Les « family offices » bancaires doivent faire preuve de neutralité

le 25/03/2010 L'AGEFI Hebdo

Les modes de rémunération de ces services, réservés aux clients les plus fortunés, sont hétérogènes.

Héritier des fondés de pouvoir des grandes familles industrielles de la fin du XIXe siècle, le family office est le chef d’orchestre du patrimoine des plus riches familles mondiales, dont la fortune s’établit au minimum entre 10 et 15 millions d’euros. L’Association française du family office et le cabinet Deloitte estiment dans leur étude de novembre 2009 qu’il existe 1.920 « multi-family offices » européens, auxquels s’ajoutent une pléiade de « single family offices », dédiés à la gestion du patrimoine d’une seule famille, accessibles à partir d’une centaine de millions d’euros au minimum.

« Reportings » consolidés

Les banques privées se sont naturellement tournées vers ce métier, aux côtés d’autres acteurs indépendants. A Paris, la Compagnie Financière Edmond de Rothschild, Rothschild & Cie, la Financière Meeschaert et la Banque Quilvest dominent le marché. Tous ces acteurs sont, eux aussi - ce n’est pas un hasard -, issus de groupes familiaux. Dans ces banques, les multi-family offices ne se substituent pas aux banquiers privés, mais sont complémentaires. Ils apportent au client une vision globale de son patrimoine, via des reportings consolidés, une offre de conseil en organisation du patrimoine sur plusieurs générations et, si besoin, une palette de services administratifs (secrétariat, etc.).

Dans cet environnement, les family offices des banques peuvent se prévaloir d’une diversité de compétences en interne et d’un grand nombre de clients leur garantissant une expérience de terrain plus importante que celle des structures indépendantes. Mais surtout, les banques peuvent consacrer des ressources conséquentes à l’informatique, élément central de ce métier notamment en termes de reporting. Il s’agit en effet de pouvoir apporter au client une vision globale de son allocation d’actifs, intégrant l’ensemble de ses avoirs dans différents établissements. « Depuis la crise, nos clients en 'family office' ont un besoin accru de visibilité sur leur actif et sur leur passif. Ils souhaitent notamment recevoir plus d’informations sur le risque d’exposition aux différents établissements », explique Catherine Duvot-Cohen, responsable du département family office de Rothschild Patrimoine, qui gère les intérêts de 250 familles.

Mais si les banques peuvent se prévaloir d’un avantage compétitif en termes de ressources par rapport aux multi-family offices indépendants, elles sont en revanche moins légitimes, en théorie, sur le terrain de la neutralité du conseil. De nombreuses banques exigent en effet un minimum de gestion au sein de l’établissement pour offrir leur service de family office. De plus, certaines ne facturent pas directement l’offre de family office et se contentent de se rémunérer via les commissions de gestion. C’est le cas de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild, qui gère en family office les familles déposant plus de 10 millions d’euros dans la banque. « Le 'family office' ne peut pas être abordé exclusivement sous le prisme de l'indépendance capitalistique, estime Renzo Evangelista, directeur du family office de La Compagnie Financière Edmond de Rothschild Banque. A cette notion doit s'ajouter celle de la compétence et de la transparence sur le mode de rémunération. » A l’inverse, Rothschild & Cie facture des honoraires à ses clients en family office, mais exige un minimum de 5 millions d’euros sous gestion dans la banque, pour laquelle elle est rémunérée par ailleurs. Le suisse Pictet va beaucoup plus loin : son service de family office, basé à Genève et Zurich, gère les intérêts de 35 familles dans le monde, détenant chacune plus de 100 millions d’euros. « Bien qu’adossé à une banque, notre 'family office' est totalement indépendant d’esprit et d’action, explique Jean-François Demole, associé de la banque suisse. C’est pourquoi nous n’imposons pas à nos clients de déposer une partie de leurs avoirs chez Pictet. » La banque se rémunère exclusivement par honoraires en fonction du montant des avoirs conseillés.

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