BNP Paribas creuse l’écart en BFI avec Société Genérale

le 25/02/2010 L'AGEFI Hebdo

Plombée par ses actifs illiquides, Société Générale n’affiche pas un profil aussi solide que BNP Paribas dans ses activités de marché.

Le contraste est cruel. Alors que la publication des résultats 2009 confirme le statut de premier de la classe de BNP Paribas, Société Générale peine à se défaire de son image de mauvais élève. L’an dernier, la banque de financement et d’investissement (BFI) de BNP Paribas a réalisé 30 % des revenus du groupe et près de la moitié de son résultat d’exploitation, soit 4,44 milliards d’euros. Sa rivale de La Défense est parvenue à dégager 4,93 milliards d’euros dans ses activités pérennes, mais en raison du poids de ses actifs gérés en extinction, le résultat d’exploitation de l’ensemble de Société Générale Corporate and Investment Banking (SG CIB) a plafonné à 666 millions d’euros. Soit six fois moins que BNP Paribas. La BFI a même fini l’année dans le rouge, en raison d’un impact négatif de 1,59 milliard d’euros de sa structure de cantonnement au quatrième trimestre. Cette dernière regroupait au 31 décembre 35,5 milliards d’euros d’actifs toxiques ou illiquides en valeur comptable, soit autant que Natixis (34,6 milliards d’euros au 30 juin 2009). Si la banque a pu céder l’an dernier 8 milliards d’euros de ce portefeuille, celui-ci lui a aussi coûté 4,2 milliards d’euros en raison de la détérioration du marché de l’immobilier résidentiel aux Etats-Unis. « L’essentiel de cette charge est derrière nous. Nous anticipons un impact nettement inférieur en 2010 », a promis Frédéric Oudéa, président directeur général de Société Générale, lors de la présentation des résultats annuels de la banque le 18  février. Pour autant, « il y a 700 millions d’euros sur les actifs CDO (collateralized debt obligations, NDLR) de RMBS (residential mortgage-backed securities, NDLR) reclassés qui devraient passer en compte de résultats pour l’essentiel en 2010 », a détaillé Didier Valet, directeur financier du groupe.

La performance opérationnelle de la BFI n’a pas suffi à effacer les effets de la crise chez Société Générale, ébranlée coup sur coup par l’affaire Kerviel et son exposition aux crédits subprime. Même si le produit net bancaire des activités pérennes a doublé par rapport à 2008 et atteint un niveau record de 9,69 milliards d’euros (voir le tableau page 19), le ralentissement des activités de marché en fin d’année a été plus fort chez SG CIB que chez ses concurrentes. Au quatrième trimestre, les produits de fixed income (taux, change et matières premières) ont chuté de 73 % contre 43 % chez BNP Paribas, et 52 % en moyenne dans les principales banques américaines et européennes, selon Natixis Securities. Sur les actions, le recul de 36 % est quasiment similaire à celui du marché, mais supérieur à celui de BNP Paribas (-25 %). La fin de l’année s’est en effet traduite par un retour à des volumes d’échanges moins conséquents, après notamment le pic du fixed income, dynamisé par les émissions obligataires des entreprises privées d’accès au crédit. Sur les émissions en euros, BNP Paribas s’est classée numéro un mondial ; Société Générale quatrième.

Baisse du profil de risque

Toutes deux revendiquent des gains de parts de marché dans leurs différentes activités de BFI, mais elles ne se préparent pas de la même manière à l’après-crise. Après le nettoyage de ses comptes, les nouvelles provisions devraient être limitées chez BNP Paribas. « Un point haut pourrait avoir été atteint », a indiqué Baudouin Prot, son directeur général, lors de la présentation des résultats annuels le 17 février. Les actifs pondérés ont par ailleurs diminué de 73 milliards d’euros en un an (dont 48 milliards dans la BFI), à 621  milliards d’euros. Dans le même temps, la banque de la rue d’Antin a renforcé considérablement ses fonds propres (voir le tableau), en prévision des futures contraintes réglementaires décidées par le Comité de Bâle, qui seront particulièrement décisives en BFI.

