Dexia reste à la peine dans le financement du secteur public

le 20/05/2010 L'AGEFI Hebdo

La banque des collectivités diversifie ses services mais ne comble pas son recul. Elle compte bénéficier d’un répit pour son refinancement jusqu’à la fin de l’année.

Dexia avait prévenu : 2010 serait plus dur que 2009. Les résultats du premier trimestre, supérieurs aux attentes, semblent de bon augure mais les profits du groupe franco-belge accusent tout de même un recul de 14 % sur un an. La baisse est encore plus marquée dans le public and wholesale banking, l’ancien étendard de Dexia dont l’expansion tous azimuts avait causé le sauvetage de la banque à l’automne 2008 : le résultat avant impôt de ce pôle dédié au secteur public a chuté de 66 % par rapport au premier trimestre 2009, à 79 millions d’euros.

Malgré tout, à fin mars, les charges ont diminué de 5 %, le coût du risque a reculé d’un tiers et les revenus sont restés quasi stables par rapport au quatrième trimestre 2009 (voir le graphique) grâce à la « forte contribution du financement de projets ». Présenté comme un relais de croissance, il représente 13 % du volume de prêts du public and wholesale banking au premier trimestre (soit 312 millions d’euros), contre 5 % il y a un an. Mais Dexia ne précise pas les revenus générés par ces partenariats public-privé et leurs encours totaux ont reculé d’une année sur l’autre, comme ceux des prêts aux entreprises et au secteur public.

Globalement, « les engagements à long terme baissent de 1,1 % à 230 milliards d’euros et la production nouvelle est toujours aussi faible (2,2 milliards d’euros au premier trimestre 2010 contre 1,8 milliard au premier trimestre 2009) », relèvent les analystes d’Oddo Securities. « La production reste à un niveau relativement modéré », a reconnu Pierre Mariani, administrateur délégué et président du comité de direction du groupe, le 11 mai. Dexia tablait initialement sur 15 milliards d’euros de nouveaux prêts à moyen et long terme cette année. « On verra en fonction du niveau de la demande si on est amené à réviser cet objectif, a annoncé Pierre Mariani. On sera sans doute plus proches du niveau de l’année dernière, soit 12 milliards d’euros. » Alors qu’en 2008, la production avait atteint 55 milliards d’euros, Dexia ne veut plus gagner de parts de marché mais rester un acteur de poids en Belgique et en France, ses deux marchés historiques.

Détrôné dans l’Hexagone

Sur le segment des collectivités locales et des hôpitaux, il revendique encore environ 80 % du marché belge, dont la taille est assez limitée, mais ses nouveaux crédits ont diminué de 28 % sur un an, à 709 millions d’euros à fin mars. En France, sa production a presque doublé, à 817 millions d’euros, mais ce rebond n’enraye pas son recul : Dexia affiche 20 % à 25 % de parts de marché contre environ 40 % avant la crise. Les Caisses d’Epargne l’ont détrôné dans l’Hexagone en s’arrogeant entre 27 % et 29 % des prêts aux collectivités locales l’an dernier, selon l’Observatoire Finance Active de la dette. Avec 19 % à 21 % de la production, Dexia pointe deuxième ex aequo avec Crédit Agricole et Société Générale.

La banque devra batailler pour conserver ses positions, compte tenu du dynamisme de ses concurrents et du coût élevé de ses ressources depuis l’abandon de son ancien modèle qui consistait à emprunter à court terme pour prêter à long terme. « Alors que Dexia prévoit de se passer d’ici au 30 juin de la garantie des Etats en matière de financement (sous l’injonction de Bruxelles, NDLR), il a accéléré ses émissions garanties, dont les commissions ont impacté les revenus (115 millions d’euros au premier trimestre 2010) », souligne Jean-Pierre Lambert, analyste chez KBW. Entre janvier et fin avril, la banque a utilisé ce dispositif avalisé par la Commission européenne pour les deux tiers de ses 30,5 milliards d’euros d’émissions à long terme, le reste étant assuré par des émissions non garanties et des obligations sécurisées. « Il reste 7,5 milliards d’euros à lever d’ici à fin 2010, ce qui est adressable sur le segment des ‘covered bonds’ (obligations sécurisées, NDLR) », estiment les analystes d’Oddo Securities. Pour autant, « à production constante, nous n’aurons pas besoin de faire appel aux marchés d’ici à la fin de l’année », a indiqué Pierre Mariani. Reste à savoir si le groupe pourra subvenir à ses besoins futurs à un prix lui permettant de rester compétitif.

En aval, il concentrera ses efforts commerciaux sur la France et la Belgique. Si sa production a fortement crû en Italie et dans la péninsule ibérique, il devra se retirer de ces anciens pays « cœurs » d’ici à 2013 pour respecter le plan de restructuration négocié avec la Commission européenne en contrepartie des aides publiques reçues. Comme en Allemagne, la production est déjà au point mort au Royaume-Uni. Dexia conserve en revanche une petite activité de prêts en Amérique du Nord et en Israël, pourtant bien loin de ses bases.

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