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L'affacturage séduit les grands groupes

le 18/12/2014 L'AGEFI Hebdo

Ils y recourent pour améliorer leur trésorerie et alléger leur bilan. Une tendance encouragée par les banques.

L'affacturage séduit les grands groupes
Le géant pétrolier Total a lancé pour la première fois un programme d’affacturage pour un montant record d’un milliard d’euros.
(Bloomberg)

Total, Derichebourg, Sanofi, Pernod Ricard. Qu’ont en commun ces entreprises ? Toutes ont lancé un programme d’affacturage. Cette pratique consiste à céder ses créances commerciales à une société d’affacturage qui en garantit le paiement. Les grandes entreprises manient de plus en plus cet instrument, qu’elles avaient longtemps dédaigné, estimant qu’il était réservé aux petites sociétés en difficulté. « Au cours des derniers mois, le marché de l’affacturage en France a été tiré essentiellement par quelques très grosses opérations réalisées par de grandes entreprises », note Patrice Coulon, directeur général délégué de GE Capital Factofrance. Résultat : la croissance du marché de l’affacturage s’accélère dans notre pays (voir le graphique). Et la taille des programmes s’élargit.

Selon nos informations, le géant pétrolier Total a lancé pour la première fois un programme d’affacturage pour un montant d’un milliard d’euros avec la Compagnie générale d’affacturage (CGA), filiale de Société Générale, au cours des derniers mois. Il s’agit d’un montant record. Autre actualité dans le secteur : Derichebourg, le spécialiste des services aux entreprises et collectivités, s’apprête à signer un contrat d’affacturage dans le cadre d’une syndication menée par la CGA avec quatre autres factors dont Crédit Agricole Leasing & Factoring. Derichebourg avait déjà mis en place un contrat d’un montant de 210 millions d’euros en 2012.

Nombre d’entreprises ont cédé aux sirènes de l’affacturage à l’instar de Sanofi, du groupe Daher, de Pernod Ricard ou de VM Matériaux. « L’affacturage est passé dans les mœurs. Nous assistons à une montée en puissance des grandes entreprises sur ce marché dont le cœur de cible était traditionnellement la PME », souligne Bernard Muselet, directeur général adjoint de Crédit Agricole Leasing & Factoring, l’un des leaders du secteur. L’affacturage semble être devenu un outil de financement important dans la palette à la disposition des trésoriers des grandes entreprises.

Tous soulignent leur volonté de mettre en place des financements alternatifs au crédit bancaire. « En recourant à l’affacturage, nous souhaitons diversifier nos sources de financements », explique-t-on chez Total. Cette volonté rejoint celle de sécuriser ses ressources chez les sociétés de taille moyenne. Pernod Ricard, qui fait figure de précurseur dans le domaine, a établi dès 2008, en pleine crise bancaire, un contrat d’affacturage de 400 millions d’euros avec BNP Paribas Factor, qui a été renouvelé en juin dernier jusqu’en 2019. « Nous avons alors pris conscience de la nécessité de chercher d’autres sources de financements », confie Olivier Guélaud, directeur de la trésorerie de Pernod Ricard.

Obtenir du « cash »

Sur fond de crise économique, l’affacturage présente un atout de taille pour l’entreprise : il permet d’améliorer sa trésorerie en transformant un actif « dormant » - la facture - en cash bien plus rapidement. D’où une réduction de ses besoins de trésorerie. En transférant des créances à un factor, l’entreprise peut obtenir un financement anticipé de cette créance. « Nous pouvons obtenir le paiement d’une créance dès sa facturation, par le ‘factor’, et n’avons donc plus à attendre le délai de paiement de nos clients », indique Yvon Burban, directeur financement et trésorerie chez VM Matériaux, qui a signé un contrat confidentiel avec CM-CIC Factor.

Grâce à ce type de contrat confidentiel, les entreprises d’une taille importante obtiennent un financement anticipé de leurs créances et la garantie de leur paiement, tout en conservant la gestion du recouvrement auprès de leurs clients qui ne sont pas informés de son existence. « Les ‘factors’ ont su développer une offre flexible, plus adaptée aux besoins des entreprises au cours des dernières années », estime Bernard Muselet.

