Rencontre avec... Alain Rauscher, président d’Antin Infrastructure Partners

« On ne peut pas gérer l’infrastructure comme de l’immobilier »

le 20/11/2014 L'AGEFI Hebdo

« On ne peut pas gérer l’infrastructure comme de l’immobilier »
Alain Rauscher, président d’Antin Infrastructure Partners
(DR)

Les investisseurs ont-ils raison de se positionner en masse en fonds propres sur le marché des infrastructures ?

Tout dépend de ce qu’ils en attendent. Ce marché est encore relativement nouveau et l’erreur serait de croire que l’on peut gérer des actifs « infrastructures » comme l’on gère de l’immobilier. Les différents acteurs ont une approche de plus en plus segmentée de l’investissement en infrastructures. Ceux qui se positionnent en direct sur des actifs réglementés ont parfois tendance à négliger le risque d’instabilité réglementaire et fiscale et ceux qui s’intéressent aux actifs « commerciaux » ne doivent pas sous-estimer l’aspect opérationnel de leur investissement.

Quelle est la stratégie d’Antin Infrastructure ?

Nous visons en général les investissements en infrastructures déjà existantes (brownfield) et notre approche est très proche de celle du private equity avec des objectifs de taux de rendement interne (TRI) élevés. Nous nous intéressons en priorité aux actifs qui nécessitent beaucoup de transformations. Notre première sortie, la vente de Porterbrook en octobre, en témoigne. En six ans, nous avons transformé cette société de location de matériel roulant ferroviaire, notamment en allongeant de dix ans la durée de vie des trains, en anticipant leur remplacement et en la positionnant sur les nouveaux appels d’offres. Au niveau financier, nous avons refinancé la dette de 1,5 milliard de livres par un emprunt obligataire à très long terme.

Vous avez remporté les ESG Best Practices Honours d’OFI AM cette année. Comment mettez-vous en œuvre cette approche ESG ?

Antin IP est signataire des principes pour l’investissement responsable de l’ONU. La revue des enjeux ESG est complètement intégrée dans nos processus d’investissement et de gestion des risques. Cet engagement est aussi un facteur de cohésion très fort dans les sociétés dont nous sommes actionnaires. Exemple : quand nous sommes devenus actionnaires en 2010 de Pisto, qui gère le stockage d’une centaine de cuves de pétrole au port du Havre, nous avons mené un audit approfondi sur le site qui était classé parmi les « sites industriels présentant des risques d’accidents majeurs ». Nous avons intégré les recommandations de cet audit dans notre plan d’investissement et n’avons jamais rogné sur les budgets sécurité, incendie et environnementaux. Les sujets ESG figurent toujours parmi les premiers points de l’agenda des comités de direction.

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