Seul bémol, le coût du risque (dotations nettes sur actifs pondérés) a flambé dans le pôle financement, passant de 25 points de base (pb) à 96  pb au cours de 2009, mais il a reflué à 58 pb au dernier trimestre « du fait, notamment, du faible nombre de nouveaux dossier douteux ». Pour les activités de marché, la baisse est encore plus spectaculaire : le coût du risque est passé de 76 pb à 7 pb. Au bilan, le poids du trading book (repos, dérivés et autres actifs de trading), en recul de 31 % à 831 milliards d’euros, est désormais inférieur à celui du banking book (crédits et autres actifs au bilan). BNP Paribas pointe enfin que les risques de marché ne représentent que 3,8 % de ses actifs pondérés. Sa Value at Risk (VaR) est en baisse de 43 % en un an, comme chez SG CIB.

« Les risques de marché représentent 3,7 % des risques pondérés chez Société Générale, soit un niveau très proche de celui de BNP Paribas. Leur VaR rapportée aux fonds propres est également très similaire », explique Eric Dupont, analyste chez Fitch Ratings. Le bilan de SG CIB a par ailleurs diminué de 23 % depuis juin 2007 à 531 milliards fin 2009. Mais la part des dérivés a crû de 153 à 196 milliards d’euros et le coût du risque est resté très élevé en 2009, à 926 millions d’euros pour les activités pérennes et 1,4 milliard d’euros pour les actifs gérés en extinction.

BNP Paribas semble dès lors mieux armée pour poursuivre son développement. D’autant que sa politique de coûts s’est révélée aussi plus efficace, avec un coefficient d’exploitation de 44,7 % en BFI, inférieur de 14 points à celui de 2007, même si ses frais de gestion sont repartis à la hausse (+47 % en 2009). SG CIB a vu les siens grimper de 13 % l’an dernier. Avec un coefficient d’exploitation de 56,5 %, elle ambitionne de rester sous la barre de 60 % et d’atteindre un rendement des capitaux propres (RoE) de 17 % à 20 %, contre 8,1 % l’an dernier.

Objectifs à préciser

La banque de la rue d’Antin ne dévoile pas d’objectifs chiffrés, mais ambitionne de « consolider son ‘leadership’ en Europe, notamment en améliorant la pénétration de l’offre bancaire aux entreprises à travers le nouveau dispositif Corporate & Transaction Banking Europe », un réseau de centres d’affaires développé dans le sillage de l’acquisition des parties belges et luxembourgeoises de Fortis. Pour autant, la contribution future de Fortis Merchant Banking aux résultats de la BFI est encore inconnue, ses performances 2009 n’ayant pas été rendues publiques. BNP Paribas souhaite aussi « croître de manière sélective en Amérique du Nord en mettant notamment à profit [ses] positions de leader dans le financement de l’énergie et des matières premières », par exemple grâce à l’acquisition des activités de courtage de gaz et d’électricité de Fortis dans la région, et « exploiter la croissance rapide du marché asiatique en renforçant l’offre de produits dans les marchés de capitaux ainsi que les positions dans les financements structurés ».

Société Générale considère quant à elle sa BFI comme l’un de ses principaux moteurs au côté de la banque de détail en France et l’international, mais elle n’a pas réaffirmé son objectif, énoncé il y a un an, de la voir se hisser dans le Top 3 européen d’ici à 2012. « Le management reste optimiste pour le premier trimestre 2010 », note Guillaume Tiberghien, analyste chez Credit Suisse. Mais celui-ci anticipe une baisse de 2 % des revenus de SG CIB à horizon 2012. Après avoir réorganisé les lignes métiers de sa BFI il y a un an, en rapprochant actions et fixed income au sein d’un pôle global markets, et commencé à décliner son « plan d’efficacité opérationnelle », Société Générale met en avant deux mots d’ordre : mutualisation et industrialisation. Leur déclinaison pratique sera dévoilée le 8 juin, lors de la journée investisseurs de la banque.

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