Crédit Agricole CIB centralise son back-office dédié au change

le 07/10/2010 L'AGEFI Hebdo

La banque d’investissement finalise son projet de plate-forme informatique mondiale. A la clé, une rentabilité accrue et une meilleure vision des risques.

A la fin du mois d’octobre, nous allons mettre en production le vingt-septième et dernier site, en l’occurrence New York, pour notre nouveau système informatique gérant notre back-office pour les opérations de trésorerie et de change », annonce Rodolphe Kunzé, responsable du centre de services Calypso chez Crédit Agricole CIB (Corporate & Investment Banking). Initié en 2006, le projet Cibos vise la couverture fonctionnelle de l’ensemble des opérations de back-office liées aux prêts-emprunts interbancaires, aux options de change, aux produits obligataires (y compris les « repo »), à une partie des dérivés de taux… de la banque d’investissement. « L’idée est de centraliser tous les traitements sur une seule et même instance logicielle afin de garantir l’indépendance entre le ‘booking’ (lieu où est réalisée l’opération, NDLR) et le ‘processing’ (lieu où est traitée l’opération) », explique Rodolpe Kunzé. La solution logicielle choisie, celle de l’éditeur américain Calypso Technology, est déployée à l’ensemble des sites de Crédit Agricole CIB au niveau mondial.

A l’origine de ce projet, la volonté de rationaliser les systèmes back-office de la banque d’investissement. « Après le rachat du Crédit Lyonnais par le Crédit Agricole, le nouveau groupe disposait de plates-formes très hétérogènes à l’international, ainsi que d’un système comptable nécessitant d’être rationalisé, raconte Rodolphe Kunzé. En outre, certains systèmes étaient obsolètes, coûtaient cher en maintenance et ne semblaient pas pouvoir absorber une hausse significative des volumes. » Or, le plan de recentrage stratégique de CA CIB prévoit de favoriser les activités « vanille », peu exotiques, donc moins risquées, présentant par conséquent une rentabilité moindre. « Nous avions besoin d’un back-office capable d’absorber beaucoup de volume à coût réduit, confirme Rodolphe Kunzé. Il fallait pour cela augmenter le STP (straight-through processing - traitement des flux d’information en continu et de façon automatisée, avec un minimum d’intervention humaine, NDLR) pour faire baisser le prix au ticket. » Le choix de Crédit Agricole CIB s’est porté sur la solution de l’éditeur Calypso, déjà présent dans les systèmes d’information de la banque d’investissement pour la gestion de l’activité fixed income.

Complexité

Fournir un même système de back-office pour toutes les entités du groupe Crédit Agricole CIB, tout en respectant les contraintes domestiques de chacune des entités, n’est pas une mince affaire. « C’est un projet très complexe », affirme Frédéric Kahn, responsable commercial de Calypso pour la zone Emea. « La première difficulté réside dans la grande diversité des systèmes de front-office auxquels doit s’interfacer la plate-forme de back-office, Kondor+, Murex, Summit, ainsi que les divers systèmes développés en interne », détaille Frédéric Kahn. Autre écueil potentiel, la multiplicité des instruments traités, souvent différents d’un pays à l’autre. Ainsi, en Chine, deux monnaies sont traitées dont une est NDF (non delivery forward - contrat bilatéral entre deux monnaies dont l’une n’est pas livrée à terme, mais son équivalent en cash dans l’autre monnaie). « Enfin, outre des comptabilités et des interfaces différentes, il faut aussi considérer la multiplicité des systèmes de paiement au niveau mondial », renchérit Frédéric Kahn. Mais au-delà de la complexité technique, l’envergure du projet et sa dimension mondiale ont également représenté un certain défi. « Il a fallu harmoniser et standardiser les règles de fonctionnement et les procédures de contrôle, et convaincre les dirigeants locaux d’accepter ces règles, souligne Rodolphe Kunzé. La conduite du changement a été d’autant plus difficile à mener à bien que les cultures sont différentes, en Asie, en Afrique, en Europe, en Amérique du Nord. » Un projet que l’on peut estimer à 25.000 jours hommes environ.

Un déploiement pays par pays

La mise en place de la nouvelle plate-forme s’est donc faite progressivement. « La première phase a consisté à préparer et implémenter la plate-forme de back-office pour un déploiement global », relate Frédéric Kahn. Six mois pendant lesquels ont été paramétrés les différents workflows sur lesquels repose la solution de Calypso : messagerie, contrôles, opérations de trading, transferts… Puis, cinq nouveaux mois ont été nécessaires pour la première mise en production, à savoir le site de Hong-Kong, au tout début du mois de mai 2007. Ont suivi la Turquie, le Japon, et 23 autres sites, jusqu’à la finalisation du projet avec la mise en production du site de New York. « Nous avons suivi le plan de déploiement de la nouvelle plate-forme comptable, » indique Rodolphe Kunzé. Si la plate-forme centralisée est installée physiquement à Paris, quatre centres de supports locaux, correspondant aux grandes zones de liquidité du groupe (Paris, New York, Hong-Kong et Londres), ont été mis en place « pour entretenir une relation de proximité avec les clients, » précise Rodolphe Kunzé. Un centre de support, opérationnel 24 heures sur 24, a été créé en Inde en mars 2008, en collaboration avec la SSII Head Strong. Il assure une part importante des développements logiciels nécessaires.

Un traitement automatisé

« Désormais, les équipes de back-office ne traitent plus que les exceptions, expose Rodolphe Kunzé. L’ensemble des contrôles sont STP, ce qui assure un gain certain en rentabilité. Crédit Agricole CIB traite 20.500 opérations quotidiennes, représentant quelques 40.000 messages échangés (Swift, fax…) et entre 350.000 et 400.000 événements comptables. » L’activité de Crédit Agricole CIB a augmenté significativement, sans que les équipes de back-office aient besoin d’être étoffées. « L’augmentation du STP permet une diminution des incidents de paiements, ce qui n’est pas négligeable en termes d’images, » complète Frédéric Kahn. Et un système ainsi centralisé permet une meilleure appréciation du risque de contrepartie, à la fois par produits et par zones géographiques. « Le retour sur investissement se trouve également dans les coûts de maintenance du système qui ont été réduits, se félicite Rodolphe Kunzé. En outre, tout nouveau développement est disponible pour l’ensemble des sites. » Un bémol toutefois, une instance logicielle unique pourrait accroître le délai de redémarrage en cas de problème. Un délai de 30 minutes seulement, prévu par accord bilatéral entre l’IT et les back-offices. « Mais nous avons une bien meilleure vision du progiciel, ce qui nous permet de mieux anticiper les problèmes de volume », conclut Rodolphe Kunzé.

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