Euronext entre dans la dernière phase de son projet de cotation

le 08/05/2014 L'AGEFI Hebdo

Désormais autonome dans son fonctionnement, la Bourse continentale présente son nouveau modèle économique aux investisseurs.

IntercontinentalExchange (ICE) avait fait part de ses intentions depuis le début des négociations en décembre 2012. L’opérateur américain, qui a finalisé le rachat de Nyse Euronext en fin d’année dernière, va se séparer d’Euronext pour le placer en Bourse d’ici à la fin du premier semestre. Alors que l’opération se fait attendre, le calendrier se précise. D’ici à la fin du mois de mai, le prospectus final d’introduction en Bourse devrait être rendu public sonnant le début du road show en vue d’une cotation avant l’été. La constitution d’un noyau dur d’investisseurs à hauteur de 25 %  minimum du capital d’Euronext est en bonne voie. S’il est signé, ce pacte d’actionnaires répondrait à l’engagement de ICE envers les régulateurs : stabiliser l’actionnariat pendant trois ans.

Nouvelle identité

Selon nos informations, de 10 à 12 institutions financières feraient partie du tour de table, ING étant la seule, pour l’heure, à avoir officialisé son intérêt. Les discussions devraient aboutir prochainement, et tous les pays concernés – la France, la Belgique, le Portugal et les Pays-Bas – devraient être représentés. Ce groupe de référence s’impliquera avant même de connaître le prix de l’introduction en Bourse. La base actionnariale sera élargie par la présence d’autres parties prenantes au projet, qui ne seront pas soumises aux obligations des premières mais seront mentionnées au prospectus. Euronext s’attache donc à persuader les futurs actionnaires qu’il n’a pas été affaibli lors de son détachement, et qu’il est en mesure d’écrire une nouvelle page de son histoire. Une histoire très attendue par le secteur et appelée à évoluer.

Le scénario d’un rapprochement avec Deutsche Börse ou avec des Bourses de taille intermédiaire, s’il n’est pas d’actualité, reste ouvert. En attendant, l’attention s’est portée ces derniers mois sur la manière de réinventer un modèle économique qui puisse séduire les investisseurs, au moins à court terme, pour assurer une introduction en Bourse dans de bonnes conditions. « Euronext a l’opportunité de se bâtir une nouvelle identité au service de l’économie réelle et de tourner la page de la crise financière », explique Thibaut de Lajudie, associé du cabinet Ailancy. C’est ce que serait en train de vendre l’opérateur aux futurs actionnaires : un repositionnement faisant d’Euronext une place de marché centrée sur le financement des entreprises. « Il s’agit de construire une Bourse attractive pour les émetteurs et les investisseurs. Euronext n’a pas vocation à travailler à la microseconde pour attirer les flux, notamment ceux du trading haute fréquence. Ce positionnement a condamné les plates-formes boursières à une course technologique sans fin », explique à L’Agefi Hebdo une source proche du dossier.

Pour convaincre, Euronext appuierait son argumentation sur sa capacité à être rentable dans un environnement économique et réglementaire plus clément que par le passé. Sur ses activités de cotation, il va poursuivre le développement d’EnterNext et de son offre dédiée aux PME-ETI. Sur les grandes capitalisations, il est question d’accélérer le rapatriement des émissions obligataires primaires du Luxembourg vers le France et d’affirmer sa présence auprès d’acteurs internationaux en activant Euronext London, lancé en 2011 sans jamais prendre son envol. Sur ses activités de négociation, Euronext va conforter sa place de premier plan sur les marchés d’actions au comptant malgré la forte concurrence des plates-formes multilatérales de trading (MTF). Il entend également pallier le déficit d’investisseurs sur sa plate-forme obligataire bond match (voir le graphique).

Structure de coûts

Enfin, Euronext va se maintenir sur les dérivés listés aux côtés des deux grands du secteur, le Liffe, désormais propriété de ICE, et Eurex, la filiale de Deutsche Börse sans les concurrencer sur les taux. Il se concentrera sur les dérivés d’actions, d’indices et de matières premières. Pour répondre à son objectif, Euronext va veiller à optimiser sa structure de coûts. Ceux en provenance de l’informatique de Londres n’auront plus lieu d’être une fois effectuée la migration du Liffe dans ICE (qui loue cette prestation à Euronext). D’autres, hérités de son ancien périmètre, devront être réadaptés à ses nouveaux contours. Quant aux centres de données, ICE a mis la main dessus, mais seules un tiers des capacités d’hébergement des serveurs étaient utilisées du temps de Nyse Euronext. Les louer désormais pourrait représenter de fortes économies. 

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