Financement en actions des entreprises

Les entreprises européennes tentées à leur tour par les rachats d’actions

le 18/06/2015 L'AGEFI Hebdo

Les opérations sont plus nombreuses qu'avant mais la pratique est loin d'être aussi répandue qu'aux Etats-Unis.

Les entreprises européennes tentées à leur tour par les rachats d’actions
JCDecaux a déposé une OPAS sur 5,57 % de son capital le 28 mai, pour un montant total de 500 millions d’euros.
(rea)

Les entreprises françaises prendraient-elles goût aux rachats d’actions ? En 2014, les groupes du SBF 120 ont racheté pour 11,4 milliards d’euros de leurs propres titres, contre 7,6 milliards en 2013 et 4,8 milliards en 2012. Depuis le début de l’année, la tendance se confirme. Le 28 mai dernier, JCDecaux a déposé une offre publique d’achat simplifiée (OPAS) sur 5,57 % de son capital, pour un montant total de 500 millions d’euros. Michelin a annoncé un programme de rachat d’actions de 750 millions d’euros (4 % à 5 % de sa capitalisation boursière). Le conseil d’administration d’Ubisoft a approuvé à son tour un rachat d’actions d’au maximum 100 millions d’euros sur deux ans. Vivendi s’est autorisé un rachat d’actions potentiel de 2,7 milliards d’euros (à 20 euros maximum par action, il a pour l'instant peu de chances d'être activé). Quant à Airbus Group, il a fait approuver par ses actionnaires réunis en assemblée générale un programme exceptionnel susceptible d’atteindre 10 % de son capital.

Déjà monnaie courante aux Etats-Unis, où ils représentent la moitié de la distribution de cash aux actionnaires, les rachats d’actions semblent être appelés à se multiplier en Europe. « Si les marges des entreprises commencent à s’améliorer, ces dernières vont chercher à employer leur 'cash' », explique Fabien Laurenceau, stratégiste actions chez Aurel BGC. Or selon lui, « il ne faut pas tabler sur une forte reprise de l’investissement car il existe toujours d’importantes surcapacités de production. Quant à la baisse de l’euro, elle rend les opérations de M&A (fusions-acquisitions, NDLR) hors zone euro moins favorables ». Comparativement, les rachats d’actions présentent nombre davantage. Le mécanisme est bien connu. Etant généralement suivis de l’annulation des titres, ils augmentent mécaniquement le BPA (bénéfice par action), ce qui stimule le cours des actions restantes. « Compte tenu du niveau très bas des coûts de financement, l’opération ne peut être que gagnante », poursuit Fabien Laurenceau. De quoi séduire les actionnaires… mais aussi les dirigeants dont les plans de rémunération sont souvent indexés à la performance du titre.

Aussi tentants soient-ils, les rachats d’actions ne font toutefois pas partie des priorités des investisseurs européens. « La culture du dividende reste très forte en Europe du Nord. Le nombre important de fonds de rendement en témoigne », tempère Fabrice Théveneau, responsable de la recherche actions et crédit chez Société Générale. Pour lui, « les investisseurs valorisent surtout une distribution régulière et significative de dividendes. A l’inverse, des rachats d’actions trop fréquents peuvent être mal vus et interprétés comme le signe que les dirigeants n’ont pas de projet pour l’entreprise ». Ainsi en France, ces opérations devraient, dans la majorité des cas, rester liées à des circonstances particulières, comme des cessions d’actifs ou des réorganisations du capital.

Des rachats vertueux

Le cycle économique ne plaide pas non plus en faveur d’une envolée des rachats d’actions. « L’économie européenne est en début de cycle alors que les Etats-Unis sont en fin de cycle : les entreprises, même si elles n’investissent pas beaucoup, cherchent à augmenter leur ‘pricing power’ en acquérant leurs concurrents », souligne Fabrice Théveneau. Sans compter que certains se souviennent des mésaventures de Bouygues lors du rachat d’actions de 2011 (la famille n’avait pas participé à l’opération, en profitant pour se renforcer au capital). Il était intervenu juste au début des grandes manœuvres dans le secteur du mobile… « Les intérêts de la famille et des dirigeants avaient alors été renforcés mais le groupe s’était trouvé appauvri au moment même où il aurait eu besoin de munitions pour se lancer dans la bataille du mobile », souligne Pierre-Yves Gauthier, président et fondateur d’AlphaValue. Enfin, la crise économique a laissé des traces. « Les trésoriers d’entreprise ont eu tellement peur en 2008-2009 puis en 2011 qu’en dépit du contexte de taux, ils maintiennent toujours de gigantesques excédents de ressources, quitte à pénaliser leur performance financière », poursuit-il. D’après les calculs du bureau d’analyse, les frais financiers que les entreprises du Stoxx600 pourraient économiser en réduisant leur matelas de cash correspondraient à la bagatelle de 33 milliards d’euros. « De plus, contrairement à ce que l’on peut parfois entendre, les rachats d’actions sont vertueux. Aux Etats-Unis, on constate que les entreprises qui rendent le capital qu’elles ne parviennent pas à employer affichent de meilleures performances à long terme », indique Pierre-Yves Gauthier. Dans un secteur en difficulté, ExxonMobil a ainsi préféré racheter ses actions plutôt que se lancer dans des investissements peu rentables, permettant à son cours de se maintenir à un haut niveau relatif. « Maintenant que ses concurrents sont en difficulté, ExxonMobil va pouvoir utiliser ses titres comme monnaie d’acquisition pour des achats d’actifs à bon compte. Les rachats d’actions permettent aussi d’optimiser sa gestion financière », souligne-t-il.

Les rachats d'actions exécutés depuis 2009 au sein du S&P 500 pèsent plus de 2.000 milliards de dollars.

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