Les Bourses dans la course au traitement des ordres accéléré

le 04/03/2010 L'AGEFI Hebdo

Pour satisfaire les clients qui pratiquent le trading algorithmique et le trading haute fréquence, elles doivent être plus rapides, mais aussi très fiables.

Un millier de fois plus rapide qu’un clignement d’œil, c’est désormais l’échelle de temps pour mesurer la prise en compte d’un ordre sur une plate-forme boursière. Ces opérations sont désormais mesurées en microsecondes. « Avec le déploiement de notre nouvelle plate-forme de négociation UTP (Universal Trading Platform), nous avons abaissé la latence jusqu’à 90 % sur nos marchés, affirme Anthony Attia, senior vice-president en charge du programme Universal Trading Platform chez Nyse Euronext. Désormais, le délai de traitement d’un ordre sur la plate-forme de négociation atteint 40 microsecondes sur Nyse Arca Europe, notre système multilatéral de négociation (MTF) dédié aux grandes valeurs européennes. »

Initié il y a quatre ans déjà, le projet UTP vise à harmoniser et à porter à la pointe l’ensemble des technologies de Nyse Euronext. Cela concerne les plates-formes boursières proprement dites (dark pool avec SmartPool, MTF avec Nyse Arca…) et leur moteur de confrontation des ordres, le fameux matching engine, le réseau pour accéder à ces plates-formes et les outils de diffusion de données de marché. Le déploiement a débuté en 2008 et le programme a été financé par une partie des synergies associées, soit plusieurs dizaines de millions de dollars sur les exercices 2008 et 2009, selon Anthony Attia. « Pour maintenir et accroitre la compétitivité de la plate-forme et répondre au mieux aux besoins de nos clients, nous sommes engagés dans un processus d’améliorations continu, précise-t-il. D’un point de vue technique par exemple, nous avons modifié le code de l’application gérant le flux d’ordres afin de lui permettre d’absorber une quantité d’ordre supplémentaire tout en améliorant sa latence. »

Nyse Euronext travaille étroitement avec son fournisseur de matériel HP pour bénéficier d’équipements toujours plus rapides. Enfin, le réseau privé, baptisé SFTI (Secure Financial Transaction Infrastructure), qui relie les clients et la plate-forme, est optimisé régulièrement. « Nous maitrisons l’ensemble des différents composants du réseau, ce qui nous permet d’y apporter à tout moment des améliorations, notamment en termes de latence», explique Anthony Attia.

Toutes les places concernées

Et le cas de Nyse Euronext n’est pas isolé. De l’autre côté de l’Atlantique, la nouvelle plate-forme électronique du CME (Chicago Mercantile Exchange), la Bourse américaine des dérivés, a été remise à jour début 2009. Le cœur du système, le matching engine, comptait un million de lignes de codes, écrites dans un langage propriétaire pour des serveurs Sun Solaris. Entièrement réécrit en Java et migré sur des serveurs Linux, il ne comptait plus que 297.000 lignes de codes et le délai de latence pour le traitement des ordres a diminué de 67 % à environ 5 millisecondes.

Le Tokyo Stock Exchange a quant à lui mis en production, le 4 janvier dernier, sa nouvelle plate-forme. Développée par Fujitsu pour près de 100 millions d’euros et baptisée Arrowhead, elle traite les ordres en 5 millisecondes, contre 2 ou 3 secondes pour la précédente plate-forme. Sa technologie repose en partie sur la nouvelle base de données relationnelles de Fujitsu, Symfoware Server V10, dix fois plus rapide que la précédente. Fin 2010, Deutsche Börse devrait lancer la nouvelle version de sa plate-forme de trading basée sur la messagerie « ultra low latency » d’IBM. Le London Stock Exchange (LSE) a aussi décidé de se doter d’une toute nouvelle structure. Début février, Xavier Rolet, directeur général, annonçait la migration en septembre du marché cash sur la nouvelle plate-forme Millenium IT. Elle est développée avec la technologie de l’éditeur sri lankais éponyme, spécialisé dans les plates-formes logicielles boursières, racheté 18 millions de livres en août 2009.

L’exemple du LSE est symptomatique de l’évolution du marché. Sa précédente plate-forme, Tradelect, mise en service en juillet 2007, avait coûté environ 40 millions de livres. Le problème, c’est que son élaboration avait été entièrement confiée à Accenture, privant ainsi le LSE de toute maîtrise quant à sa technologie sur cet actif stratégique. En outre, développée selon des technologies Microsoft, dotnet et SQLServer, elle n’était plus en mesure de suivre en termes de performances pures et de fiabilité. D’ailleurs, en 2009, un dysfonctionnement a fortement ralenti son activité pendant une partie de l’après-midi du 9 novembre. Signalons qu’en dépit de sa nouvelle plate-forme, Nyse Euronext a enregistré un problème technique sur les carnets d’ordres le 23 octobre 2009. Les performances, en termes de traitement d’un ordre, de Millenium IT devrait être de l’ordre de la milliseconde contre près de 3 pour TradElect. Ce chiffre pourrait même être abaissé à moins de 100 microsecondes grâce à des optimisations spécifiques.

Rapidité et fiabilité

Mais au-delà de leur rapidité, les Bourses doivent faire la preuve de leur fiabilité. Car leurs clients demandent les deux à la fois. « De plus en plus d’investisseurs ont besoin d’une prédictibilité du traitement de leurs ordres, souligne Anthony Attia. Que ce soit les algotraders (traitant par le biais d’algorithmes, NDLR) ou les ‘traders’ haute fréquence, ils recherchent non seulement de la rapidité d’exécution, mais également de la stabilité dans le temps de traitement des ordres. » Car pour des systèmes de trading entièrement automatisés et très sophistiqués, le temps de traitement d’un ordre est une variable à prendre en compte dans la stratégie, aussi importante que les prix du marché. Le moindre dérapage et c’est toute celle-ci qui est remise en cause. « Nous commercialisons des offres ‘low latency’ depuis quelque temps déjà. Mais depuis un an, nos clients dans la finance nous font part d’exigences plus strictes quant à notre qualité de services, observe Philippe Moity, directeur France de l’opérateur Telecom Interoute, qui compte une dizaine de clients sur le low latency, parmi lesquels des grandes banques, Exane, GLTrade... Ils veulent que nous nous engagions non seulement sur des délais très courts, mais également sur la stabilité du temps de réponse du réseau. » Et d’ajouter : « Nous avons établi un lien très fort entre le service logique de transport de données et l’infrastructure physique, à savoir une allocation précise des équipements entre un point A et un point B. »

Même analyse chez Chi-Tech, la branche technologie et infrastructure de Chi-X. Pour Nicolas Lévy, directeur opérationnel de MarketPrizm, une des unités de Chi-Tech, concurrente de SFTI chez Nyse Euronext, « les demandeurs de faible latence exigent de la rapidité, mais aussi une stabilité des temps de réponses ». Pour maîtriser cette contrainte, MarketPrizm a déployé un nouveau réseau dont il est l’opérateur, opérationnel depuis janvier 2010. La concurrence technologique n’est pas près de s’atténuer, car plus les ordres sont traités rapidement, plus on en facture. Et Anthony Attia de conclure : « Nous n’avons pas encore atteint la limite. Nous investissons beaucoup en R&D pour baisser encore la latence et anticiper les besoins du marché en termes volume d’ordres. »

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