Un homme, une équipe

Tristan Parisot, pionnier de la dette unitranche avec European Capital

le 16/10/2014 L'AGEFI Hebdo

L’équipe qui avait introduit la première dette de ce type en Europe en 2007 confirme sa position de référence sur les prêts non bancaires.

Tristan Parisot, pionnier de la dette unitranche avec European Capital
Guillaume Claire, investment manager - Stéphane Legrand, directeur général - Kevin Abrial, directeur d’investissement - Raoul Mahler, investment manager - Tristan Parisot, directeur général France - Julien Darsy, directeur de l’équipe audit (Financial Advisory & Consulting Team, FACT) - Olivier Méline, directeur d’investissement - Etienne Haubold, directeur général
(Pierre Chiquelin)

Endurance et anticipation seraient-elles les qualités indispensables pour entrer chez European Capital ? La société investit et gère à Paris les encours de la société d’investissement cotée American Capital (ACAS), spécialisée en financements de LBO (leveraged buy-out). Quant à son directeur, Tristan Parisot, il se destinait dès ses études à l’EM Lyon à « un métier de la finance avec une forte dimension opérationnelle ». Une « coopé » à Kuala Lumpur (Malaisie) en 1992 pour développer seul le réseau de distribution en Asie d’une PME spécialisée dans les équipements médicaux haut de gamme (Agencinox) sera un bon point de départ. « Ensuite, mes trois ans en audit chez KPMG étaient prévus à l’avance et ont également été très formateurs pour apprendre à lire un bilan de société », reconnaît Tristan Parisot. On pourrait presque en dire autant de son apprentissage du capital-investissement à partir de 1996 chez 3i.

Dettes « unitranche »

Des nombreuses transactions réalisées pour ce fonds, Tristan Parisot retient notamment l’opération majoritaire sur Raynal (les Brandy de LVMH), dont la sortie fructueuse (9 fois la mise) en 2003 lui permit de rencontrer Jean Eichenlaub chez Fonds Partenaires Gestion. Ce dernier le rappellera pour lui proposer de participer à l’aventure entrepreneuriale d’European Capital. La société d’investissement, où il entre en février 2007, se différencie déjà par une offre « one stop buy-out » à la fois en dette et en capital. Il rejoint la société d’investissement début 2007, pour deux années très intenses, avant la crise, qui bouscule American Capital, comme toutes les sociétés d’investissement cotées et endettées à l’époque. 

En 2009, Tristan Parisot est nommé à la tête de l’équipe parisienne pour remplacer Jean Eichenlaub, parti pour Qualium. D’abord avec l’objectif d’accompagner les sociétés du portefeuille au niveau opérationnel, si besoin en remettant au pot comme pour Batisanté. Dans ce cas de redressement exemplaire, European Capital, qui a pris le contrôle de la société en 2010, a déjà plus que doublé l’Ebitda. In fine, l’investisseur n’a connu que 2 pertes partielles sur 32 dettes arrangées et déjà remboursées, et dégage un multiple de 1,4 et un taux de rendement interne (TRI) supérieur à 11 % avec des investissements emblématiques comme Spotless, Go Voyages, Qioptiq ou Sud Robinetteries (sorti cet été).

Pour l’équipe, restée stable avec 15 professionnels à Paris, cette période a aussi été l’occasion d’affirmer son positionnement stratégique à la fois sur la dette mezzanine si l’émetteur choisit également une dette senior bancaire, et surtout sur la dette « unitranche », qui se substitue à la fois à la dette senior et à la dette mezzanine classique. « Avec les nouvelles contraintes bancaires, la dette ‘unirate’ répond à de vrais besoins dans la chaîne de financement », explique Etienne Haubold, impliqué dès 2007 dans la première structure de ce type en Europe pour l’acquisition des valises Delsey.

Pour les entreprises, cette dette offre de nombreux avantages : plus rapide à structurer, plus simple à gérer (moins de prêteurs), plus flexible car pas ou peu amortissable afin de réserver les « cash-flows » pour la croissance. Pour l’investisseur European Capital, qui engage jusqu’à 100 millions par ligne, l’« unitranche » permet, pour une prise de risques plus réduite qu’avec une dette mezzanine (donc subordonnée), de générer un taux de rendement attractif, « cumulant des intérêts ‘cash’ importants, des intérêts capitalisés, des commissions d’arrangement et parfois quelques BSA (bons de souscription d’action) ». Ces nouveaux financements permettent au mezzaneur de ne pas « descendre dans la structure de capital », sur des produits concurrents des fonds d’equity… Après les financements d’Inseec, Asmodée et Risk & Co (unitranches) et Poult (mezzanine) cette année, l’équipe française souhaite continuer à investir plus de 100 millions d’euros par an.

