L’avis de... Cédric Colaert, associé « restructuring » du cabinet Eight Advisory

« Certaines entreprises feront l’objet d’une deuxième restructuration à terme »

le 14/01/2010 L'AGEFI Hebdo

Vous venez de quitter Ernst & Young avec une partie de l’équipe Audit transactionnel. Comment analyser les restructurations vécues depuis douze mois ?

Banques, fonds, conseils... Tout le monde s’est fait discret car il faut reconnaître que nous avons tous agi avec excès, entre 2005 et 2007, « entre adultes consentants ». Aujourd’hui, les Ebitda ont été sévèrement divisés, parfois par 3 ou 4, ce qui peut nous amener vers des multiples d’endettement proches de 20. Le problème le plus complexe à résoudre se pose quand les banques ayant financé la dette d’acquistion sont aussi celles qui financent l’activité opérationnelle : déjà en difficulté sur le remboursement au niveau de la holding, elles peuvent mettre la pression sur l’actionnaire en menaçant de supprimer les lignes de financement court terme et/ou d’investissement Capex de la cible...

A quel moment intervenez-vous ?

Nous devons regarder comment la dette est répartie, puis ce qui est remboursable ou pas (intérêts et/ou capital) et à quelles échéances, au vu du nouveau plan d’affaires présenté et du séquencement attendu pour les cash-flows futurs : notre travail est synthétisé dans une « independant business review » (IBR). C’est alors qu’on va pouvoir envisager des hypothèses de restructuration et, en fonction de ces hypothèses et des blocages anticipés, aider l’entreprise à choisir la procédure adéquate. Après un cas de défaut, même mineur, il faut que tous les acteurs concernés repartent de zéro.

Comment voyez-vous l’avenir en 2010 ?

Jusqu’à présent, beaucoup de fonds et de banques se sont placés dans une position d’attente et ont encore des situations tendues à régler : nous n’avions pas une grande visibilité sur la croissance économique, et la plupart des restructurations ont été gérées en tenant compte de cela, et avec d’importantes aides de l’Etat en 2009, qui ne dureront pas… Sauf reprise accélérée des Ebitda et des valorisations, il est probable que certaines entreprises feront l’objet d’une deuxième restructuration de leur dette dans quelque temps.

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