Au-delà du financement, l’affacturage présente un autre avantage : il permet aux entreprises de « déconsolider » une grande partie de leurs créances commerciales. Elles peuvent transférer au factor ces créances et les risques qui y sont attachés, sans recours possible. Ce qui leur permet de réduire leur dette, d’optimiser leur bilan. « Un nombre assez important de grandes entreprises recourent à l’affacturage pour cette raison », relève Olivier Talvard, consultant chez bfinance (voir le graphique). D’autant que les factors ont élaboré des solutions permettant de « déconsolider » des créances « de façon très performante », observe l’un d’entre eux, malgré le durcissement des normes dans ce domaine.

Total a ainsi décidé de recourir à l’affacturage essentiellement dans ce but. « Son principal intérêt pour un groupe comme le nôtre est la déconsolidation », affirme-t-on chez le groupe pétrolier. Sanofi et Pernod Ricard ont de même recours à un affacturage déconsolidant. « Cela nous permet de sortir de notre bilan jusqu’à 450 millions d’euros de créances, ce qui allège d’autant notre dette qui s’établit à 8,4 milliards d’euros », fait savoir Olivier Guélaud, directeur de la trésorerie du groupe de vins et spiritueux.

« On entend plus parler de grands programmes d’affacturage que de programmes de titrisation, en ce moment », constate Olivier Talvard. D’autant que le coût de financement d’un contrat d’affacturage peut s’avérer plus intéressant que celui d’un crédit syndiqué ou d’un programme de titrisation. Un constat partagé par Yvon Burban : chez VM Matériaux, « notre programme d’affacturage est globalement moins coûteux qu’un programme de titrisation, même si nos équipes, notamment informatiques, ont été mobilisées durant des mois avant de pouvoir le lancer et échanger nos données avec notre ‘factor’. »

L’intérêt des banques

« Le financement d’un programme d’affacturage étant adossé à des créances, il s’agit d’un emprunt plus sécurisant pour l’établissement prêteur. La concurrence est d’autre part très forte sur ce marché. Plusieurs ‘factors’, détenus pour la plupart par des groupes bancaires, se livrent une compétition féroce pour obtenir de grands contrats », souligne Olivier Talvard. Ainsi, BNP Paribas Factor est au coude à coude avec Crédit Agricole Leasing & Factoring, qui détient 18 % du marché français à fin octobre 2014. Ils sont suivis de près par la CGA, filiale de Société Générale (environ 15 %) et GE Capital Factofrance (14,3 %), le seul acteur à ne pas être détenu par un établissement bancaire.

La compétition est d’autant plus forte que les banques ont tout intérêt à développer cette pratique, au vu des nouvelles contraintes réglementaires en matière de fonds propres. « L’affacturage est bien moins gourmand en fonds propres que d’autres types de financements, étant adossé à des créances », indique Olivier Talvard. D’où la volonté des banques de le développer, pour optimiser leur bilan. « Le premier réflexe des établissements bancaires est désormais de proposer de l’affacturage plutôt qu’un découvert ou un autre crédit court terme », constate un directeur financier. De fait, l’affacturage est devenu le deuxième moyen de financement bancaire court terme des entreprises derrière le découvert bancaire, selon le dernier rapport de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).

Pour séduire encore plus de corporates, les banques tentent d’y réduire encore leurs coûts, en rationalisant leur outil de production. CM-CIC Factor et GE FactoFrance détiennent ainsi en coentreprise leur plateforme informatique. De son côté, le Crédit Agricole Leasing & Factoring qui a délocalisé en partie sa plate-forme de recouvrement de créances à l’Ile Maurice où travaillent 200 personnes, réfléchit à la « partager » avec l’un de ses concurrents. L’objectif est de rendre l’affacturage encore plus attrayant. Dans de telles conditions, la progression du marché ne semble pas près de s’arrêter.

Nous souhaitons diversifier nos sources de financements

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