La finance, nouveau terrain de chasse des fonds

le 11/02/2010 L'AGEFI Hebdo

Les activités de services à dimension industrielle restent leurs cibles d’investissement.

Longtemps discrètes dans le secteur des services financiers, les sociétés de capital-investissement (private equity) semblent aujourd’hui y porter une attention toute particulière. Depuis quelques mois, les fonds d’investissement ont en effet réalisé plusieurs opérations dans cette industrie. En novembre, Astorg Partners a acquis 32 % du capital du courtier d’assurance Gras Savoye. Dans le même temps, Permira s’est offert le groupe britannique d’assurance retraite Just Retirement pour 300 millions d’euros. Et, fin janvier, Advent International s’est illustré en acquérant pour 220 millions d’euros la société Xafinity, spécialisée dans les retraites et la prévoyance. Une tendance qui pourrait encore s’amplifier dans les prochaines semaines. De fait, plusieurs fonds - dont Advent, Texas Pacific Group (TPG), KKR, ou Permira - sont cités pour la reprise de WorldPay, filiale de cartes de paiement de Royal Bank of Scotland (RBS). Quant à Blackstone, également évoqué dans ce dossier, il envisagerait très sérieusement de se lancer sur le marché bancaire britannique en créant ex nihilo son propre établissement (lire l’entretien).

Pourquoi un tel regain d’intérêt ? Historiquement, les fonds d’investissement se sont tenus à l’écart d’un secteur très réglementé, n’y réalisant que des opérations marginales. Mais la crise a changé la donne et leur a ouvert de nouvelles perspectives. « La sortie de crise engendrera des fusions et de la consolidation, ce qui amène plus de cessions, explique Pascal Stefani, gérant chez Advent International à Paris. C’est là que les fonds peuvent jouer leur carte. »

Des investissements sélectifs

Sous la pression des nouvelles réglementations en matière de ratios prudentiels, certains établissements financiers vont en effet devoir céder des activités jugées non stratégiques pour reconstituer leurs fonds propres. D’autres, nationalisés ou massivement aidés par les Etats, sont contraints de céder des pans entiers de leurs activités, à l’instar de RBS ou d’ING. Une brèche dans laquelle les fonds entendent bien s’engouffrer. « Si ces activités, ‘orphelines’ de leur actionnariat bancaire, peuvent vivre sans adossement à un groupe financier, le ‘private equity’ sera pour elles un parent adoptif naturel », indique Xavier Moreno, président d’Astorg Partners.

Toutefois, les fonds devraient demeurer sélectifs dans leurs investissements. Les chances de les voir se lancer à l’assaut d’activités dites à bilan, comme la banque et l’assurance, sont en effet minimes, car ces activités sont peu conciliables avec des opérations à effet de levier. « Il n’est pas simple de réaliser un LBO (‘leveraged buy-out’) sur des activités financières à bilan car cela vient se déduire des fonds propres, ce qui est pénalisant, souligne Paul Mizrahi, directeur général et cofondateur de BlackFin Capital Partners. Le modèle classique du LBO est donc rarement adapté à ces activités. » Blackstone ferait donc aujourd’hui figure d’exception. Les rares acteurs à s’être aventurés dans le secteur bancaire ont d’ailleurs connu de sérieux déboires. En avril 2008, TPG avait investi 1,35 milliard de dollars dans Washington Mutual, une mise perdue à la suite de la faillite de la banque américaine six mois plus tard. A la même époque, JC Flowers avait acquis près de 25 % du capital de Hypo Real Estate, avant d’être contraint de céder ses parts lors de la nationalisation de la banque allemande. Pour éviter de telles déconvenues, les acteurs du capital-investissement devraient donc, comme par le passé, cibler en priorité les activités de services ayant une dimension industrielle : gestion d’actifs, courtage, compagnies d’assurances spécialisées, traitement des paiements ou prestataires informatiques. « Sur ces segments, le capital-investissement a toujours été présent, observe un professionnel. Mais il est clair que c’est un secteur qui devient de plus en plus important car il y a davantage de vendeurs. » Le fonds Duke Street a d’ailleurs acquis, le 8 février, 69 % du groupe Payzone, spécialiste européen des paiements électroniques.

Ce contexte de marché suscite même des vocations. Ces dernières années, de nouveaux acteurs du capital-investissement se sont en effet créés en se spécialisant dans les services financiers. C’est le cas de la société allemande Augur Capital qui, à l’été 2008, a repris Veritas, filiale allemande de gestion d’actifs de Boursorama, pour 15 millions d’euros. En France, BlackFin Capital Partners, créée en avril 2009, a également décidé de faire des services financiers son terrain de jeu. La société vient de finaliser sa première levée d’un montant de 60 millions pour son fonds Financial Services Fund. Objectif final : lever 300 millions pour investir dans des PME en France ou en Europe spécialisées dans des activités de services (intermédiation, métiers de back-office, gestion d’actifs…). « Très peu de fonds en Europe continentale se sont spécialisés dans les services financiers, note Paul Mizrahi. Il existe donc une vraie opportunité sectorielle pour réaliser des transactions. » Reste maintenant à transformer l’essai dans un secteur où les fusions-acquisitions ont souvent été l’apanage des établissements financiers.

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