L'avis de... Patrice Cochelin, responsable de l’analyse pour les corporates européens chez Standard & Poor’s

« Nous anticipons un retour des opérations entièrement financées par endettement »

le 22/01/2015 L'AGEFI Hebdo

« Nous anticipons un retour des opérations entièrement financées par endettement »
Patrice Cochelin, responsable de l’analyse pour les corporates européens
(DR)

Le retour des fusions-acquisitions a-t-il détérioré la qualité de crédit des entreprises françaises ?

Les acquisitions de ces deux dernières années ont été financées de façon assez prudente et n’ont pas réellement détérioré le profil de crédit des sociétés françaises. Il faut cependant signaler que dans un certain nombre de cas, les entreprises ont « poussé » leur structure de bilan au maximum compte tenu de leur note. Alors qu’il y a douze mois, nous considérions la situation comme plutôt stable, nous jugeons aujourd’hui qu’elle est plus tendue. C’est notamment le cas dans le secteur des télécoms et pas seulement en France, où le rating d’Orange était déjà assorti d’une perspective négative. Altice, dont le profil financier avait été évalué à B+ après son introduction en Bourse et l’acquisition de SFR, a par exemple vu sa note passer sous perspective négative après l’annonce du projet d’acquisition de Portugal Telecom.

Craignez-vous un retour des opérations entièrement financées par endettement ?

C’est précisément ce que nous anticipons pour 2015. D’ailleurs, le rachat de Portugal Telecom a déjà quasiment été financé par de la dette supplémentaire. Compte tenu du très bas niveau des taux d’intérêt, la tentation risque d’être encore plus forte cette année. 

Dans quelle mesure le retour des fonds de LBO dans les opérations entraîne-t-il une hausse des niveaux d’endettement ?

Les leviers sont à nouveau en hausse depuis deux ou trois ans, même si cette tendance est plus visible en Europe qu’en France. Les niveaux d’endettement sont désormais revenus à leurs niveaux de 2005-06 et ils pourraient continuer à augmenter. Signe que les LBO conclus récemment l’ont été avec des structures financières plus agressives : alors que généralement ce type d’opération était noté B+, nous leur avons attribué une majorité de B en 2014.

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