La complémentarité de l’équipe, sa réactivité et sa flexibilité héritées du « one stop buy-out » demeurent aussi des atouts. Pour l’origination, les trois associés parisiens bénéficient de parcours et réseaux différents : equity pour Tristan Parisot, M&A pour Stéphane Legrand, leveraged finance pour Etienne Haubold. « L’exécution est assez chronophage, presque plus en externe compte tenu du travail avec les candidats que nous pouvons financer, qu’en interne, malgré nos processus d’analyse rigoureux », développe Stéphane Legrand. Chaque dossier s’organise autour d’un trio, chargé d’articuler une première proposition identifiant les principaux risques pour le comité d’investissement, avant de lancer les due diligence, puis de rédiger le document d’investissement. Jusqu’à cette décision, les interactions sont permanentes, également avec les spécialistes de l’équipe d’audit (FACT, Financial Advisory & Consulting Team) que European Capital détient en interne pour faire l’essentiel des due diligence, et les professionnels du back-office à Londres, dont une avocate et une fiscaliste spécialisées. Au nombre de 15 pour tout le groupe, les operating partners, salariés à temps plein réalisent aussi des audits stratégiques à ce stade.

Ressources internes

Une fois l’opération signée, « l’équipe FACT peut, en plus de son travail de valorisation indépendante du portefeuille, être un support aux départements financiers des participations, et modéliser les sorties possibles », insiste Julien Darsy (ex-KPMG TS) qui la dirige. « Les ‘midcaps’ nous donnent aussi souvent l’occasion d’accompagner leurs dirigeants dans la mise en place puis le réajustement au quotidien d’un planning stratégique, ajoute Didier Lefèvre (ex-directeur général de Peaudouce, Saupiquet, Yoplait et Kronenbourg), operating partner actif sur les bureaux de Paris et Londres. Cela peut passer par des outils d’amélioration de la performance (coûts, ventes, productivité, comptabilité analytique, CRM, BFR, etc.), et par des outils et systèmes de ‘reporting’ sur le business (en plus du reporting financier, NDLR) pour mieux anticiper l’avenir. » Par exemple, les jeux Asmodée, financés par dette « unitranche » depuis janvier, profitent de l’expertise de l’operating partner américain spécialisé dans les loisirs et internet qui dédie une partie de son temps au service de l’entreprise française, et siège même à son conseil.

« Avec nos ressources internes et cette approche très ‘hands on’, nous sommes l’un des rares fonds de dette à être capable d’apporter autant de valeur ajoutée aux dirigeants. Nous demandons systématiquement une place au ‘board’ : moins pour les droits de vote que pour les informations sur la bonne marche de l’entreprise », conclut Tristan Parisot. Chacun des trois associés compte ainsi au moins quatre  mandats d’administrateurs, « avec également le désir d’accompagner ces grosses PME à l’international et notamment aux Etats-Unis grâce à nos connexions », rappellent les membres de l’équipe, qui partagent, par ailleurs, une autre passion commune… la course à pied.

Tristan Parisot, directeur général France
Pierre Chiquelin
Nous sommes l’un des rares fonds de dette à être capable d’apporter autant de valeur ajoutée aux dirigeants
Son parcours

Tristan Parisot, directeur général France, 46 ans. EM Lyon.

1992 : service national en « coopération » pour Agencinox en Asie.

1994 : entre chez KPMG audit.

1996 : rejoint le fonds 3i à Paris (en capital-développement minoritaire).

1999 : participe à la création du bureau de 3i à Nantes.

2002 : retour à Paris chez 3i, sur les opérations de LBO (leveraged buy-out) midcaps.

2007 : rejoint la société European Capital.

Septembre 2009 : prend la direction de European Capital à Paris.

2014 : 500 millions d’actifs sous gestion avec 15 lignes à Paris.

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