurs convaincus par Alain Rauscher qui estime, à l’image de sa récente participation dans la principale société de stockage pétrolier française (Pisto), « qu’un fonds n’a pas vocation, a priori, à porter les risques de construction et de lancement pour lesquels des industriels sont les mieux placés ».

Axa PE devrait lancer prochainement la levée d’un deuxième fonds commun de placement à risque, avec un objectif supérieur au précédent (1,1 milliard d’euros), et toujours l’originalité de porter sur vingt ans... « Mais l’horizon de l’investisseur de long terme est en train de changer pour devenir beaucoup plus court », a déclaré l’AF2I (Association française des investisseurs institutionnels), évoquant l’incertitude réglementaire liée à Solvabilité II, « qui va obliger les assureurs à se détourner des actifs de long terme comme les infrastructures ». Les gérants estiment cependant qu’un aménagement est envisageable au vu des risques limités. En attendant, les levées pourraient être à nouveau ralenties, « en particulier dans l’Hexagone, où l’on compte très peu de fonds de pension », conclut Vianney Dubois, associé du cabinet de conseil aux institutionnels Seeds Finance…

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