Marchés émergents

L’Afrique, nouvel eldorado des fonds d’investissement internationaux

le 22/01/2015 L'AGEFI Hebdo

La valeur des transactions réalisées par le private equity sur le continent aurait plus que doublé en un an.

L’Afrique aiguise l’appétit des acteurs du private equity. Attirés par des taux de croissance sans commune mesure avec les performances de l’Europe et même des Etats-Unis, plusieurs géants du capital-investissement (Carlyle, KKR et Blackstone notamment) se sont tournés vers ce continent ces deux dernières années, rejoignant les spécialistes de la région comme Brait, Ethos, Abraaj, Helios et AfricInvest. Résultat. Selon une étude du cabinet d’avocats Freshfields, la valeur des transactions réalisées en Afrique par des fonds internationaux de private equity a plus que doublé au premier semestre 2014 (+137 %) par rapport à la même période de 2013. Ils pèsent surtout de plus en plus lourd dans le total des transactions réalisées sur le continent africain (83 % en valeur et 44 % en volume). « Alors que les effets de la crise financière se résorbent, les fonds de ‘private equity’, qui disposent de capitaux à investir, reviennent à leur cœur de métier, l’investissement. Ils sont à la recherche de nouveaux marchés à fort potentiel de croissance et certains rendements que nous observons en Afrique sont, sans surprise, bien plus élevés que ce que nous pouvons voir dans les économies développées », commente Patrick Tardivy, avocat associé en charge de l’Afrique chez Freshfields à Paris.

Levées de fonds record

Autre signe de cet engouement, les levées de fonds destinées à l’Afrique sont, elles aussi, de plus en plus importantes. Le londonien Helios Investment Partners a rassemblé plus de 1 milliard de dollars pour son dernier fonds dont la taille pourrait atteindre jusqu’à 1,1 milliard. Un record. Selon Preqin, la taille des cinq principaux véhicules dédiés au continent qui ont été montés en 2013 et 2014 varie de 300 à 900 millions de dollars. Les trois plus importants ont été lancés par le sud-africain Ethos Private Equity (7,9 milliards de rands, soit environ 900 millions de dollars, pour un fonds centré sur l’Afrique du Sud et l’Afrique subsaharienne), Carlyle (700 millions de dollars) et le français Amethis Finance (580 millions de dollars).

Parmi les opérations marquantes, Carlyle a investi dans la banque nigériane Diamond Bank (147 millions de dollars), dans le sud-africain Tiger Automotive et dans J&J au Mozambique. Un autre géant américain, KKR, a investi 200 millions de dollars dans Afriflora qui cultive des fleurs en Ethiopie. En 2014, le volume d’opérations de fusions-acquisitions impliquant un fonds de private equity a atteint le niveau record de 8,5 milliards de dollars (sur un total de 43,2 milliards), selon Dealogic. En novembre dernier, le groupe d’ameublement sud-africain Steinhoff – propriétaire notamment de Conforama – a mis la main sur son compatriote Pepkor Holdings pour 63 milliards de rands (6,7 milliards de dollars), permettant à la société d’investissement cotée Brait de se défaire de sa participation de 37 %. Quant au groupe Wendel, il s'est engagé à investir 109 millions de dollars supplémentaires au premier semestre 2015 dans IHS Holding, le spécialiste panafricain des tours télécoms, ce qui portera son investissement total dans l’entreprise à 780 millions de dollars. La holding familiale cotée a annoncé son intention d’affecter un tiers de 2 milliards d’investissements prévus entre 2013 et 2017 à l’Afrique. « Nous engageons des montants unitaires importants, supérieurs à la centaine de millions de dollars, en capital-développement. Notre idée n’est pas de racheter des participations minoritaires ou de faire du LBO (leveraged buy-out, NDLR), mais d’injecter de l’argent frais dédié à la croissance de groupes qui ont le potentiel pour devenir des champions panafricains », explique Stéphane Bacquaert, directeur associé en charge du développement en Afrique chez Wendel. La société d’investissement mise comme beaucoup sur l’essor des classes moyennes. « Nous nous positionnons sur les tendances de long terme les plus porteuses pour le continent. Les télécoms, les services financiers, les biens de consommation et l’équipement en énergie doivent se développer pour répondre aux besoins de la classe moyenne », précise Stéphane Bacquaert, qui rappelle que Wendel est entré au capital du groupe marocain Saham, la première compagnie d’assurances d’Afrique subsaharienne, en novembre 2013.

Reste à savoir si les performances seront à la hauteur des attentes. Pour Alan Mason, avocat associé responsable du secteur Global Financial Investors chez Freshfields à Paris, « l’intérêt croissant des grands fonds s’explique en partie par leur moins forte aversion au risque, et en partie parce qu’ils constatent que d’autres acteurs comparables réalisent des transactions en Afrique ». Le marché du private equity africain reste étroit, surtout pour les fonds qui visent des investissements de plusieurs centaines de millions de dollars. « De nombreux fonds sont à la recherche d’opportunités en Afrique, ce qui a conduit à une augmentation des prix », observe Alan Mason. Bpifrance compte sur la forte croissance des pays d’Afrique subsaharienne pour améliorer le TRI (taux de rentabilité interne) de son fonds de fonds Averroes Finance (lire l’encadré). Les deux premières générations de ce fonds (le premier est en désinvestissement, le deuxième est investi, le troisième est en phase de levée) devraient afficher des TRI peu glorieux, compris entre 5 % et 10 %, reconnaît l’établissement public. « Le risque, qu’il s’agisse du risque géopolitique ou de change, doit être extrêmement bien évalué à travers des 'due diligence' poussées », souligne Stéphane Bacquaert. Wendel cible en Afrique des rendements supérieurs à ceux qui sont typiquement obtenus en Europe et aux Etats-Unis. « Contrairement à un fonds, nous n’avons pas d’horizon de sortie prédéfini grâce à nos capitaux permanents. Nous avons ainsi la capacité de résister dans les périodes de crise et de profiter au mieux des tendances de long terme », assure-t-il.

Le risque doit être extrêmement bien évalué à travers des « due diligence » poussées
Bpifrance passe à la vitesse supérieure

Jusqu’ici essentiellement engagée en Afrique du Nord via des fonds de fonds, l’institution publique devrait bientôt lancer un véhicule franco-africain dédié à l’investissement en direct dans des entreprises françaises souhaitant se développer en Afrique et réciproquement. Ce fonds, de type généraliste, investira en capital-développement et vise une taille cible entre 150 et 200 millions d’euros. Son premier closing est prévu pour le premier semestre 2015. Le gestionnaire – qui sera indépendant de Bpifrance – devrait, lui, être choisi d’ici à fin mars. Par ailleurs, la troisième génération du fonds de fonds Averroes Finance permettra bientôt à l’établissement public d’étendre son action à l’Afrique subsaharienne (les investissements d’Averroès 1 et 2 étaient limités au Maghreb, à la Jordanie, à la Turquie et au Liban). Au premier closing, il a été souscrit à hauteur de 60 millions d’euros à parts égales par Bpifrance Participations et Proparco (filiale de l’AFD). La taille finale visée est de 200 millions d’euros. « L’idée est d’enrichir notre réseau de partenaires locaux afin, ensuite, de faciliter le développement des entreprises françaises en Afrique », souligne Isabelle Bebear, directrice de l’international chez Bpifrance.

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