Deutsche Börse opère la refonte de son infrastructure de trading

le 17/12/2009 L'AGEFI Hebdo

La Bourse de Francfort modernise ses outils pour revenir dans la course face aux plates-formes alternatives, avec la réduction des temps de latence en ligne de mire.

Depuis l’informatisation complète des transactions, l’arme suprême des grandes places boursières est désormais la vitesse. Pour satisfaire la demande de programmes ultrarapides, de plus en plus souvent basés sur des algorithmes, Deutsche Börse, l’opérateur de la Bourse de Francfort, travaille actuellement sur une refonte complète de son système de trading. La nouvelle infrastructure, réalisée en partenariat avec IBM, remplacera dans un an les plates-formes actuelles de Xetra (marché cash) et Eurex (dérivés). Elle sera d’abord installée fin 2010 chez ISE, la filiale américaine spécialisée dans les options. « La version d’origine de Xetra et Eurex date de 1997, explique le directeur informatique de Deutsche Börse, Michael Kuhn, dans un entretien au Handelsblatt. Or, à l’époque l’informatisation des transactions n’en était encore qu’à ses débuts alors qu’aujourd’hui, nous assistons à une montée en puissance des programmes d’ordre d’achat et de vente réalisés grâce à des algorithmes où le temps de latence entre l’émission d’un ordre et sa réalisation est de l’ordre d’une milliseconde. » Pour répondre à cette demande, Deutsche Börse propose depuis le début de cette année aux clients d’Eurex une interface, appelée Enhanced Broadcast Solution, qui réduit le temps de latence à une milliseconde, ce qui est cinq à six fois plus rapide que deux ans auparavant.

Mais l’informatique du groupe est devenue trop hétéroclite. Elle souffre de l’absence d’une architecture et d’interfaces communes à tous ses marchés et instruments financiers. C’est pourquoi la Bourse a choisi de développer une plate-forme entièrement nouvelle, mais les marques Eurex et Xetra seront conservées.

Parallèlement à l’accélération de la vitesse, le nouveau système doit aussi être capable de traiter un volume de transactions accru. Durant la crise déjà, les plates-formes actuelles ont été confrontées à des volumes exceptionnels, atteignant certains jours 830 millions de cotations par jour sur Eurex et plus d’un million de transactions sur Xetra, soit le volume habituellement atteint durant l’ensemble d’un mois d’août. « Les systèmes y ont fait face, le degré de disponibilité pour les clients est de 99,99 %, mais ils arrivent aux limites de leurs capacités », indique-t-on à la Bourse.

Nouveau relais de croissance

Le nouveau projet mobilise une centaine de personnes et coûtera quelques dizaines de millions d’euros. Ainsi, Deutsche Börse entend trouver un nouveau relais de croissance. La Bourse souhaite notamment attirer des clients et regagner des parts de marché, perdues au profit des plates-formes alternatives, les MTF (multilateral trading facilities), également équipées de techniques de pointe. « Notre objectif est de nous doter d’un outil ultramoderne, fiable et efficace, nous permettant de conforter notre position de leader technologique dans le ‘trading’ électronique », affirme Michael Kuhn.

Pour y parvenir, Deutsche Börse mise sur une plate-forme modulaire comprenant une combinaison de logiciels libres (open source), de composants commerciaux et d’éléments développés par elle-même. Cette démarche répond à la volonté de la Bourse de préserver la propriété intellectuelle de son système, tout en accélérant ainsi sa mise en œuvre. La plate-forme est basée sur un outil d’IBM, baptisée WebSphere MQ Low Latency Messaging Tool 2.2. A l’avenir, tous les systèmes de trading de Deutsche Börse - Xetra, Eurex, Scoach et ISE - fonctionneront grâce à cette technologie. Elle permettra plus d’un million de cotations par seconde et réduira le temps de latence entre l’émission d’un ordre et sa réalisation à moins d’une milliseconde. « Face à la montée régulière du nombre de transactions, il nous fallait un système absolument fiable et efficace », souligne Heiner Seidel, porte-parole de l’opérateur boursier de Francfort, les raisons du choix de la technologie d’IBM. Hormis l’équipement de la Bourse de Santiago du Chili, dotée d’une version allégée, c’est la première fois qu’une grande place boursière a opté pour le système d’IBM, dont certains éléments ont été spécialement conçus pour les besoins de Deutsche Börse. « Notre objectif consiste à mettre en place un véritable réseau de liquidités entre nos différents systèmes de ‘trading’ et de permettre aux opérateurs de marché de pouvoir y accéder 24 heures sur 24 », assurent les responsables de la Bourse.

Des synergies attendues

Hormis l’accroissement de la vitesse des transactions et la capacité à traiter des volumes accrus, Deutsche Börse s’attend aussi à des synergies, grâce notamment aux économies espérées dans les coûts de maintenance. A partir de la technologie d’IBM et du système d’exploitation Linux, les informaticiens de la Bourse de Francfort vont ensuite développer des modules d’application spécifiques aux besoins des plates-formes Eurex, ISE et Xetra. « Cette structure modulaire est un support optimal pour l’intégration ultérieure de nouvelles fonctions et d’activités », souligne-t-on chez IBM.

Pour les analystes, ce projet de refonte de l’infrastructure technologique s’inscrit dans un processus de modernisation indispensable mais pas vraiment spectaculaire. « D’un point de vue technologique, Deutsche Börse a toujours été à la pointe, mais elle n’est pas la seule à miser sur un nouveau système pour rebondir », rappelle Philipp Hässler, d’Equinet. Même son de cloche de la part de Manfred Jacob, analyste chez SEB, qui estime que Deutsche Börse fournit « une nouvelle preuve de sa capacité à innover et à marquer un point dans la guerre actuelle entre les différentes plates-formes d’échange ». Les clients semblent également y trouver leur compte. « A la Bourse de Francfort, la haute fréquence et l’automatisation des échanges représentent déjà plus d’un tiers des transactions, ce qui a permis de réduire les ‘spreads’ et de diminuer les coûts », explique Susanne Greve, directrice chez le broker Concord Effecten, estimant que « la modernisation supplémentaire des infrastructures est donc la bienvenue ».

Pour souligner l’importance accrue des transactions à haut débit, Deutsche Börse vient de préciser qu’une centaine de ses clients se servent déjà de son offre de proximité, soit vingt de plus que fin 2008. Cette offre leur permet d’installer des serveurs dans le voisinage immédiat de l’ordinateur central de la Bourse afin de gagner ainsi quelques millisecondes dans le temps d’exécution des ordres. C’est ainsi que 21 % des clients d’Eurex et 18 % des adhérents de Xetra ont déjà recours à cette possibilité, et la demande ne cesse d’augmenter. A cela s’ajoute la mise en service d’une ligne à haute fréquence de 10 GBit/s entre Francfort et Londres afin de réduire la latence à moins de 5 millisecondes.

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